L'Afrique devrait en tout état de cause s'atteler à sa propre édification au lieu de jouer les guignols au côté d'un Occident obnubilé par ses intérêts propres et son influence à outrance. Le drame de l'Occident, c'est bien de se considérer civilisé dans un monde où il semble fatalement résolu à ne pas se départir de ses turpitudes, au demeurant tout aussi barbares que ces tragédies contre lesquelles il prétend se démener à grand déploiement d’artillerie. Honoré FOIMOUKOM
Gabon: Omar Bongo tire sa révérence devant l'Eternel
Ecrit par Xavier Messè
08-06-2009
Le président Omar Bongo Ondimba
On le savait bien malade , on redoutait à chaque instant l'irréparable, la terrible nouvelle de la mort du président Omar Bongo Ondimba est tombée
hier aux environs de 21 heures locales. Il a rendu l'âme dans la clinique Cuirion de Barcelone où il avait été admis et opéré du mal du cancer de l’intestin dont il souffrait depuis plusieurs mois. Afin de suivre ce traitement, le chef de l'Etat gabonais avait dû suspendre ses activités en mars dernier, au lendemain de l'enterrement de son épouse Edith, officiellement c’était pour observer une période de deuil de deux mois environ.
Ceux qui connaissaient bien Omar Bongo avaient expliqué que cette absence calculée était en fait le début de la fin de l'ère Bongo. Qu'il s'en sorte de la maladie, il lui aurait été difficile de surmonter la douleur de la disparition de son épouse, ainsi que des frustrations voire des humiliations consécutives à cette disparition. Sur tout un autre plan, Omar Bongo Ondimba a subi ces derniers temps de violentes attaques des médias français sur sa fortune personnelle. Autant de choses qui n'étaient pas de nature à lui assurer la sérénité. Il éprouvait parfois le sentiment de ne plus bénéficier des égards de ses amis politiques français. Dans ce dossier en quatre temps, Mutations revient sur la vie et le parcours du doyen des chefs d’Etat du continent.
Albert Bernard Bongo (de son premier nom de baptême) est né le 30 décembre 1935 à Lewaï, petit village dans la région du Haut Ogoué, dans ce qui s'appelait à l'époque l'Afrique Equatoriale française. Sous l'influence du roi Hassan II du Maroc, Bongo embrasse l'islam en 1973 et devient El Hadj Omar. Il succède le 2 décembre 1967 à Léon Mba, le premier président gabonais. Il effectue ses études primaires et secondaires au Congo, puis après son service militaire, il rejoint d'abord les services secrets français, puis l'entourage de Léon Mba et travaille en qualité de commis des postes. Après l'indépendance du Gabon en 1960, le président Léon Mba fait de lui son vice-président et bras droit. En 1968, il fonde le Parti démocratique gabonais, socle du monopartisme jusqu'en 1990. Franc-maçon depuis 1953. En 1990, Bongo est poussé à organiser une conférence nationale à l'issue de laquelle il accepte la restauration du multipartisme. En 2004, de retour d'un séjour prolongé dans son village natal, il décide d'ajouter à son nom celui de son père Ondimba...
Omar Bongo Ondimba a été réélu le 27 novembre 2005 avec 79,18 % des suffrages selon les résultats officiels. L'opposition, avec à sa tête Pierre Mamboundou, avait dénoncé des fraudes massives constatées lors du scrutin.
Amitiés
Le 14 mars 2009, Edith Lucie Sassou Bongo Ondimba, première dame du Gabon, d'Omar et fille aînée de Denis Sassou Nguesso, décède à Rabat au Maroc, à l'âge de 44 ans des suites d'une longue maladie. Elle n'était pas apparue au Gabon depuis près de trois ans. Mère de deux enfants, Omar Denis Junior Bongo Ondimba et Yacine Bongo Ondimba.
Depuis le 11 mai 2009, le président gabonais était hospitalisé dans un état grave mais stationnaire en Espagne. Il faisait un bilan de santé quand on a découvert qu'il avait un cancer avancé, selon la présidence gabonaise. Le Conseil national de la Communication gabonais s'était indigné du traitement de l'information par les médias français "en diffusant des informations non officielles et alarmistes ".
Bongo s'était lié de solides amitiés avec certains dirigeants français aux rangs desquels Georges Pompidou, Valéry Giscard d'Estaing, François Mitterrand, Jacques Chirac.
Nicolas Sarkozy l'a rencontré à l'occasion de la campagne présidentielle, selon Omar Bongo afin de recueillir les bons conseils d'un homme d'expérience. Omar Bongo a aussi rencontré François Bayrou ainsi que Jean-Marie Le Pen
À peine élu, le 7 mai 2007, Nicolas Sarkozy l'avait appelé pour le remercier de "ses bons conseils", puis l'avait reçu à l'Elysée ; il avait ordonné à tout son gouvernement de passer saluer le doyen des "amis de la France". Deux mois plus tard, l'amitié entre Nicolas Sarkozy et Omar Bongo12 se confirmait, puisque c'est Libreville que le président français choisit pour clore sa première tournée africaine, le 27 juillet 2007. Il n'arrive pas les mains vides, puisqu'il avait obtenu du Club de Paris un allègement de la dette gabonaise d’environ 15% du montant global.
En janvier 2008, le journal Le Monde révèle la liste des biens mal acquis supposés en France du président gabonais et de sa famille... plus de 33 appartements et hôtels particuliers équivalent à plus de 150 millions d'euros. Ces informations sont issues de l'enquête de la police française qui faisait suite à la plainte déposée en mars 2007 par trois associations françaises (Survie, Sherpa et la Fédération des Congolais de la Diaspora) pour recel et détournements de fonds et biens publics.
Escroquerie
Le 13 février 2009, Omar Bongo Ondimba voit certains des comptes bancaires qu'il détient en France saisis par la justice française, conformément à une décision de la Cour d'appel de Bordeaux. Cette décision intervient suite à une affaire d'escroquerie aux dépens d'un chef d'entreprise français. Ce dernier, en différend commercial avec le président gabonais, a été emprisonné au Gabon en 1996, et sa famille a dû verser une somme de plus de 450 000 euros à Bongo pour le faire libérer, versement " indu et soumis à restitution " selon la justice française.
Le 30 mars 2009, une enquête avait été ouverte sur des comptes qui appartiendraient à Édith Bongo, soupçonnée d'avoir servi de prête-nom à Omar Bongo et à Denis Sassou Nguesso auprès de plusieurs établissements bancaires, afin de dissimuler des capitaux provenant de détournements de fonds publics dissimulés à Monaco.
Le 5 mai 2009, la doyenne des juges du pôle financier de Paris, Françoise Desset, juge recevable la plainte déposée par Transparency International France et l'Association Sherpa visant Omar Bongo et deux autres chefs d'États africains Denis Sassou Nguesso (Congo-Brazzaville) et Teodoro Obiang (Guinée Equatoriale) soupçonnés de posséder en France des biens immobiliers financés par de l'argent public détourné.
Omar Bongo disparaît laissant pendantes des affaires devant les tribunaux français. Son successeur constitutionnel, à peine installé au palais de la Rénovation, aura à user de beaucoup de diplomatie pour rétablir l’image du défunt président abondamment écornée durant ses derniers instants au pouvoir.