L'Afrique devrait en tout état de cause s'atteler à sa propre édification au lieu de jouer les guignols au côté d'un Occident obnubilé par ses intérêts propres et son influence à outrance. Le drame de l'Occident, c'est bien de se considérer civilisé dans un monde où il semble fatalement résolu à ne pas se départir de ses turpitudes, au demeurant tout aussi barbares que ces tragédies contre lesquelles il prétend se démener à grand déploiement d’artillerie. Honoré FOIMOUKOM
Cameroun: retour sur les émeutes de la faim à Douala dans certains capitales africaines
Ecrit par Paul-Miki ROAMBA
23-02-2009
L’an passé, les marches contre la vie chère ont coûté cher à des vies humaines dans plusieurs villes africaines. Il n’y a donc pas que le Cameroun qui ait connu ces mouvements que l’on a fini par appeler "émeutes de la faim". Aux temps forts de la vie chère, les casseroles vides ont retenti un peu partout en Afrique. Retour sur ces temps chauds à Douala, à Bamako, Abidjan, à Libreville, et Dakar.
DOUALA
Une douzaine de morts dans les manifs
Une douzaine de personnes sont mortes dans les émeutes qui ont éclaté à Douala, la capitale économique du Cameroun dès le début, lundi 25 février 2008, de la grève générale illimitée à l’appel des syndicats des transporteurs urbains et interurbains, protestant contre la hausse du prix du carburant et la vie chère, a appris la PANA, de sources concordantes. Les violences avaient déjà commencé le samedi 23 février 2008 à Douala, qui offrait lundi le visage d’une ville en insurrection avec des affrontements entre grévistes et forces de l’ordre et des scènes de pillage. "Deux personnes ont été extraites de force de leurs véhicules et battues à mort dans le quartier de Bonaberi", selon un témoin.
"Une troisième personne a été brûlée vive dans l’incendie d’un bâtiment administratif dans l’arrondissement de Douala 5e et un jeune homme a trouvé la mort des suites de suffocation d’excès de gaz lacrymogène, ainsi que deux autres au quartier Bessengue, non loin du centre commercial", a-t-il ajouté. D’autre part, une femme gendarme ayant ouvert le feu sur la foule qui l’avait prise en tenaille, aurait touché à mort un élève d’un collège privé dont le corps est gardé à la morgue de l’Hôpital Laquintinie, selon d’autres sources concordantes.
Samedi nuit, deux manifestants étaient tombés sous les tirs à balles réelles de la police au lieu dit "Rond point Dakar", un quartier populaire de la capitale économique du Cameroun, à l’occasion d’un meeting du Social democratic front (SDF, principal parti de l’opposition parlementaire) qui a finalement été reporté. Le SDF comptait manifester contre la modification de la Constitution, afin de permettre à Paul Biya de se représenter à l’élection présidentielle de 2011.
DAKAR
Les manifestants au président Wade : « le riz est cher, va-t’en ! »
Dakar, 31 mars 2008 : « Nous sommes fatigués. Nous avons faim. Tout est devenu cher. Je demande à toutes les femmes de renverser leurs marmites et de faire, tous les soirs, des concerts de marmites », exhorte une mère de famille sénégalaise. Elle participe à une marche contre la cherté des denrées de première nécessité. « Pas plus tard qu’hier, s’exclame M. Momar Ndao, président de l’Association des consommateurs sénégalais, à l’initiative du mouvement, le prix du sac de riz de 50 kilos est passé de 14 000 à 17 000 francs CFA.
Cela montre que les autorités ne veulent rien faire ». Dans la capitale sénégalaise, il y avait donc de bonnes raisons, selon des consommateurs, de descendre dans la rue. Interdite par le préfet de Dakar, la manifestation a été durement réprimée par la police, à qui il a fallu plusieurs heures pour disperser les marcheurs. Ils étaient plusieurs milliers de personnes (5 à 6 000, selon les organisateurs, 6 à 7 000, selon la police) à avoir manifesté le 26 avril à Dakar à l’appel des mouvements de la jeunesse du Front Siggil Senegaal (« pour un Sénégal debout », en wolof), la plate-forme de l’opposition pour dénoncer la vie chère mais aussi le report des élections locales. Les manifestants ont défilé dans le calme en scandant des slogans hostiles au président Abdoulaye Wade, tels que « le riz est cher, va-t’en ! ».
Mais cette première marche autorisée de l’opposition depuis trois ans s’est déroulée dans une ambiance plutôt bon enfant. Pas de débordement et une faible présence visible de la police, mais des manifestants très motivés. Certains brandissaient des miches de pain, des sacs de riz vides. Et les slogans que l’on aura le plus entendu sont : « la vie est chère », « on a faim » et « le président doit partir ». Beaucoup de critiques aussi contre la « Grande offensive agricole pour la nourriture et l’abondance », lancée la semaine dernière par le chef de l’Etat pour lutter contre la crise alimentaire.
On a également entendu des manifestants accuser Abdoulaye Wade d’avoir oublié les producteurs d’arachide, l’une des principales productions d’exportation. Au bout du compte, la jeunesse de l’opposition a donc réussi son pari : organiser une manifestation après plusieurs interdictions et reports en évitant tout dérapage, le seul couac ayant été l’arrestation de deux membres des jeunesses de cette opposition dans la matinée du 26 avril, qui ont passé la journée entre les mains de la police.
BAMAKO
Marche sur la Primature
Sur un trajet d’environ un kilomètre, des dizaines de jeunes ont scandé : « On a faim, baissez les prix » ; « Où va le Mali ? ». Ces propos faisaient écho aux inscriptions sur les banderoles comme « le pain formellement interdit aux pauvres », « non à l’inflation », « nous ne voulons plus subir, nous voulons le changement ». Ils traduisent l’expression d’un désarroi général. Initié par l’association dénommée Cercle de Réflexion pour Jeunes (CRJ), cette marche qui a eu lieu le 16 avril 2008 est partie de l’Ecole normale supérieure pour prendre fin aux portes de la Primature, avec à la clé une déclaration destinée au gouvernement.
