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Pensée du Jour

L'Afrique devrait en tout état de cause s'atteler à sa propre édification au lieu de jouer les guignols au côté d'un Occident obnubilé par ses intérêts propres et son influence à outrance. Le drame de l'Occident, c'est bien de se considérer civilisé dans un monde où il semble fatalement résolu à ne pas se départir de ses turpitudes, au demeurant tout aussi barbares que ces tragédies contre lesquelles il prétend se démener à grand déploiement d’artillerie.
Honoré FOIMOUKOM





Parténaires




Interférence des facteurs idéologiques dans l’orchestration des protestations internationales Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Ecrit par SHANDA TONME   
12-08-2009
Image"Amnesty international ne délivre jamais la même protestation selon qu’elle traite un événement survenu à Moscou, à Dakar ou à Rio de Janeiro" et "plus un pays est riche, moins il est dénoncé par des Ong dont certaines sont en réalité financées par les pires dictatures "


d)Un des constats les plus troublants dans ce contexte ( de protestation de la "communauté internationale") c’est sans doute l’alignement de la société civile. Finalement la plupart des organisations non gouvernementales qui envahissent la scène internationale pour défendre les droits de l’Homme, suivent à la lettre les contournements idéologiques dessinés par les Etats et épousent leurs antagonismes. Amnesty international ne délivre jamais la même protestation selon qu’elle traite un événement survenu à Moscou, à Dakar ou à Rio de Janeiro. Lorsque Transparency international s’occupe d’un pays, c’est souvent selon les humeurs du moment, la posture dans les alliances diplomatiques, et les intérêts immédiats. Il ne s’agit pas de méconnaître l’efficacité et l’effectivité de ces organisations, bien au contraire. Ce qui est en cause, c’est le niveau, l’ampleur et le contenu des réactions déployées selon les pays pour une situation donnée.

Pour traduire dans les faits ce constat, l’on peut tracer un parallèle entre les manifestations et toutes sortes de protestations déployées par les organisations internationales non gouvernementales à propos de la Serbie de Milosevic, avec la tiédeur voire le silence des mêmes organisations à propos des dictatures africaines. Tout se passe en fait comme si ces organisations obéissaient à leurs Etats et recevaient des ordres des dirigeants de ceux-ci. Les organisations qui conduisent les manifestations à Paris et Londres, n’ont aucun intérêt à chercher à connaître ce qui se passe au Niger. Une théorie répandue voudrait d’ailleurs que les principales sources de financement des Ong occidentales soient en réalité les gouvernements de leurs pays de création. Lorsque ce ne sont pas des subventions officielles, ce sont des dons suscités, canalisés, arrangés, commandités par des réseaux dont les ramifications retombent dans les connections officielles.

Dans ce jeu d’influence et d’argent qui conditionne les protestations internationales, les pays pauvres n’ont aucune chance d’exister et leurs sociétés civiles par faute de moyens, se retrouvent dépourvues, incapables de faire passer leur message. Conséquence, les médias ne parlent qu’à sens unique et ne répercutent que les messages des mêmes acteurs, des acteurs liés et sectaires. Human rights watch par exemple suit presque toujours la logique américaine et ses protestations contre les violations des droits de l’Homme correspondent presque toujours, aux sphères de dénonciation de la Maison Blanche. Ce n’est plus simplement une impression ou un soupçon d’alignement, c’est la consécration du subjectivisme idéologique en fonction tantôt des alliances économiques, tantôt des repères géopolitiques. Toutes les crises petites ou majeures de ces dernières années ont été traitées de la même manière. Dans le cas des petits pays, il faut encore distinguer ceux qui sont pauvres de ceux qui sont riches. Plus un pays est riche, moins il est dénoncé par ces organisations dont certaines sont en réalité financées par les pires dictatures en utilisant des voies contournées.

Une des démonstrations majeures de la cupidité et de l’alignement des Ong, est l’empressement dont celles-ci font preuve pour monter au front des dénonciations dès que une des grandes puissances à qui elles obéissent ou sont apparentées, se prononce. Tant que Sarkozy n’a pas encore dénoncé clairement le dictateur de Niamey, l’on n’entendra pas beaucoup de bruits voire des bruits tout court. Cette réalité conduit à relativiser les révélations de la presse et de quelques organisations en France sur les biens mal acquis du Quarton des dictateurs africains que sont Obiang Nguéma, Sassou Nguesso, Paul Biya et feu Omar Mbongo. La vérité se situe certainement ailleurs, dans un lâchage progressif de chefs d’Etat subalternes devenus de plus encombrants et de moins en moins fréquentables. Les biens que l’on dénonce aujourd’hui étaient connus depuis longtemps de tout le monde, et le contexte permettait il y a déjà dix ans en arrière de mettre ces potentats tropicaux en cause devant des tribunaux.

Transparency international par exemple ne peut pas logiquement expliquer par quelle arithmétique morale elle classe le Cameroun premier pays corrompu deux années de suite et la range seulement dans les dix premiers la troisième année. Si pour le commun des mortels bombardé de mensonges par les médias nationaux et internationaux au quotidien et lessivé pratiquement jusqu’à l’os par moult manœuvres de politiciens affamés, un tel classement est toujours pris pour argent comptant. Mais pour l’analyste qui cherche et fouille dans les arcanes des relations d’influence et des jeux géopolitiques, les motivations des variations du classement sont certainement ailleurs, d’autant plus que le pays dont il est question a sombré année après année dans une corruption endémique.

Ainsi donc, les protestations internationales servent bien souvent des intérêts sordides sans aucun rapport avec le souci de défendre des normes, des valeurs et des principes nobles. Comme on l’apprend dans la théorie générale de formulation de la règle de droit, le silence, l’activisme ou la modération des Etats, des institutions privées civiles, des personnes physiques de toute réputation et de tous les bords, valident ou invalident des positions de principe.

