L'Afrique devrait en tout état de cause s'atteler à sa propre édification au lieu de jouer les guignols au côté d'un Occident obnubilé par ses intérêts propres et son influence à outrance. Le drame de l'Occident, c'est bien de se considérer civilisé dans un monde où il semble fatalement résolu à ne pas se départir de ses turpitudes, au demeurant tout aussi barbares que ces tragédies contre lesquelles il prétend se démener à grand déploiement d’artillerie. Honoré FOIMOUKOM
Libreville a désigné mardi son chef de l'Etat par intérim, la présidente du Sénat Rose Francine Rogombé
Le nouveau président gabonais par intérim, Mme Etomba Rose Francine, épouse Rogombé, une métisse de 66 ans, ex-présidente du Sénat, a prêté serment mercredi à Libreville, a constaté APA sur place.
Le Premier ministre, Jean Eyéghé Ndong, les membres de son gouvernement, les députés, les sénateurs et les diplomates en poste à Libreville, ont assisté à la cérémonie d'investiture qui s'est déroulée dans la salle des conférences de la Cité de la démocratie, sur les hauteurs de Libreville.
«Je jure de consacrer toutes mes forces au bien du peuple gabonais, en vue d'assurer son bien-être et de le préserver de tout dommage, de respecter et de défendre la Constitution et l'Etat de droit, de remplir consciencieusement les devoirs de ma charge et d'être juste envers tous», a déclaré Mme Rogombé.
Conformément à la Constitution, l'ex-présidente du Sénat succède ainsi au président Omar Bongo Ondimba, décédé lundi à Barcelone, dans le nord-est de l’Espagne.
Lorsqu’elle naît le 20 septembre 1942 à Lambaréné, chef-lieu de la province du Moyen-Ogooué, dans le centre du Gabon, Etomba Rose Francine, épouse Rogombé, était loin de s’imaginer le destin singulier qui allait le sien dans cette vie, surtout dans un pays et un continent où la machisme est la chose la mieux partagée.
Mais élevée en règle de bonne gouvernance, l'approche genre a modelé les esprits et les mentalités, s'imposant comme une réalité incontournable.
Saisissant la balle au bond, l'opportunité offerte, le président Omar Bongo, par calcul politicien ou tout simplement par conviction, en a fait son cheval de bataille.
Une telle option a permis à la première femme magistrat du Gabon, d'inscrire son nom en lettres d’or dans les annales et l’histoire de l’ancienne colonie française, en devenant mercredi matin la première femme président de la République.
Juriste, Rose Francine Rogombé a fait ses études à la faculté de droit de Nancy, une ville où elle s’était rendue en rapprochement d’époux. Son mari Jacques Rogombé y poursuivait en effet ses études.
De retour au Gabon, à l’aube de l’indépendance du pays, après son séjour dans l'hexagone, elle intègre le corps judiciaire, en qualité de greffier à Lambaréné et Libreville (1962-1964).
L’arrivée au pouvoir du président Bongo en 1967 la trouve dans les coulisses du palais de justice de Libreville. L'ascension de Mme Rogombé sera par la suite fulgurante.
Elle occupera successivement les fonctions de Substitut du procureur de la République, Conseiller à la chambre judiciaire de la Cour suprême, vice-Présidente de la Cour criminelle spéciale (…).
Lorsque le président Bongo Ondimba crée le Parti démocratique gabonais (PDG), Mme Rogombé a gravi toutes les marches de l’échelle judiciaire, un milieu professionnel où l’on garde d’elle l’image d’une juriste rigoureuse.
C’est tout naturellement qu’elle décide d'intègrer le nouveau parti. Elle est notamment appelée à jouer un rôle de premier plan au sein de l’Union des femmes du PDG (UFPDG).
Son militantisme sera couronnée par sa nomination comme secrétaire d’Etat à la Promotion féminine, afin de promouvoir la femme gabonaise, de travailler à son émancipation, à son intégration et à son évolution dans la société.
Mme Rogombé a pris ses distances de la politique, peu après la conférence nationale de 1990, non sans cesser d'être une militante engagée du PDG dont elle fait partie des militantes de la première heure.
Jusqu’à son élection comme sénateur, Mme Rogombé occupait les fonctions de président du Conseil d’administration du Conseil gabonais des chargeurs (CGCE).
Son arrivée à la présidence du Sénat relève d'une de ces alchimies géopolitiques et de calcus politiciens dont seul le président Bongo avait le secret.
La présidence du sénat ayant été confiée à M. René Randembino Coniquet, un ressortissant de la province de l’Estuaire où se trouve Libreville, la capitale, après le décès de son titulaire Georges Rawiri, originaire de du Moyen Ogooué (centre), le chef de l'Etat a voulu qu'elle revienne à cette même province.
C’est ce qui a été fait avec l’élection à la tête du Sénat le 16 février 2009 de Mme Rogombé, investie président intérimaire du Gabon mercredi.
Mme Rogombé doit désormais conduire le pays jusqu'à l'organisation, dans les 45 jours au plus tard, d'un scrutin présidentiel auquel elle ne pourra participer.
Investie de pratiquement tous les pouvoirs du président élu, elle ne pourra cependant ni organiser de référendum, ni dissoudre l'Assemblée nationale.