En effet, face à la situation de la flambée des prix, le bureau national du CRJ et l’ensemble de ses structures à la base ont décidé de tirer sur la sonnette d’alarme en disant haut ce que la majeure partie de la population malienne murmure. L’hymne national du Mali a couronné le début et la fin de la marche. La marche qui n’a pas été encadrée par les forces de sécurité sur le tronçon a été interceptée aux portes de la Primature par des policiers du 2e arrondissement qui sont venus en appoint à la sécurité rapprochée du Premier ministre. Le cabinet de la Primature aurait refusé de recevoir les marcheurs pour défaut, a t-on appris, d’autorisation de marche.
Mais, les responsables du CRJ nous ont indiqué qu’ils ont déposé une lettre d’information des autorités au niveau de la mairie de la commune III du district de Bamako et du commissariat du deuxième arrondissement. Le président de l’association, Mohamed Salia Touré, a souligné que deux demandes d’autorisation de marche contre la corruption et contre la crise du Nord leur ont été déjà refusées par le gouvernorat du district de Bamako.
Dans leur déclaration qui a été remise au chef de la sécurité du Premier ministre, la CRJ a souligné que les produits de première nécessité sont à des prix défiant dangereusement le niveau de vie de la population. Au moment où les autorités se réfugient derrière le phénomène de crise mondiale pour expliquer la situation, les jeunes pensent que la priorité doit être présentement accordée à la recherche de solutions immédiates et durables.
« Malgré les quelques efforts déployés par le gouvernement, notamment pour baisser les prix de certains produits (carburants, céréales, viandes, etc.), on assiste toujours à une instabilité des prix tandis que le pouvoir d’achat du Malien reste inchangé », relève la déclaration. Pour ne plus seulement dénoncer, le Cercle de réflexion pour jeunes a proposé au gouvernement et à la population une douzaine de pistes de solutions.
Ils s’agit, entre autres, de la création d’une commission de fixation des prix sur le marché, l’instauration d’un système fiable de contrôle des prix, la révision de la politique agricole (subvention, appui, accompagnement, forte implication de l’Etat pour l’atteinte de l’autosuffisance alimentaire), la redynamisation de l’approche d’importation du Commissariat à la sécurité alimentaire. Ils ont également invité la population à privilégier les produits locaux dans leur consommation.
LIBREVILLE
La pluie chasse les marcheurs
Prévue pour avoir lieu mardi en matinée, allant du Rond-point de la Cité de la démocratie au palais Léon Mba, la marche organisée par la coalition des ONG gabonaises contre « La Vie Chère » en vue de protester énergiquement contre la hausse vertigineuse des prix des produits de première nécessité, qui entraîne depuis quelques temps des remous à travers le monde, et aggrave la situation de précarité des familles déjà très pauvres, a été contrainte à l’annulation à cause d’une fâcheuse pluie qui s’est violemment abattue sur la capitale gabonaise, obligeant les personnes venues manifester dignement leur mécontentement face à cette situation et porter leur message vers les autorité du pays pour solliciter des solutions immédiates, ont dû rebrousser chemin.
Les « Marcheurs » qui arrivaient, les uns après les autres, n’ont pas pu crier, à la face du monde, leur désarroi et leur colère par rapport à cette situation qui cause désormais des ruines dans les familles. En effet, une violente averse s’est abattue ce matin sur la capitale gabonaise, empêchant les uns et les autres de vaquer à leurs occupations. Mais au regard de l’actualité dominée par ces questions de la hausse des prix et de la cherté de la vie, désormais récurrentes dans les médias nationaux comme internationaux, il est clair que cette journée avortée, n’enlève rien au combat que mène cette coalition des ONG et l’on s’attend à ce que d’ici quelques jours au plus tôt, cette marche ait lieu.
ABIDJAN
Le Président danse devant une population affamée
« Si la guerre est finie, pourquoi n’arrivons-nous pas à faire nos emplettes avec ce qu’on a comme argent ? Chaque fois qu’on va au marché il y a un nouveau prix ! », a expliqué Mme Koutouan ce mardi à Afrik.com, visiblement secouée par la flambée des prix. Comme elle, plusieurs autres femmes ont manifesté vigoureusement dans les rues d’Abidjan. Des jeunes gens les ont rejointes depuis ce matin et ont entrepris de paralyser la ville en ses points stratégiques (Carrefour Sococé au 2 plateaux, carrefour Mermoz Cocody, les carrefours Siporex et Gesco à Yopougon) où ils ont allumé de grands feux de pneus et de restes de table.
Pour décongestionner la situation, les forces de l’ordre et de sécurité ont été déployées et s’en sont prises aux manifestants, faisant un mort hier à Yopougon et un autre ce matin dans la commune de Port-Bouet. Les raisons d’un tel soulèvement, qu’on n’avait pas vu depuis les événements politiques de novembre 2004, sont la hausse brutale des coûts de certains produits de premières nécessité sur le marché.
Cependant, tout est parti, selon les témoignages de quelques manifestants, d’une virée du Chef de l’Etat, Laurent Gbagbo, dans la prestigieuse rue Princesse, dans la commune de Yopougon. Une rue monumentale qui n’a l’air de rien pendant la journée et qui, une fois la nuit tombée, se transforme en un véritable temple de joie où tous les excès sont permis – alcool, sexe, drogue, vols, viols rangés… – et où la musique bat son plein de 18 h jusqu’à 8 heures du matin.