Pensée du Jour
L'Afrique devrait en tout état de cause s'atteler à sa propre édification au lieu de jouer les guignols au côté d'un Occident obnubilé par ses intérêts propres et son influence à outrance. Le drame de l'Occident, c'est bien de se considérer civilisé dans un monde où il semble fatalement résolu à ne pas se départir de ses turpitudes, au demeurant tout aussi barbares que ces tragédies contre lesquelles il prétend se démener à grand déploiement d’artillerie.
Honoré FOIMOUKOM
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L'ancien Lion indomptable Victor Ndip Akem affirme que le Cameroun doit beaucoup d’argent |
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08-03-2009 |
 Dans un entretien accordé à nos confrères de Camfoot, l’ancien Lion indomptable rencontré à la cérémonie de
réception du bus des Lions indomptables a bien voulu répondre à
certaines questions. Avec lui ont été évoquées les coupes du
monde 90 et 94 avec notamment les relations avec les autres joueurs, la
question des primes non payées, sa carrière, son après football, le
niveau actuel du football camerounais, les élections à la Fecafoot et
surtout son jubilé qu’il compte organiser le 19 décembre prochain à
Kumba.
Camfoot.com : On ne vous voit plus beaucoup qu’est ce que vous devenez ?
Victor Ndip Akem : Je
suis à Kumba, je suis devenu planteur, je travaille dans mes
plantations, mais je trouve aussi le temps pour encadrer les jeunes,
j’ai entraîné plusieurs équipes dans cette ville, parce qu’on sollicite
mon expérience et chaque fois ça se passe bien. Toutes les équipes que
j’ai entraînées ont souvent gravi les échelons pour accéder en division
supérieure.
Et les dirigeants de ces équipes vous rémunèrent tout de même ?
Justement
non, personne ne pense à payer le travail que je fais dans ces clubs.
Ils me disent tous que j’ai eu beaucoup d’argent avec l’équipe na
tionale, et après c’est les problèmes. Je préfère me concentrer dans
mes plantations.
Quelle
est l’image que les gens ont de vous dans cette ville de Kumba, on vous
voit comme un ancien Lion ou alors un simple citoyen ?
Disons
qu’à kumba tout le monde est sympa avec moi, c’est ma ville, c’est là
bas que j’ai commencé et c’est là bas que je suis revenu après le
football. C’est la ville où je me sens le plus en sécurité au Cameroun.
Vous
venez d’assister à la cérémonie de réception du bus des Lions
indomptables, qu’est ce que ça vous fait en tant qu’ancien Lion ?
Ça
m’a fait énormément plaisir d’assister à cette cérémonie. Lorsque nous
jouions, on rêvait de voir l’équipe avoir de tel traitement, parce que
lorsqu’on allait dans des pays et on voyait dans quel genre de voiture
on nous ramenait de l’aéroport jusqu’à notre hôtel, on se disait que
pourquoi notre pays ne pouvait pas nous mettre dans les mêmes
conditions. Et aujourd’hui plusieurs années après c’est chose faite, je
ne peux être que très content. Je saisis l’occasion que vous me donnez
pour féliciter la Fecafoot, le ministère des Sports, les différents
sponsors des Lions indomptables pour ce geste.
La
jeune génération des Lions est au petit soin avec les primes
conséquentes, une attention particulière notamment avec ce bus. Est ce
que cette situation ne vous frustre pas vous les anciens Lions ?
Je
dirais que nous avons joué à notre temps, nous avons fait des choses
que le monde entier a vues. Aujourd’hui les jeunes bénéficient de notre
travail et je ne peux qu’être content qu’ils soient mieux traités
aujourd’hui, je crois qu’ils le méritent aussi.
Beaucoup
d’anciens Lions comme vous réclament toujours des primes impayées dont
vous-même, pensez-vous qu’un jour l’état va vous désintéresser ?
Nous avons encore les primes de 1994 qui n’ont pas toujours été payées,
j’ai d’ailleurs remis tous les documents à son excellence Roger Milla,
on ne nous a pas encore payé, même pour la coupe du monde 1990. Le
ministre Joseph Fofé nous avait promis que dès qu’on arrive au pays il
va donner 10 millions à chaque joueur, jusqu’aujourd’hui il n’y a rien.
