L'Afrique devrait en tout état de cause s'atteler à sa propre édification au lieu de jouer les guignols au côté d'un Occident obnubilé par ses intérêts propres et son influence à outrance. Le drame de l'Occident, c'est bien de se considérer civilisé dans un monde où il semble fatalement résolu à ne pas se départir de ses turpitudes, au demeurant tout aussi barbares que ces tragédies contre lesquelles il prétend se démener à grand déploiement d’artillerie. Honoré FOIMOUKOM
Le président iranien Hamadinedjad, a une fois de plus déclaré qu'Israël devrait être rayé de la carte du monde, car soutient-il, il s’agit d’un Etat raciste, création artificielle de l’Onu
L’histoire ne se répète presque jamais dans les mêmes termes, les mêmes conditions, avec les mêmes conséquences certes, mais les événements historiques peuvent facilement mettre en évidence, quelques parallélismes dans les états d’esprits, les planifications géostratégiques et l’articulation des intérêts des acteurs de la scène diplomatique mondiale.
Si la science se limitait à un simple constat de l’existant sans aucun effort de lecture de l’inconnu et des perspectives, elle ne serait qu’un exercice de paresseux impénitents et de professeurs des évidences. Dans le métier des professionnels de relations internationales, de nombreuses occasions dans l’histoire contemporaine nous font croire, que des guerres, des crises graves, ou des confrontations limitées, ont pu être entrevus par des gens des sciences qui avaient le courage et la volonté de projeter la réflexion au-delà des simples évidences, pour jouer le rôle d’éclaireur. Nous sommes sans aucun doute de ceux-là, de ceux qui n’attendent pas le son des cloches ou les odeurs des tas de cadavres, pour annoncer les dangers, tirer la sonnette d’alarme. C’est dans cette capacité, cette qualité et cette prétention, que nous situons la démarche d’aujourd’hui, la lecture d’une séquence de la vie des nations et de l’évolution des relations internationales.
Comme en septembre 2001
Lorsqu’en septembre 2001, la délégation américaine conduite alors par le Secrétaire d’ Etat Collins Powell, quitte brutalement la conférence des nations unies sur le racisme qui se tient à Durban en Afrique du sud, pour protester contre une résolution assimilant le sionisme au racisme, nous faisons vibrer notre plume dans un rare exercice de prémonition annonçant la catastrophe pour les Etats unis. Quatre jours seulement après notre réflexion publiée dans le chronique l’éclairage du quotidien camerounais “ le messager ” et reprise par de nombreuses publications à travers le monde, un groupe de Kamikazes agissant pour le compte d’Al-Qaïda, administrera aux Etats unis, sa plus cuisante défaite sans combat. Le terrorisme dans une forme non seulement violente mais brutale et scientifique, faisait son apparition aux yeux du monde.
Nous n’avons aucune intention de donner une importance démesurée à un événement, ni de recourir à la technique d’extrapolation pour forcer l’entrée dans les livres d’histoire de faits, d’actes ou de déclarations sans intérêt significatif. Pourtant, sur le même thème qu’à Durban, en jouant sur le même registre de la défense de la cause des musulmans et des palestiniens, nous assistons à la répétition de l’histoire. En déclarant à la conférence des nations unies sur le racisme à Genève ce mois d’avril 2009, soit huit ans après Durban, que le sionisme est le pire des racismes, le président iranien Mahmoud amadinedjad, a ouvert une dangereuse brèche dans la relative harmonie vécue dans les relations internationales depuis l’arrivée de Barak Obama à la Maison Blanche. L’iranien a repositionné le monde dans une logique de diatribes guerrière aux conséquences imprévisibles.
L’Iran est-il prêt pour la guerre ? L’Iran a-t-il les moyens de sa politique ? L’Iran a-t-il choisit d’affronter les Etats-unis, Israël, le reste du monde arabe ? Personne n’ignore que le très radical président iranien, a déclaré à maintes reprises que l’Etat d’Israël devrait être rayé de la carte du monde, car soutient-il, il s’agit d’une création artificielle de l’Onu. L’on se souvient, de la destruction par l’aviation israélienne, du centre d’expérimentation nucléaire irakien (Osirak) qui faisait la fierté du dictateur Saddam Hussein. La France avait il faut le rappeler, fournit un réacteur nucléaire au pays contre des dollars sonnants et trébuchants, et le dignitaire irakien n’avait pas d’autres objectifs que celui d’accéder à la maîtrise de l’enrichissement de l’uranium et bien sûr la fabrication d’une arme atomique. Lui aussi prônait la destruction de l’Etat hébreux. Comme hier avec Saddam qui tenait absolument à créer une crise grave pour tester ses missiles Scud en les lançant contre Israël, Hamadinedjad rêve exactement de la même chose depuis qu’il clame partout sa petite puissance nucléaire. L’histoire se répète donc.
