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Pensée du Jour

L'Afrique devrait en tout état de cause s'atteler à sa propre édification au lieu de jouer les guignols au côté d'un Occident obnubilé par ses intérêts propres et son influence à outrance. Le drame de l'Occident, c'est bien de se considérer civilisé dans un monde où il semble fatalement résolu à ne pas se départir de ses turpitudes, au demeurant tout aussi barbares que ces tragédies contre lesquelles il prétend se démener à grand déploiement d’artillerie.
Honoré FOIMOUKOM





Parténaires




L’humanité est-elle menacée par un cataclysme imprévisible ? Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Ecrit par SHANDA TONME   
01-05-2009
ImageL’épidémie de grippe porcine apparue au Mexique et en Amérique du Nord en ce début du mois d’avril 2009 et qui semble déjà se propager au reste du monde en passant par l’Europe, est en passe de reléguer au second plan les préoccupations des gouvernements relatives à la crise économique. Bien plus que le nombre de victimes enregistrées à ce jour, c’est la déclaration de l’Organisation mondiale de la santé sur les risques d’une pandémie qui suscite des interrogations et autant d’inquiétudes.
Il va sans dire, que face à une situation de crise de santé publique qui a toutes les apparences d’une nouvelle catastrophe, l’humanité est obligée de tenter un sondage crucial de l’avenir. Même si au regard des outils d’investigation académiques et purement techniques, l’on a pu après coup spéculer sur le caractère prévisible de la crise financière qui, partit des places financières américaines, a fait basculer l’ensemble de l’économie mondiale dans une profonde récession, rien en réalité ne permet véritablement d’anticiper sur les prochaines crises qui pourraient se muer en catastrophes, voire en cataclysme.
Jusqu’ici, les guerres menées directement ou indirectement par les puissances, grandes et moyennes, sont apparues comme les dangers à conjurer. Certes, l’on a spéculé invariablement sur les moyens d’offrir à l’humanité un cadre d’existence et d’évolution plus élaboré et mieux assaini, mais jamais, il n’est apparu que ceux qui font et défont notre destin par leur pouvoir, étaient capables de conjurer effectivement tous les mauvais sorts.

Une relativisation de la puissance

Ce que la succession des crises établit définitivement comme ligne éthique générale, est sans aucun doute l’exigence d’humilité devant l’impuissance de l’être humain, la défaite de tous les pouvoirs et de tous les esprits, bref leur incapacité à apprivoiser les contours du destin de l’univers. Nous ne sommes pas en présence de situations, s’agissant des crises comme celle de la grippe porcine, sur lesquelles l’intelligence humaine peut exercer un contrôle absolu. Il s’agit de dérèglements subites dont les sources peuvent se situer aussi loin qu’à la date de l’apparition du premier homme sur la terre voire de la formation du système solaire. En moins d’un demi-siècle, la pandémie du sida s’est imposée comme une préoccupation nouvelle de santé à laquelle aucune solution thérapeutique radicale n’a été trouvée. Les pathologies liées à la tuberculose, le paludisme, le diabète, la maladie d’Alzheimer, le cancer, et bien d’autres demeurent après tout, malgré des avancées notoires dans la recherche, des phénomènes de nuisance gênants et incapacitants pour le bien-être des habitants de la planète terre.
La question simple que pourrait se poser tout être humain aujourd’hui à l’écoute de cette nouvelle pandémie, c’est de savoir à quoi il sera exposé dans les jours, les mois, ou les années à venir. La puissance des gouvernants produit ses limites dans ce contexte d’absence de toute réponse sur les menaces des lendemains et les nuisances lointaines. L’Amérique en est encore à réfléchir sur la meilleure façon de discipliner ses banques pour prévenir toute nouvelle mise en danger de son économie. General Motor, le premier constructeur automobile, ne sait plus où donner la tête et annonce la fermeture de plusieurs usines, le chômage monte partout, et les travailleurs fragilisés dans leur existence tendent à perdre la raison. Ceux qui se croyaient puissants et riches craignent à leur tour l’épidémie et la montée des colères. L’Afrique qui assiste impuissante et muette, doit encore résoudre des problèmes primaires d’expression et d’organisation politique, dans un contexte dominé par des dictatures criminelles insensibles à toutes les pandémies.
Mais comment envisager l’avenir de l’humanité dans cette situation sans trembler de toutes ses forces ? Il y a moins de deux décennies, les adultes craignaient moins pour eux-mêmes que pour leurs progénitures. Aujourd’hui les choses ont radicalement changé. La succession des crises politiques, sanitaires, et économiques a ruiné tous les privilèges et tous les acquis du présent pour ne plus laisser en ligne de mire que la faillite, la misère, la mort certaine et la désolation que traduisent bien la suractivité des morgues.