La Chine qui fonctionne depuis sa transformation en usine du monde avec une mentalité de chasseur de matières premières, a fait du silence un trait de caractère permanent de sa politique internationale. Ici plus qu’ailleurs, le silence est d’or. Pékin a définitivement fait d’une certaine neutralité, une force, jouant à être ami de tous et à plaire à chacun. L’idéologie ne compte plus pour rien, de même que la situation géopolitique est battue en brèche par des calculs de circonstance. Personne n’est par exemple en mesure de dire quelle est la position réelle des maîtres à penser chinois sur le conflit israélo palestinien, ni même ce qu’ils pensent du Hamas et des différents mouvements arabes. Dans ces conditions, la place de cette grande puissance au conseil de sécurité revient à observer, observer, et toujours observer, en prenant très rarement une position tranchée.
Pourtant, ce qu’il convient de retenir en conclusion, c’est que protester équivaut à choisir, et ne pas protester signifie exactement la même chose, c’est-à-dire choisir./.

c)                                La discrimination positive dans la protestation diplomatique
Il faudrait remonter à l’appréciation faite par l’administration Reagan sur le régime dictatorial chilien conduit par Augusto Pinochet pour établir une ligne conceptuelle précise. La Maison-Blanche opère alors une classification entre les régimes dictatoriaux qui appliquent une politique totalitaire, antilibérale et impropre au développement économique et au bien être des citoyens d’une part, et les régimes autoritaires qui construisent une société certes critiquable par certains aspects, mais qui sont libérales et favorisent la croissance économique et le développement humain. Dans le premier cas, ce sont les régimes communistes, et dans le deuxième cas ce sont les régimes soutenus et conseillés par Washington, le Fmi et la Banque mondiale comme le Chili du général Pinochet.

La même thèse a toujours été défendue par la France à propos de ses possessions d’Afrique francophone dont la plupart n’ont en réalité jamais quitté le statut de simple comptoir colonial. Alors que l’on croyait que les choses avaient évolué à Paris avec le passage des socialistes au pouvoir et les soubresauts des conférences nationales en 1990 consécutives au vent de la pérestroïka, la décennie 2000 a vu le conservatisme diplomatique français sur l’Afrique se manifester de façon encore plus ouverte. Lorsque Paris ne se tait pas tout simplement comme dans le cas du Niger, elle étale publiquement aux yeux du monde et sans honte ni scrupule, son soutien aux régimes dictatoriaux d’Afrique. L’on a ainsi entendu le ministre des affaires étrangères Bernard Kouchner traiter le régime du dictateur tchadien Idriss Déby de régime démocratique. Le ministre voulait ainsi justifier l’intervention de l’aviation et des troupes françaises pour sauver ce régime menacé par une insurrection rebelle en février 2008.

L’on sait que dans le cas du Niger, la France qui à travers le groupe Areva, contrôle la production du minerais d’uranium dans le pays, a le souci de ne rien faire qui puisse à terme compromettre un marché juteux objet de nombreuses convoitises, surtout chinoises. Mais de façon générale, Paris n’a pas à propos de l’Afrique, la même analyse et la même exigence de gestion, de gouvernance et de gestion politique et économique que pour le reste du monde. La démarche est encore plus répugnante que celle de Washington en Amérique centrale à l’époque des républiques bananières contrôlées par les multinationales américaines. La France proteste rarement lorsque des cas de violation grossière des droits de l’Homme et d’atteinte à la démocratie sont signalés en Afrique. L’on peut ainsi rappeler que les modifications constitutionnelles pour allonger les mandats présidentiels et remettre en scène des présidents à vie, n’ont presque jamais suscité la moindre émotion du côté de l’Elysée, idem pour les fraudes électorales et les répressions à répétition. Cette politique a reçu une formulation théorique dans une déclaration faite par Jacques Chirac alors Premier ministre lors d’une visite officielle à Abidjan : « la démocratie n’est pas faite pour les africains, et si l’on essaye de trop critiquer les élections, les chefs d’Etat n’en feront plus du tout ».

La compréhension de cette déclaration d’un des hommes d’Etat les plus représentatifs de l’idéologie internationale française contemporaine renvoie à une sorte de discrimination positive de circonstance motivée par des exigences géopolitiques. La même déclaration ne pourrait pas être faite pour l’Europe centrale ni pour une partie de l’Asie. En conséquence, il n’y a pas de protestation possible si les régimes africains prennent une coloration totalitaire, massacrent leurs citoyens, violent les constitutions, consacrent des présidences à vie, pillent les caisses publiques et organisent le gouvernement de comparses et de mafieux.

Si l’on revient à la Chine et à la Russie face à la situation en Iran, on retrouve une tradition similaire d’abstention, mais davantage à cause des proximités géopolitiques et dans une certaine mesure, pour sauvegarder une possibilité unique et extraordinaire de conserver une hypothèque voir une épée de Damoclès sur la tête de Washington. Moscou alimente Téhéran en armements de pointe, particulièrement des missiles antiaériens performants de nouvelle génération, et contribue à la fourniture des éléments cruciaux de son programme nucléaire. Cette coopération ne procure pas seulement des devises, elle constitue un moyen de chantage et d’influence dans le jeu global de redéfinition et de stabilisation de l’équilibre géopolitique dans les régions du Golfe persique, du Moyen et Proche-Orient. Ce que Moscou ne contrôle pas à Ryad, il le tient par une alliance de circonstance avec l’Iran, lequel de surcroît constitue un véritable casse-tête pour tous les régimes conservateurs, théocratiques et proaméricains du coin.

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