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Pensée du Jour

L'Afrique devrait en tout état de cause s'atteler à sa propre édification au lieu de jouer les guignols au côté d'un Occident obnubilé par ses intérêts propres et son influence à outrance. Le drame de l'Occident, c'est bien de se considérer civilisé dans un monde où il semble fatalement résolu à ne pas se départir de ses turpitudes, au demeurant tout aussi barbares que ces tragédies contre lesquelles il prétend se démener à grand déploiement d’artillerie.
Honoré FOIMOUKOM





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le 04/11/1982 Biya était plus spectateur qu'acteur Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Ecrit par www.histoire-du-cameroun.com   
06-03-2009
ImageLE 04 NOVEMBRE 1982. UN TEMOIN DE L'HISTOIRE Jean-Claude Ottou, journaliste
“Biya était plus spectateur qu'acteur”Entretien mené par Rodrigue Soffo
Rédacteur-en-chef à Radio Cameroun, Jean-Claude Ottou a annoncé aux Camerounais le changement historique de novembre 1982.
 
Vous êtes pratiquement l’homme par la voix duquel, Ahmadou Ahidjo a annoncé sa démission le 4 novembre 1982. Comment le journaliste que vous étiez avait-il vécu cette journée?
Il faut dire que ce fut l’une des journées les plus passionnantes de ma carrière de journaliste dans la mesure où j’ai eu le privilège d'être un peu acteur et de la gérer de bout en bout. Pour une fois, à la rédaction, l’on n’avait pas à gérer une information-catastrophe dans le genre : un avion s’est écrasé en mer, ou bien un tremblement de terre a touché la Turquie. Cette fois, nous avions sous la main une histoire d’hommes. Vraiment, je crois que c’est le souvenir le plus fort de ma carrière de journaliste.
Comment s'est passée la journée dans votre salle de rédaction ?
Elle commença comme une journée tout à fait ordinaire dans la salle de rédaction. Comme d'habitude, notre conférence de rédaction s'est tenue aux alentours de dix heures. Après quoi, chacun a vaqué à ses occupations. En mi-journée, Abel Mbengue notre collègue du service des Sports, a fait irruption dans la salle, et a lâché l'information selon laquelle il se préparait un important événement dans la République, et que tous genres de rumeurs écumaient les allées du microcosme politique. Nous avons pris la nouvelle au sérieux, car Abel disposait d'un formidable carnet d'adresses et avait ainsi l'habitude de livrer à la rédaction des informations exclusives. Nous avons immédiatement pensé à un remaniement ministériel, parce qu'à l’époque, quand on parlait de grand événement, il s'agissait d'un changement de gouvernement. Dans le milieu de l’après-midi, voilà Abel Mbengue qui revient nous dire que les rumeurs enflent et qu'il se passe quelque chose d'incroyable : le Président Ahidjo aurait démissionné. Bien sûr tout le monde a ouvert grand les yeux. Ce moment de stupeur passé, nous nous sommes lancés dans des discussions animées. Pendant que se poursuivait le débat, un éminent Conseiller technique m'a appelé du Palais présidentiel pour confirmer la nouvelle.
