L'Afrique devrait en tout état de cause s'atteler à sa propre édification au lieu de jouer les guignols au côté d'un Occident obnubilé par ses intérêts propres et son influence à outrance. Le drame de l'Occident, c'est bien de se considérer civilisé dans un monde où il semble fatalement résolu à ne pas se départir de ses turpitudes, au demeurant tout aussi barbares que ces tragédies contre lesquelles il prétend se démener à grand déploiement d’artillerie. Honoré FOIMOUKOM
Cameroun: voyage au coeur d'un capharnaüm nommé le clergé
Ecrit par Azap Ndongo
09-04-2009
Un prêtre, ca aussi besoin d'un peu de jouissance !
Dans sa livraison du 18 mars 2009, à l’occasion de la visite du pape Benoît XVI au Cameroun, le journal le Messager publie des textes signés de Christian Terras, en collaboration avec William Guérin et Francis Sierra. Ils ont été publiés par l’hebdo Golias.fr, un site internet qui se définit comme, « l’empêcheur de croire en rond ». Ces écrits sont assortis d’un trombinoscope qui dresse un bref portrait de chacun des prélats qui dirigent les 24 diocèses que compte le Cameroun. A la lecture des portraits, on se rend à l’évidence que la plupart d’entre ces princes versent dans le sexe, la corruption, la médiocrité, la cupidité et l’affairisme. Celui de l’évêque du diocèse de Bafoussam est fort éloquent : « jésuite tenu à distance par sa congrégation, c’est un ambitieux et un médiocre. Il aurait aimé être archevêque de Yaoundé. Mgr Bakot a essayé de l’imposer coadjuteur à Douala. Il ronge son frein à Bafoussam, chez les Bamiléké qu’il ne semble pas porter dans son cœur. Malin, c’est un prince de l’Eglise qui aime le luxe et l’argent. Il préside l’apostolat des laïcs. Mais n’a aucune considération pour les mouvements d’action catholique qu’il laisse tomber. Sa devise : tout est grâce. L’argent aussi ? »
L’argumentaire vient conforter l’attitude des prêtres du diocèse de Bafoussam qui l’accusent de mauvaise gestion (confère Le Messager n°2814). Dans les rangs laïcs, les griefs formulés à l’endroit du prélat font l’effet d’une douche froide. « Le résultat peut malheureusement être une crise de confiance entre le croyant et l’Eglise, le découragement des fidèles dans la foi tant il est vrai qu’en matière de religion plus qu’ailleurs, il faut prêcher par l’exemple. Et qu’il est erroné des penser que le vieil adage selon lequel il faut faire ce que le prêtre dit non ce qu’il fait est encore en vigueur. Il n’y a qu’à voir le rythme effréné avec lequel prospèrent les nouvelles églises et les sectes (franc maçonnerie, rose croix) dans lesquelles se retrouvent des prêtres et autres ouvriers apostoliques », confie Fabien Tsafack.
La problématique de la vocation
Même la prêtrise est malade. Elle baigne dans l’immoralisme dénoncé chez les prélats. Il est vrai qu’on ne peut pas envoyer un huissier au quartier constater une attitude équivoque du serviteur de Dieu. Pourtant, de plus en plus ouvertement, des prêtres font le sermon le matin pour se retrouver le soir dans le lit des fidèles, quand ce n’est pas dans les lieux de jouissance, lorsqu’il s’agit des femmes mariées. D’aucuns ont des enfants. Dans leur famille aussi bien que dans celle de la mère de l’enfant, on met un point d’honneur à garder cette relation, mais sécrète. Qui pourtant de confidences en confidences devient un secret de polichinelle. Des prêtres pauvres, ça n’existe plus. On en a peut-être connu dans le temps. Mais l’impression générale aujourd’hui laisse penser que devenir prêtre est d’avantage considéré au départ comme un métier (finalement plus accessible que les autres qui sont gérés par des concours administratifs plus compétitifs et serrés) avant d’être une plate forme d’enrichissement. Les prêtres ont des boutiques et font les affaires. Ce n’est plus une information. Les séminaristes ne sont pas en reste. Il faut attendre les vacances en famille ou le stage pratique du séminariste pour avoir une idée plus ou moins claire du genre de prêtre qu’il va devenir. Car loin des regards sévères des encadreurs, les séminaristes, au quartier, font un numéro. Il chausse des mocassins, sebago, pointinini. Ils deviennent méprisants à l’égard des sobres sandales façon Jésus, liées longtemps à l’image du prêtre. Et quand il discute son sacerdoce avec ses camarades on en imagine, il se voit mal dans une petite paroisse de brousse. Il se sait le petit protégé des barons qui ont déjà négocié son affectation dans une paroisse où résident des gros bonnets généreux avec les hommes de Dieu. Le sexe ne lui échappe. L’avantage est qu’il connaît par cœur la réplique de la jeune fille qu’il drague. Et sa réponse à lui : « j’ai fait vœu de célibat, pas de chasteté » ou encore « le prêtre c’est d’abord un homme ».