Je vais vous dire ; à Kumba jusqu’aujourd’hui on me dit qu’après la
coupe du monde 90, Chief Abiola un milliardaire Nigérian avait donné à
chaque Lion une voiture, on a jamais rien vu. On nous doit beaucoup
d’argent parce que j’ai les documents qui indiquent qu’on a payé Joseph
Antoine Bell. On ne m’a pas payé, on n’a pas payé Libih Thomas, Mbouh
Émile, Onana Jules Denis et bien d’autres...
 Ndip Akem et quelques anciens joueurs
Pourquoi certains ont été payés et pas vous ?
Je
ne sais pas, j’ai demandé on m’a dit que nous n’étions pas sur place au
Cameroun et qu’on a payé ceux qui était là. Je ne sais pas si ceux-là
ont joué plus que nous.
Combien chiffrez-vous ce que l’état vous doit ?
Je
vais vous dire simplement que l’état nous doit beaucoup d’argent. Et si
aujourd’hui on nous appelait pour régler cette dette, j’accepterais de
tourner la page. Mais sachez que le Cameroun me doit beaucoup d’argent.
Son Excellence Roger Milla suit ces dossiers, mais tous les ministres
disent qu’ils n’étaient pas en place à l’époque, c’est Makon Wehiong
qui était ministre en ce moment. Mais je vous dis que Joseph Antoine
Bell, Thomas Nkono ont été payés pas nous et je ne comprends pas
toujours pourquoi.
Est-ce que ce n’est pas parce que Bell avait tempêté, il avait d’ailleurs porté l’affaire à la FIFA ?
Si
Bell a emmené le Cameroun à la FIFA, moi je suis Victor Ndip Akem, un
patriote qui ne peut pas amener son pays à un quelconque tribunal. J’ai
beaucoup donné pour mon pays, il revient à mon pays de me retourner
l’ascenseur.
Quelle relation gardez vous avez vos anciens coéquipiers de la coupe du monde 90 en Italie ?
Je
suis un joueur que tout le monde a aimé à l’équipe nationale parce que
je disais la vérité. Tous les joueurs de cette époque m’ont adopté
parce que j’étais franc, je n’ai pas de problème avec mes anciens
coéquipiers, pour ceux qui sont au pays on se rencontre de temps en
temps.
 Les civilités avec le Ministre des sports Augustin Edjoa
Quel est le bon souvenir que vous gardez de la coupe du monde 90 en Italie ?
C’est
la victoire que nous avons donnée au président Paul Biya contre
l’Argentine, il était au stade avec d’autres présidents. Je suis sûr
qu’il ne croyait pas qu’on allait gagner, mais lorsque nous avons
gagné, les autres chefs d’État sont venus le saluer, et j’étais très
fier lorsque je voyais les autres présidents le saluer.
Et qu’est-ce qui a constitué la déception ?
La
petite déception comme je disais, c’est le fait qu’à la fin de la
compétition nous n’ayons pas reçu tout ce qu’on nous a promis. On nous
avait fait plein de promesses, dont des maisons. Le président Paul Biya
avait demandé au directeur général de la SIC (Sociétaire Immobilière du
Cameroun) qu’on nous donne les maisons ; jusqu’aujourd’hui rien…
Après la coupe du monde 90 avez-vous reçu des propositions pour aller jouer en Europe ?
Après la coupe du monde, les dirigeants d’Auxerre en France ont envoyé
les documents pour un éventuel transfert en France. Les documents sont
arrivés à la Fecafoot et le président de l’époque Etotoké Epouné Albert
a reçu les documents et a gardé dans son tiroir. Il y a un journaliste
un certain Richard Milla qui vit actuellement en France qui m’a appelé
et m’a dit, Victor tu viens à Auxerre ? Et je lui ai dit que je ne peux
pas venir à Auxerre parce que Auxerre n’a rien envoyé comme document.
C’est alors qu’il me dit que Auxerre a déjà envoyé lesdits documents.
