L'Afrique devrait en tout état de cause s'atteler à sa propre édification au lieu de jouer les guignols au côté d'un Occident obnubilé par ses intérêts propres et son influence à outrance. Le drame de l'Occident, c'est bien de se considérer civilisé dans un monde où il semble fatalement résolu à ne pas se départir de ses turpitudes, au demeurant tout aussi barbares que ces tragédies contre lesquelles il prétend se démener à grand déploiement d’artillerie. Honoré FOIMOUKOM
Cameroun-Guinée.E: Yaoundé devrait-il utiliser l'arme alimentaire contre Malabo?
Ecrit par Brice R. Mbodiam
02-06-2009
Comment le Cameroun peut utiliser la manne pétrolière équato-guinéenne au mieux de ses propres intérêts.
Lorsqu'un des avions de la défunte Camair atterrit à Malabo en 1998 avec à son bord onze étudiants de l'Université de Douala appelés à effectuer un stage au Centre culturel hispano-guinéen de la capitale équato-guinéenne, le premier contact avec le sol de ce "pays frère" est à la fois insolite et brutal. Insolite parce qu'à l'époque, l'unique bâtiment de l'aéroport s'apparentait à un de ces hangars qui constitue généralement nos marchés de brousse. Brutal parce qu'une fois sur le sol équato-guinéen, le groupe d'étudiant, pour avoir fait une photo dans ce qui tenait lieu de hall à l'aéroport, avait été conduit manu militari dans un bureau de l'aéroport, puis longuement intimidé avant d'être finalement libéré. Non sans avoir été fiché par les services de renseignement de l'aéroport.
A l'ambassade du Cameroun à Malabo, la scène de l'aéroport avait été relatée à l'ambassadeur, qui demanda à l'un de ses collaborateurs de retirer les passeports de ces étudiants, et de leur faire des photocopies frappées du sceau de l'ambassade pour leur permettre de circuler. De même, il avait conseillé à ces compatriotes de laisser tout leur argent dans le coffre-fort de la représentation diplomatique, et de venir faire des retraits en cas de besoin. Parce que, commenta-t-il, "ces gens-là vont tout vous arracher, et même déchirer vos passeports si vous osez les leur présenter". Un des étudiants sus cités est reparti en Guinée Equatoriale en 2006. Soit 8 ans plus tard.
Cette fois-là, l'aéroport de Malabo, qui autrefois pouvait être comparée à la gare ferroviaire d'Obala, n'avait plus rien à envier, du point de vue de la modernité de l'infrastructure, à l'aéroport de Yaoundé Nsimalen. Mais la brutalité teintée de xénophobie des Equato-guinéens est restée intacte. Par exemple, lors de la coupe de la Cemac 2006 à Bata, le Consul du Cameroun a dû demander à ses compatriotes de ne pas venir au stade supporter les Lions, qui affrontaient alors les Nzalang de Guinée Equatoriale. "Ils nous ont dit que si les Nzalang sont battus, pendant que notre président va être dans les airs avec son avion, nous serons amassés dans les camions, pour le suivre dans notre pays par voie terrestre", a confié un compatriote rencontré dans une buvette à la fin du match, visiblement heureux de la défaite des Lions.
Ces témoignages démontrent que depuis longtemps, les Equato-guinéens sont un véritable obstacle à l'intégration sous-régionale. Par complexe par le passé, le pays étant à l'époque le moins nanti de la zone Cemac. Et de nos jours par mégalomanie, puisque ce petit pays dont le chef de l'Etat faisait à l'époque "l'avion-stop" grâce à la magnanimité du président camerounais, peut se targuer aujourd'hui d'avoir causé la faillite d'une banque américaine pour y avoir retiré ses avoirs, mais aussi de disposer de près de 50% des réserves de change de la zone Cemac. Normal, la Guinée Equatoriale, dont une amnésie chronique semble frapper tous les dirigeants, est devenu un petit Koweït perdu dans la forêt équatoriale. Un nouvel El dorado qui a oublié son passé de mendiant, mais dont on ne doit surtout pas attribuer les attaques vis-à-vis des ressortissants de la zone Cemac à la folie pétrolière.
Car, à bien y voir, la xénophobie à tête chercheuse (ce pays est truffé d'Américains, d'Européens et des Asiatiques qui y construisent des infrastructures et exploitent le pétrole sans être inquiétés le moins du monde) des Equato pourrait bien découler d'un atavisme auquel il faut répondre par la manière forte. Et qui dit manière forte ne fait certainement pas allusion à cette mollesse des autorités camerounaises chaque fois qu'un camion remplit de compatriotes rapatriés du pays d'Obiang Nguéma, non sans avoir été préalablement dépouillés, arrive à Kyé-Ossi avec des personnes parfois dénudées. La manière forte, et tous les Camerounais la connaissent, c'est de brandir l'arme de la dépendance alimentaire de ce pays vis-à-vis du Cameroun.
Il nous semble que le Cameroun, pour préserver la sécurité de ses ressortissants attirés par les opportunités qu'offre la Guinée Equatoriale, peut ne pas hésiter à fermer ses frontières à ce pays, dont les produits alimentaires viennent essentiellement du Cameroun. L'on expérimenterait alors une sorte d'opération "immigration contre nourriture" (en d'autres termes, vous laissez nos compatriotes tranquilles, on vous donne à manger. Au cas contraire, on vous coupe les vivres), calqué sur le modèle du "pétrole contre nourriture" autrefois imposé à l'Irak par l'Onu. Peut-être qu'en ce moment, les Equato-guinéens vont comprendre que, des fois, une grappe de banane plantain est plus importante qu'un baril de pétrole. Et par conséquent, qu'il est indispensable de traiter avec un minimum d'égard les ressortissants du pays qui leur sert de grenier.