Bamkoui demande pardon...
La deuxième audience du procès a eu lieu hier mercredi 11 mars 2009 au
tribunal militaire de Yaoundé. Elle s’est achevée par la mise en
délibéré de l’avant dire droit (Add) de requalification de l’infraction
soulevée par la partie civile.
« Dans la nuit du
13 au 14 novembre 2008, nous avons vécu un drame que nous déplorons
tous, même si j’en suis le responsable sur le plan pénal. Je demande
des excuses à la famille de feu Mapouro. Dans cette affaire, nos deux
familles sont aujourd’hui en peine », dira l’accusé d’emblée dans la
déclaration qui lui sera accordée à la suite des débats des avocats des
deux parties sur la demande de requalification soulevée par les avocats
de la partie civile. Le commandant Bamkoui en a profité pour donner sa
version des faits, «pour lever toute équivoque sur les scénarios qui
ont été avancés par les médias et l’opinion publique, qui sont allés
chacun de son imagination fertile», précisera Emile Bamkoui.
A la fin de son récit, il va donner son intime conviction. «Je n’avais
pas l’intention de donner la mort à ce monsieur. Je connais les points
vitaux où je l’aurai atteint par balles ou par des frappes d’arts
martiaux. Je n’ai pas tiré dès je l’ai trouvé dans cette situation. Les
tirs effectués étaient des tirs de neutralisation. C’est moi qui ai
permis que mon épouse le conduise avec notre véhicule. Et mon épouse
est venue prendre mon argent pour lui administrer les premiers soins.
Je n’ai pas espionné mon épouse, même si j’avais la capacité de piéger
son téléphone pour être au courant de toutes ses conversations. Ce qui
est arrivé est un incident hasardeux. J’ai entendu ça et là que la
victime a reçu 9, 17 balles, pourtant je n’ai tiré que quatre balles…»,
conclut Bamkoui.
L’accusé plaide coupable
A sa suite, le président de la collégialité suspend l’audience pour se
prononcer sur cet avant dire droit (Add). Dès la reprise, il met
l’affaire en délibéré pour le 24 mars 2009. Seul le contraire aurait
surpris au regard de l’âprêté des débats qui a opposé les avocats des
deux parties. Dès la lecture du prononcé de l’accusation de «meurtre»
telle que retenue contre Joël Emile Bamkoui par le juge d’instruction,
l’accusé plaide «coupable». Malgré cela, les avocats de la partie
civile ont d’emblée dans leurs différentes interventions plaidé la
requalification de l’infraction en «assassinat». Ils y voient la
volonté des confrères d’en face d’éviter que la quinzaine des témoins
permettent à la vérité d’éclater. Me Bernard Tcheugueu, sur la base des
éléments du dossier auxquels ils ont finalement eu accès, construit un
nouveau scénario de ce qui s’est passé cette fatidique nuit, dira-t-il,
sur la base des déclarations contradictoires des personnes interrogées.
Les avocats soutiennent que Njifon Mapouro Hervé Michel a fait l’objet
d’un appât dans lequel le gendarme Ngou Mathurin a été au début et à la
fin du «plan machiavélique». Puisqu’en se séparant dans la matinée, il
aurait invité son cousin Mapouro avec lequel il vivait chez leur tante
à Maképé Bonamoussadi à venir à la Légion de gendarmerie de Bonanjo
récupérer la somme d’un million de francs Cfa en mi-journée pour
l’achat des whiskys au Free shop de l’aéroport. «Cette invitation qu’il
a honorée et ces whiskys étaient les éléments constitutifs de cet
appât», soutient Me Jeanne Mare. Par ailleurs, les avocats de la partie
civile trouvent dans l’acharnement de Bamkoui à cribler de balles sa
victime, des éléments supplémentaires pour conclure «à la
préméditation» de son acte. Ce que ne partagent pas les avocats de
Bamkoui qui n’ont pas été convergents dans leur défense. Me Memog a
soutenu qu’ayant plaidé coupable, la requalification n’était plus
possible. Me Etemé n’était pas de cet avis, puisqu’il a décidé de
suivre la demande de requalification, mais en «homicide volontaire». Me
Mangwa a démontré que Bamkoui n’avait aucune intention de donner la
mort à sa victime. Et Me Jackson Ngnie Kamga dira que son client n’a
plaidé coupable que dans le cadre du formalisme procédural. Car, il
faut encore savoir de quoi il est coupable ? Avant de conclure qu’il
faut rejeter la demande de qualification telle que formulée par ses
confrères d’en face, et de retenir soit la qualification du «meurtre»,
soit de requalifier en «coups et blessures». Le ministère public qui
devait être du côté de l’accusation a dit être neutre et a réitéréra sa
position pour la qualification de «meurtre».
La fille de Mapouro a trois jours
On apprendra au cours des débats que la fiancée du défunt inspecteur de
police Njifon Mapouro Hervé Michel a accouché dimanche 8 mars 2009
d’une fille dans un hôpital de Douala. La grande désolation, c’est
qu’elle n’aura pas à connaître le bonheur d’un père et d’une éducation
certainement convenable. C’est pourquoi anticipant dans les
plaidoiries, la défense de la partie civile a évoqué la possibilité de
demander au chef d’escadron Joël Emile Bamkoui de s’occuper de son
éducation. Lors de sa déclaration, ce dernier a dit sa bonne foi de
bien vouloir accéder à cette demande. Mais pour l’instant, on apprendra
que l’enfant n’a toujours pas encore de nom. Et pour cause, le père
s’en est allé avec le nom qu’il voulait donner à sa fille. Car il
ressort de la déposition de l’infirmier qui l’a reçu aux urgences de
l’hôpital Laquintinie cette fatidique nuit, qu’il a demandé en vain
qu’on fasse venir son épouse pour qu’il donne le nom qu’il souhaiterait
voir porter sa fille. Ce qui justifie tout l’embarras de ses frères et
sœurs pour lui choisir un nom. On apprend que les ayants droit feront
une descente à Douala cette semaine pour finaliser avec les formalités
de l’état civil de cet enfant.