Et puis les choses se sont accélérées. Une équipe technique de la radio a été dépêchée au Palais, cela se passait en tout cas de cette manière chaque fois que le président voulait commettre un message à la nation. Cette équipe s’est rendue au palais de l’Unité, a enregistré le message et nous a rapporté la bande sous forte escorte. Aussitôt après avoir reçu la bande, j’ai foncé avec mes collaborateurs vers le magnétophone de montage pour écouter le message. Stupeur, le président annonçait bel et bien sa démission. Une fois ces instants de stupéfaction consommés, nous avons alors pris conscience de ce que nous étions devenus nous aussi acteurs de la grande histoire. La bande que nous avions entre nos mains allait bouleverser l'histoire du Cameroun. Je me rappelle avoir lancé : « Faisons tout de suite une copie de la bande, parce que nous pourrions l'abîmer au cours des manipulations à venir. Or, si par malheur nous l'abîmons, il n'y a plus de message. Et s'il n'y a plus de message, il n'y a pas de démission. Si nous ne diffusons pas le message, il n'y a pas de démission" A ce moment précis, j'ai pris conscience du rôle central que j'allais jouer ce soir-là en tant que présentateur du journal. L'histoire ne se ferait qu'au moment où je dirais "Mesdames messieurs, bonsoir" à l'antenne pour lancer le journal parlé. Quelle responsabilité ! Après donc avoir fait des copies du message, nous l'avons fait traduire en anglais. C'est à cause de cet exercice de traduction que nous avons démarré le journal ce soir-là avec vingt minutes de retard. Et j'avais déjà demandé à toute l'équipe du journal de prendre son temps pour bien organiser la mise en musique de la tranche d'histoire à vivre. Depuis vingt heures, heure normale de démarrage du journal parlé, la chanson patriotique, qui annonçait le rendez-vous des informations, n'avait pas arrêté de passer en boucle. Et pour les Camerounais, un journal qui démarrait en retard, c'était synonyme de grand événement. A 20h19, je suis descendu avec la bande, et en entrant dans le studio, j'ai eu l' impressionante sensation qu'à cet instant, le simple journaliste que j'étais tenait en ses petites mains les ficelles de l'histoire..
Les contacts que vous aviez dans le sérail ne vous avaient-ils pas permis quelques jours auparavant de prévoir une possible démission du président Ahidjo ? Votre attention n'a-t-elle pas été alertée par des tractations de coulisses et autres manoeuvres?
Non; tout simplement parce que le président Ahidjo savait transformer son monde en société secrète. Ne filtraient que les informations que le président Ahidjo voulait bien laisser filtrer. Ce que je voudrais dire, c'est que la météo politique n'a rien pu révéler. Quelques mois auparavant, le président Ahidjo avait organisé une célébration en grandes pompes du dixième anniversaire de l'Etat unitaire, et il venait d'aménager le somptueux Palais de l'Unité qu'il avait fait construire. Qui eût pu penser à ce moment-là que le président Ahidjo envoyait tout le monde vers une fausse piste ? Aussi loin que je puisse remonter dans mes supputations, je ne pense pas qu'il ait pensé à rassembler des convives autour d'un repas pour l'aider à s'interroger sur un possible départ. Je m'interroge toujours sur la raison extraordinaire qui a bien pu amener le président Ahidjo jusqu'à cette décision. Ce dont je suis convaincu, c’est que le président Ahidjo a dû avoir un face-à-face terrible avec lui-même pour prendre cette décision. Ensuite, il a dû en parler avec un ou deux proches, je pense à Moussa Yaya, mais sa décision était déjà irrémédiable.
Une autre approche consisterait à dire que l'on n'a pas su décrypter certains des propos du président en mai 1982, pendant les célébrations des dix ans de l'Etat unitaire. Ce mois de mai 82, j'ai participé à une émission de Rfi animée par son directeur général d'alors qui n'était autre que Monsieur Hervé Bourges, par ailleurs fondateur de l'Ecole Supérieure Internationale de Journalisme de Yaoundé dont je suis issu. Au cours de cette émission appelée Le Club de la Presse du Tiers-monde, j'ai posé la question suivante au président Ahidjo : "N'éprouvez-vous pas une certaine lassitude du pouvoir, et comment envisagez-vous votre succession ?" Et il a répondu : "Pour ma succession, la seule chose que je puis dire est que la procédure est prévue par la Constitution, et que je ferai en sorte, si tout va bien et si Dieu le veut, que ma succession se déroule normalement et qu'il n'y ait pas de vide au Cameroun. La lassitude, je vous ai dit que je faisais de la politique depuis trente-cinq ans et demi. Vous admettrez après tout ce temps que j'éprouve une certaine lassitude, comme d'ailleurs vous-même, quand vous aurez accompli vingt-cinq ans de plus à la Radio ou à l'information, vous serez peut-être un peu lassé…Enfin, je remplis ma tâche, une tâche que j'ai sollicitée, étant entendu que pour moi, l'avenir appartient à Dieu". Je vous rappelle que ces paroles ont été prononcées moins de six mois avant le 4 novembre 1982.
