L'Afrique devrait en tout état de cause s'atteler à sa propre édification au lieu de jouer les guignols au côté d'un Occident obnubilé par ses intérêts propres et son influence à outrance. Le drame de l'Occident, c'est bien de se considérer civilisé dans un monde où il semble fatalement résolu à ne pas se départir de ses turpitudes, au demeurant tout aussi barbares que ces tragédies contre lesquelles il prétend se démener à grand déploiement d’artillerie. Honoré FOIMOUKOM
Cameroun - New-Bell : Le Barreau plaide pour la décongestion de la prison
Ecrit par Eugène Dipanda
22-08-2008
Le cri de détresse de Me Charles Tchoungang a été émis face à la presse hier à Douala.
Le bâtonnier de l'Ordre des avocats au Barreau du Cameroun se dit particulièrement ulcéré par la succession d'événements malheureux au sein des prisons du pays. Et principalement par l'ambiance qui prévaut en ce moment à la maison d'arrêt New-Bell où, mercredi dernier, neuf prisonniers ont trouvé la mort par asphyxie et plusieurs dizaines d'autres captifs brûlés au second degré, à la suite d'un incendie dont on ignore encore l'origine. Selon Me Charles Tchoungang, en effet, "Toute la vérité n'a pas été dite autour de cette affaire, et nous n'avons pas le droit de nous taire. Refuser de parler pourrait s'assimiler à un crime contre l'humanité".
La conférence de presse que le bâtonnier a donnée hier, jeudi 21 août 2008, en compagnie d'autres avocats membres d'un comité dit de surveillance de l'univers carcéral, aura ainsi été un moment de dénonciation des conditions de détention des prisonniers au Cameroun ; et, surtout, une occasion pour sonner une nouvelle fois l'alerte sur les dangers encourus, si une solution rapide n'est pas trouvée par les pouvoirs publics pour désengorger la prison centrale de New-Bell, où "la violence faite aux humains" a atteint, selon lui, le point culminant.
A en croire Me Charles Tchoungang, "Nous sommes à la veille d'une catastrophe. Il n'y a plus de prison à New-Bell. Si rien n'est fait, nous pourrions nous retrouver demain, avec deux à trois mille brigands qui sèment la terreur dans la ville de Douala. Nous devons donc attirer l'opinion publique sur la gravité de la situation". Et le bâtonnier sait très bien de quoi il parle. Quelques heures après le déclenchement de l'incendie du 20 août, il a pris la tête d'une délégation d'avocats, qui s'est rendue dans l'enceinte de la prison de New-Bell. Une seconde visite, en réalité, après celle déjà effectuée par les avocats dans ce même lieu au lendemain de l'évasion massive du 29 juin 2008, qui a coûté la vie à pas moins de 17 prisonniers.
Mouroir
"Nous sommes très choqués par la découverte que nous y avons faite. Nous avons vu une maison d'arrêt qui s'apparentait à un mouroir organisé. Les détenus y sont parqués les uns sur les autres, indépendamment des infractions commises ou des peines endurées. Les traces de violence dont insoutenables. En plus des détenus qui n'ont pu bénéficier des soins malgré leur état inquiétant, plusieurs dossiers ont été détruits. Le greffe des scellées a été vandalisé…", dénonce le bâtonnier.
Me Barnabé Nekuie, le président de la section camerounaise d'Avocats sans frontière (Asf), n'est pas moins avare en détails, en ce qui concerne le visage qu'affiche en ce moment le vieux pénitencier de New-Bell. "La toiture du quartier où se sont déclenchées les flammes s'est envolée. Une partie de la dalle a sauté. Certains prisonniers passent leurs nuits dans des latrines, et debout ! C'est une situation d'indignité qui ne peut pas laisser le Barreau indifférent ; surtout qu'une maison d'arrêt est faite pour nous tous…", soutient-il. Et, "Ce n'est pas parce qu'on est privé de liberté qu'on doit être privé de dignité. Au Cameroun, on est en plein délire carcéral. Le temps des cachots est révolu !", renchérit Me Tchoungang.
Aussi, le bâtonnier et son groupe plaident-ils pour la construction rapide d'une prison conforme aux normes internationales. "Si les pouvoirs publics sollicitent notre concours, le Barreau est prêt à y contribuer ; notamment dans la recherche des financements. Mais nous ne pouvons pas nous substituer à ceux dont c'est la mission régalienne. Cela fait plus de 20 ans qu'on nous annonce la construction de nouvelles prisons au Cameroun. Il faut que les projets sortent enfin des cartons", indique Me Tchoungang. Mais, en attendant, "Il faut trouver une solution transitoire à la situation de New-Bell", poursuit-il.
A titre provisoire l'Etat pourrait, par exemple, permettre la mise en liberté des centaines de détenus dont les peines ont déjà été purgées, mais qui continuent paradoxalement d'occuper des places dans ce pénitencier de Douala. Par ailleurs, "Nos maisons d'arrêts sont en totale contradiction avec le nouveau Code de procédure pénale, à cause d'une surabondance de détentions préventives", explique Me Henri Bekima. Le Barreau évoque, en plus, la possibilité d'un transfert des détenus de New-Bell vers les prisons les moins peuplées du pays. En date du 1er juillet 2008, les chiffres officiels faisaient en effet état d'une population carcérale constituée de quelque 3482 personnes à la prison de Douala, dont jusqu'à 2789 prévenus et seulement 626 condamnés ! Pour le personnel d'encadrement, on parle de 150 agents "démotivés et mal équipés" en tout ; alors que, selon le régisseur de la prison de New-Bell, "le ratio normal est d'un garde pour cinq détenus…". Le pire serait-il donc à venir à Douala?
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