Penser à un autre gouvernement de l’intelligence

Tous les discours sur la science, la puissance, la maîtrise des techniques et des procédés, aboutissent dorénavant à créer plus de doutes qu’ils ne rassurent effectivement les citoyens du monde. Rien ne montre que dans un mois ou deux, une brusque montée de la mer due au réchauffement climatique, ne va pas engloutir des espaces terrestres énormes et rayer plusieurs pays de la carte de la planète. Les écologistes qui étaient de piètres marginaux dans les années 1970, entrent petit à petit dans le champ des visionnaires respectés pour la survie de l’espèce et la préservation du patrimoine commun de l’humanité. Il est bien dommage que la presse parle du Mexique sans jamais mettre en évidence que la capitale Mexico qui compte plus de vingt millions d’habitants, est la ville la plus polluée au monde. Notre objectif n’est point de fonder une relation de cause à effet entre ce tableau sombre et l’épidémie, mais nous soutenons clairement l’idée selon laquelle, la qualité de notre cadre de vie nous expose facilement à des surprises qui dans certains cas, ne manqueront pas de se transformer en catastrophe d’ampleur insoupçonnée.
En fait, l’intelligence de l’humanité n’a pas secrété assez de réflexion prospective collective pour construire un gouvernement social de l’éthique. La course à l’expression de la puissance, le besoin de domination et d’exploitation, la volonté de commander les principaux leviers décisionnels de la planète, ont réduit les détenteurs du pouvoir à de vulgaires bêtes insensées, limitées dans leur capacité de projection et de protection. Voici exposée la preuve de l’inutilité des armes de destruction massive, des porte-avions, des missiles nucléaires, des chars d’assaut de dernier cri, des bombes à neutrons, des avions furtifs, de toute cette quincaillerie maléfique faite pour donner la mort.
Que l’humanité n’ait pas encore mis au point un vaccin contre le paludisme est une honte insoutenable, une démonstration de l’intransigeance de l’égoïsme des puissants et des nantis. La crise de la grippe porcine annonce plutôt d’autres crises plus graves et des pandémies encore plus mortelles que personne dans le contexte actuel ne sera en mesure de contrôler. Le monde a besoin d’une nouvelle intelligence plus prolifique et mieux partagée entre les fantaisies individualistes d’une part, et les aspirations à la sécurité alimentaire et sanitaire d’autre part.

L’urgence d’une adaptation des méthodes, des outils et des moyens

Ce ne sont ni les armes de l’Iran, ni celles de la Corée du Nord, ni les petites roquettes du Hamas, ni les déclarations de El Béchir du Soudan qui menacent réellement le monde et contrarient le destin de l’humanité aujourd’hui. Le problème est ailleurs, dans une impréparation collective à construire les outils d’anticipation, de vision, de contrôle et de maîtrise des crises qui surviendront sans préavis. Rien de la grippe aviaire, du poulet à la dioxine, de la vache folle, du Sida, du lait à la mélanine, des déchets toxiques, et autres avatars de l’évolution de l’espèce, ne sort de l’imagination d’un être mystérieux qui tirerait les ficelles dans l’ombre. L’humanité n’a pas su, pu, ou tout simplement voulu adapter ses méthodes, ses moyens et son intelligence aux exigences effectives de son environnement. Vécues dans l’urgence et dans une certaine précipitation, les crises apparaissent comme des excroissances inattendues. Pourtant, rien qu’en s’en tenant à la substance des débats au sein de l’Organisation mondiale du commerce sur les subventions, l’on découvre à la fois que l’humanité a largement les moyens de se nourrir convenablement, et de concevoir un cadre général de référence pour l’élimination des principales distorsions qui handicapent les échanges marchands entre les peuples, génèrent moult conflits, et menacent notre écosystème.
L’urgence dorénavant, c’est qu’à défaut d’une aptitude à anticiper sur toutes les crises, l’humanité s’attèle au moins à réorienter son intelligence, son travail quotidien et ses outils vers la formulation de nouvelles règles éthiques. C’est à partir de là que la construction des capacités réelles à maîtriser les crises brutales et imprévisibles, serait envisageable. Comment comprendre que l’Afrique consacre moins de 5% de ses ressources budgétaires à l’agriculture, alors que sa population rurale est de 60% ? Comment expliquer tous ces budgets militaires faramineux alors qu’il manque de l’argent pour conduire la recherche sur les vaccins ? Comment admettre que des petits pays pauvres achètent plus de véhicules de luxe et des bouteilles de vins fins qu’ils ne construisent des salles de classe ? La menace des crises graves réside dans cette distorsion cruelle que la cupidité de quelques spéculateurs ajoutée à la vanité de certains voyous de la mauvaise gouvernance, engendrent permanemment./.

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