
Le Pape Benoît XVI
"Ils nous racontent que le Pape arrive, et
puis quoi encore ? C'est le Pape qui nourrit nos familles ?La plus grosse erreur de ma vie, c'est d'être né
dans ce pays"
« La plus grosse erreur de ma vie, c’est d’être né
dans ce pays »,regrette, désespéré, un vendeur d’accessoires de
téléphones portables à l’avenue Kennedy à Yaoundé. Un autre, vendeur de
tableaux décoratifs, craint le pire. «
Avec ce genre d’action que Tsimi
Evouna vient de poser, la guerre sociale au Cameroun, c’est pour
bientôt », redoute t-il. La désolation est grande depuis mercredi 4
mars 2009 au centre-ville de la capitale camerounaise. Les commerçants,
victimes de ces casses, ont même perdu leur langue. Au bord des larmes,
ils observent, stoïques, la scène qui se passe sous leurs yeux. Des
véhicules anti-émeutes bloquent la circulation, des escouades de
gendarmes et de policiers investissent le marché des vendeurs à la
sauvette. Les pelleteuses de la Communauté urbaine de Yaoundé (Cuy)
aplatissent les comptoirs métalliques implantés au lieu dit « Grand
couloir », l’espace commercial situé au voisinage de la Cathédrale
Notre-Dame des Victoires Ndlr). C’est le branle-bas dans la ville.
Les passants s’arrêtent pour vivre « en direct » le film des
démolitions. Jurons, injonctions et étonnements fusent de toutes parts.
« Le type là n’a pas de cœur. Il n’a même pas pitié de ces pauvres
débrouillards ? », s’insurgent certains. « Qu’allons-nous devenir sans
notre gagne-pain ? Où veulent-ils qu’on aille maintenant ? »,
balbutient certains. Malgré les supplications des vendeurs, les engins
continuent de démolir. Des comptoirs dont les occupants étaient
absents, s’écrasent avec leurs contenus. Les pertes sont considérables.
Des tuyaux de conduite d’eau éclatent au passage. Pris de panique,
certains vendeurs tentent de sauver ce qui reste de leurs biens. Plus
grand-chose. Les marchandises sont réduites en pâtes.
Le papa arrive
La tension monte d’un cran. « Ils nous racontent que le Pape arrive, et
puis quoi encore ? C’est le Pape qui nourrit nos familles ? On croyait
que c’est dès le 10 mars qu’ils devaient nous sommer de déguerpir, mais
aujourd’hui, ils surgissent sans nous prévenir », se plaint un vendeur
d’appareils électroniques. Le comptoir en verre de ce dernier vient de
voler en éclats sous la pression des engins. Les démolisseurs ne
manquent pas d’expliquer l’action entreprise. « C’est précisément
depuis des années qu’on les a informés que les places qu’ils occupent
sont des espaces publics. La visite du Pape n’est qu’une occasion pour
mettre à exécution nos avertissements. Ce n’est pas de la méchanceté,
nous faisons juste notre travail. Ils auraient dû y penser avant »,
explique un des responsables de la Cuy.
Les agents de la Cuy ne s’arrêtent pas en bordure de route. L’arrière
des bâtiments sur la ligne de l’immeuble Shell sera déguerpi. La croix
de St André y a été apposée hier, laissant 24h aux occupants pour
partir. « Ils disent que si nous n’avons pas de permis de bâtir, ils
vont tout casser », relève un restaurateur. L’avenue Kennedy n’est pas
le seul endroit ayant reçu la visite des agents de la Cuy. Les
commerces situés au voisinage de la poste centrale ont été démolis.
Photocopieuses, échoppes des vendeurs de cartes de vœux, comptoirs et
autres installations de fortune, n’ont pas échappé à la furie des
pelleteuses de Tsimi Evouna. Des sources révèlent que les engins de la
Cuy se rendront dans les prochains jours, dans tous les autres espaces
publics où sont prévus les différents passages du cortége papale.
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