C’est lorsque le président Pierre Tamack est arrivé à la tête de la
Fecafoot qu’il a découvert les documents et il a appelé Owona Bernard
qui était le président de mon équipe, le Canon de Yaoundé pour lui
montrer les documents, mais il était déjà tard.
Qu’est-ce qui s’est passé en 1990 pour qu’on écarte Bell qui était bien parti pour être le numéro 1 ?
Je
vais vous dire beaucoup de choses. En 1990 avant la compétition lorsque
nous étions à Bari en Yougoslavie, Bell était notre gardien numéro 1,
parce que le coach Nepomniachi était clair, Bell était le numéro 1,
Jacques Songo’o le numéro 2 et Clément Assimba le 3eme gardien.
Et Thomas Nkono dans tout ça ?
Au
départ Nkono n’était pas là, Nkono et Roger Milla sont arrivés après.
Il y a des joueurs que je ne citerais pas ici, qui se sont opposés à
leur intégration. Face à cette ambiance, Thomas Nkono voulait partir,
je lui ai dit de ne pas partir, j’ai dit la même chose à Roger et j’ai
dit aux autres que si Roger marque un but, nous avons notre prime parce
que ces buts vont nous donner la victoire. Les gens m’ont combattu,
mais finalement les deux sont restés.
Et comment Thomas Nkono devient le numéro 1 ?
Joseph
Antoine Bell avait accordé une interview dans le journal français,
France Football où il disait qu’on s’entraînait dans un champ de patate
et qu’on allait en coupe du monde pour les formalités. Malheureusement
pour lui, le père de Yannick Noah a acheté le journal en France et est
venu en Italie avec le journal qu’il a montré aux gens de la fédération
qui ont alors décidé d’écarter Bell et de le renvoyer au pays. Nous les
joueurs nous nous sommes opposés en disant qu’on ne peut pas laisser un
seul joueur partir au pays, c’est pourquoi il est resté avec nous
jusqu’à la fin de la compétition malgré sa mise à l’écart.
On dit également qu’il a réclamé les primes exorbitantes ce qui a fâché le ministre Joseph Fofé ?
Bell
n’a jamais été notre porte-parole, je le dis à haute voix, Bell n’a
jamais été notre porte-parole. Notre porte-parole en 1990 c’était
Eugène Ekeké. Si vous voulez, invitez-moi sur un même plateau avec
Bell, Ekeké et je vais répéter la même chose. Quand Bell est parti voir
les autorités, il est revenu et Mfédé Louis Paul lui a dit de retourner
où il était parce que nous ne l’avons pas mandaté pour parler en notre
nom.
Vous semblez exprimer un profond sentiment d’abandon des pouvoirs publics…
C’est
vrai, les anciens joueurs sont abandonnés, je ne parle pas de mon cas
parce que vous voyez comment je prends du poids, c’est parce que j’ai
essayé de planifier ma vie. Regardez les autres, ils sont où, regardez
les Mbom Éphrem, ils sont abandonnés, les gens qui ont tracé le chemin
pour nous, il faut que le Cameroun récompense les anciennes gloires.
D’aucuns pensent que certaines de ces anciennes gloires qui ont pourtant gagné beaucoup d’argent ont mal géré leur carrière ?
Je
crois qu’il ne faut pas généraliser, c’est vrai ce que vous dites, mais
je ne pense pas que c’est une raison pour laisser les anciens à
l’abandon. Il faut se rappeler de ce qu’ils ont fait et trouver quelque
chose pour eux.
 Massing Benjamin et Ndip Akem vitor deux anciens lions de la cuvée 1990-1994
Votre
jubilé est annoncé pour le 19 décembre 2009 à Kumba, pourquoi le choix
de cette ville et pourquoi avoir attendu aussi longtemps pour organiser
votre jubilé ?