Un premier grand dilemme pour Barak Obama
La situation crée par ce que l’on peut raisonnablement considérer comme une agitation stérile voire infantile de la part de Téhéran, va contraindre Barak Obama à s’aligner plutôt que prévu, sur les positions de Georges Bush, lesquelles, en dépit des commentaires bien plus profanes que professionnels, ne s’étaient nullement écartées des lignes directrices et fondamentales de la politique étrangère des Etats-unis. Le boycott de la conférence de Genève par la quasi-totalité des pays membres de l’Otan, préfigure un retour en arrière vers des camps non pas vraiment idéologiques, mais néanmoins antagonistes. Le discours de Hamadinedjad donné fait avaliser la thèse de l’existence des Etats voyous, des Etats irresponsables entre les mains desquels, il ne serait pas tolérable de laisser traîner une arme nucléaire. Même si de nombreux analystes spéculent sur une provocation programmée du radical président iranien, les mêmes experts ne pensent pas que Téhéran mesure à sa juste dimension, le danger qui le guette. En déclarant qu’Israël ne tolérera plus jamais un nouveau génocide juif, le nouveau premier ministre de l’Etat hébreux, Benjamin Netanyahu, n’a fait que porté aux dirigeants iraniens, un message de menace plein de sens. La déclaration du premier ministre, exprime et trahit de façon calculée, ce que nous n’avons de cesse de rappeler depuis bientôt deux ans, à savoir que les installations nucléaires iraniennes seront tôt ou tard attaquées et détruites comme le furent celles de l’Irak de Saddam Hussein.
Mais ce n’est pas le plus grave, en termes de parallèle avec septembre 2001. Ce qui est plus préoccupant à l’horizon, c’est la compromission de tous les espoirs suscités par la nouvelle équipe Obama qui a passé à peine les cent premiers jours à la Maison Blanche. Dans tous les cas, nous assisterons bientôt à une succession de causes et d’effets, greffés sur le fiasco de la conférence de Genève sur le racisme. Le discours de l’Iran n’est audible et traductible en actions effectives, que chez quelques extrémistes qui pour certains, n’ont pas vraiment intérêt à voir émerger un Etat palestinien fort, indépendant, et entreprenant. En dehors de ces hordes de barbus qui jurent au nom d’Allah et de son curieux disciple Ben Laden, il est peu probable que les dirigeants iraniens soient suivis par les autres leaders d’Afrique, d’Asie et d’Amérique Latine. Même les partisans du discours anti impérialiste enflammé à l’instar de ceux courant chez Hugo Chavez, ne sont plus vraiment disposés à se laisser entraîner dans un militantisme révolutionnaire dépassé, foireux, et pour tout dire impopulaire.
Crises diplomatiques et négociations difficiles en perspectives
Comme en 2001, c’est une nouvelle étape d’incertitudes pour les relations internationales qui s’annonce. Le monde risque de découvrir plus vite que prévu, un Barak Obama enfilant la tenue de combat pour aller encourager les boys au front, ou se dressant au Congrès pour demander des moyens pour faire face à une situation de crise violente. Comme hier malheureusement, les principaux acteurs de la scène diplomatique planétaire risquent de se retrouver obligés de s’aligner sur une position ou sur une autre, de choisir un camp mais pas tel autre. Le style de pasteur prêchant la bonne parole va bientôt cesser à la maison Blanche. Nous tendons vers la fin de la période de grâce.
Le sommet des Amériques qui s’est tenu dans cette deuxième semaine du mois d’avril 2009, dans les Caraïbes, a déjà montré les limites des promesses de réformes sur le terrain. Le président tant attendu sur quelques dossiers, a fait profil bas, se contentant de rappeler des percepts religieux, des passages bibliques sans aucune emprise sur la vie matérielle au quotidien. Si quelqu'un a du être assez naïf pour croire que le bon Dieu nègre est arrivé, il est important de se raviver pendant qu’il est encore temps. L’embargo contre Cuba reste en place. Une vraie démonstration d’obscurantisme en politique étrangère indigne de la première puissance mondiale.
L’Iran va bientôt, et très certainement, donner quelques explications aux Etats-unis et aux membres de l’Union européenne. Les plans contingents d’attaques massives et ciblées sur l’Iran par la voie des airs, n’ont jamais été aussi présents dans les esprits des responsables militaires américains et israéliens. On ne voit pas comment à long terme, les israéliens supporteront que leurs enfants, leurs épouses et leurs parents, soient pris en otage par les armes de destruction massive de Téhéran. Pour avoir tenu des propos à peu de choses près identiques à ceux du président iranien, Saddam Hussein a été renversé, pourchassé, arrêté, jugé et exécuté. L’Iran n’est pas l’Irak, mais !
Il n’est point besoin de poser la question de savoir qui fait quoi dans ce cas, et quelles sont les moyens, les alliances et les objectifs d’une guerre préventive. Nous ne sommes pas, en droit international classique engagé à détruire une famille, un patrimoine ou un espoir. Ce qui est en cause, c’est la réponse programmée et structurée face aux dérives verbales du président iranien. Un Etat membre de l’Onu peut-il impunément et continuellement prôner la destruction d’un autre Etat membre ?