Des prêtres et évêques affichent de plus en plus un rythme de vie infernal, même étant convaincus qu’elle n’a rien à voir avec l’idéal du grand séminaire. Celui de la formation des prêtres pétris de foi et façonnés sur le modèle du Christ. Un modèle si difficile à suivre. On aimerait voir plus clair dans cette histoire qu’on appelle vocation.
Vers une vie spirituelle authentique
Le prêtre doit-il être une espèce de surhomme, un peu à la manière de Nietzshe ? C’est à ce niveau que se situe tout l’enjeu du casse-tête. Deux modes de penser s’affrontent. D’abord celle qui consiste à favoriser une révolution de la pratique. Les tenants de ce point de vue disent qu’il faut redéfinir les contours du sacerdoce. C’est dire que les prêtres décident d’un commun accord, de revoir leurs vœux de pauvreté et de chasteté, s’ils ne supportent pas la spiritualité à outrance. Qu’on accepte donc qu’ils se marient officiellement et qu’ils puissent accumuler des richesses, à condition que cela ne trouble pas la mission. On comprendra après tout, qu’ils ne sont que des hommes faits de chair et d’esprit. Et la chair est faible. Une telle perspective n’est pourtant pas évidente. Parce qu’il y a les puristes qui n’ont qu’un mot : responsabilité. Ici, on veut bien que le prêtre soit un homme, mais davantage un homme équilibré qui a fait un choix en connaissance de cause. Et qui l’assume jusqu’au bout. En s’imposant une discipline de vie et une humilité qui lui épargne la tentation de voir la vie matérielle prendre le dessus sur la vie spirituelle.
Selon un ouvrier apostolique, croire en Dieu pour un fidèle est le nœud véritable qui lui permet de transcender la difficulté à trouver ses repères auprès de son prochain. Il ne s’agit pas forcément de vider les églises parce qu’un catéchiste a commis l’adultère ou parce que les frasques d’un curé sont connues de toute la paroisse. Il s’agit de donner à César ce qui appartient à César et à Dieu ce qui lui revient. En faisant le net distinguo entre le rôle et les véritables capacités de l’institution de Dieu. « Que certains arrêtent donc de justifier leur changement de chapelle par le manque d’exemplarité des prêtres ou des pasteurs. En tout cas, pas avant d’avoir fait leur propre examen de conscience. Ils ne seront jamais convaincants surtout quand on sait dans quel genre d’Eglise ils se retrouvent par la suite. Que cela ne serve non plus à dédouaner le clergé. Ce serait trop facile de se réfugier ainsi derrière son humanité pour fouler aux pieds les responsabilités qu’on s’est prescrites soi-même » précise-t-il. Mais peut-être qu’il vaut mieux ne pas regarder de ce côté et vivre sa vie si on est chrétien avec son humilité et réalisme. Car en définitive, l’Eglise est un peu comme un restaurant. Si vous décidez de regarder dans les cuisines, vous n’y mangerez peut-être jamais. Ainsi soit-il.