Le
jubilé de Ndip Akem Victor c’est le 19 décembre à Kumba comme vous avez
dit. C’est son Excellence Roger Milla qui a pensé qu’il doit organiser
le jubilé de tous ceux-là qui ont joué à ses côtés. Il a organisé le
jubilé de Dang Dagobert à Obala, je ne savais pas que le prochain
jubilé serait le mien. C’est à la télévision qu’il a déclaré qu’il
allait organiser mon jubilé en décembre, je me suis donc rapproché de
lui pour choisir la date du 19 décembre. C’est vrai que j’ai été
capitaine de l’Union de Douala et de Canon de Yaoundé, mais si
j’organise mon jubilé à Douala ou à Yaoundé il y aura 5000 personnes,
mais à Kumba vous allez voir il y aura plus de 30.000 personnes. C’est
à Kumba que tout a commercé et c’est là que tout finira officiellement.
Qui sont les joueurs qui vont venir à ce jubilé ?
Les
anciens comme moi, Thomas Nkono, Jacques Songo’o, tous ceux qui ont
joué en 1990, 1994, tous ceux qui ont joué en 1982, son Excellence
Roger Milla est en pourparler avec Diego Maradona pour qu’il vienne à
Kumba pour voir le type qui l’avait barré en 1990 en Italie
.
L’organisation d’un jubilé a un coup, qui va financer le vôtre ?
L’Association
Cœur d’Afrique de son Excellence Roger Milla et l’Association des
Footballeurs Camerounais du président David Mayebi vont contacter les
sponsors pour financer mon jubilé. Lors du jubilé de Dang Dagobert à
Obala vous avez vu qu’il y avait le Pmuc, les Brasseries du Cameroun,
la Fecafoot aussi avait beaucoup contribué pour la réussite du jubilé
de Dang Dagobert. J’espère que pour mon jubilé la Fecafoot va faire six
fois ce qu’elle fait pour Dang (Rires), parce que j’ai joué deux fois
la coupe du monde, quatre fois la coupe d’Afrique des nations.
En tant qu’ancien joueur, quelle appréciation faites-vous du niveau actuel du championnat Camerounais ?
Aujourd’hui
le niveau de notre championnat a baissé parce qu’il y a des gens qui
n’ont jamais joué au football, mais qui entraînent les enfants. Ils
sont entrain de tuer les enfants par des exercices physiques
inappropriés. Il y a également un problème de calendrier ; quand nous
jouions au football, on démarrait le championnat en septembre et il y
avait de bons résultats en coupe des clubs africains, mais aujourd’hui
on commence le championnat en Février et après vous vous attendez à
quel résultat.
Quel est l’entraîneur qui vous a marqué durant votre carrière que ce soit en club ou en équipe nationale ?
L’entraîneur
qui m’a marqué c’est Karl Heinz Wagen. Il a formé presque tous les
joueurs que vous avez vu évoluer entre 1984 et 1994, il a beaucoup
contribué dans le développement de notre football.
Les
élections à la Fecafoot c’est pour bientôt et les anciens joueurs
pensent que c’est le moment de remettre la gestion du football aux
anciens joueurs. Est-ce votre cas aussi ?
S’il
y a un ancien joueur qui veut présider la Fecafoot qu’il pose sa
candidature. Maintenant s’il n’y a pas un ancien joueur comme c’est
visiblement le cas, je pense qu’il faut laisser cette fédération au
président Iya Mohammed qui selon moi se bat pour révolutionner notre
football. Il a pendant son mandat fait beaucoup de choses même s’il
reste encore beaucoup de choses à faire.
Votre dernier mot ?
Je félicite le président de la Fecafoot, je félicite le président de
l’AFC et son Excellence Roger Milla. À l’endroit de la Fecafoot, je
voudrais que le président Iya Mohammed sache qu’il y a des anciennes
gloires qui ont beaucoup œuvré en faisant d’énormes sacrifices pour
notre football. Il doit les associer comme cela se passe ailleurs.
Voyez par exemple au Nigeria, on envoie Amokachi superviser les matches
des adversaires des Super Eagles, pourquoi on ne peut pas faire la même
chose au Cameroun ? On nous isole pour prendre les gens qui n’ont
jamais joué au football pour jouer ce rôle.
camfoot.com
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Dernière mise à jour : ( 08-03-2009 )
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