Quelle ambiance a prévalu au sommet des institutions entre l’annonce de sa démission et la prise effective du pouvoir par son successeur?
De manière franche et catégorique, je dirai qu’en tant que journaliste, ces trois jours sont inoubliables. Assurément ce sont les moments les plus passionnants de ma carrière. Pendant ces trois jours, nous avons géré les événements à la rédaction de Radio-Cameroun dans une liberté absolue. Nous ne recevions des instructions de personne, même pas du ministre de l'Information et de la Culture. Aucun homme politique ne pouvait s’aventurer à prendre des décisions, puisque personne ne savait encore sur quel nouveau pied danser. C'est ainsi que nous avons diffusé en direct le magazine Dimanche-midi du 7 novembre, au lendemain de la prestation de serment du président Biya, alors que nous avions l'habitude d'enregistrer préalablement les grandes interviews à diffuser au cours de l'émission. J'ai fait ce détour afin de mieux répondre à votre question. Pendant cette période, tout le microcosme a fait de l'école buissonière. Pour tous, il était urgent d'attendre et de voir venir les choses.
Il y a quand même eu des voix qui se sont élevées à l’époque pour contester le choix du successeur constitutionnel du président Ahidjo...
Absolument. Au cours de ce Dimanche Midi du 7 novembre, Moussa Yaya par exemple a déclaré avec force qu'il n'approuvait pas le choix du président Ahidjo.
Et beaucoup vous ont parlé off the record ?
Par exemple, M. Onana Awana, l'un des amis de longue date du président Ahidjo, qui m'a parlé longuement et qui m'a dit qu'il n'était pas souhaitable qu'il dise ce qu'il pensait de tel ou tel , afin de ne pas être accusé de vouloir peser sur les choix du nouveau président de la République.
20 ans après ce 4 novembre, pensez-vous qu’une démission du président de la République puisse être gérée de la même façon qu’en 1982, est-ce que l’évolution actuelle du pays correspond à la projection que vous vous en faisiez à l’époque?
Ainsi que je le proclame sans cesse, le journaliste ne crée pas l'événement, il le rapporte. Ce que je me contente de faire, c’est de décrire les choses tel qu’elles se passent. Si la situation se renouvelait aujourd’hui, mon rôle à moi, journaliste, consisterait à rapporter les faits tels qu’ils se déroulent. Je ne pense pas qu’il y ait un seul Camerounais qui soit capable de dire aujourd'hui de quoi demain sera fait au Cameroun. Les évènements de 1982 devraient nous inciter à beaucoup d'humilité.
Quelle idée aviez-vous de Paul Biya au moment de son accession à la magistrature suprême?
A l’époque, j'avais de lui la perception que devaient sans doute en avoir la plupart des Camerounais. Sa marque de fabrique, c'était "grand commis d'Etat" plutôt que “bête politique”. En cela, il reste pour moi la référence au plan de la gestion d'une Administration. Je me rappelle que dans les services de la Primature à l'époque où il y officiait, il n'était nul besoin pour un usager de squatter dans les couloirs pour faire traiter un dossier. Tout se faisait dans les règles de l'art et à la satisfaction de tous. Pour le reste, je pense comme on dit, que la politique, ce n'était pas son truc. En tant que journaliste, j'ai réalisé mille et un reportages sur le monde politique. Dans les castings, il ne jouait pas les premiers rôles. Le Président Ahidjo avait organisé une division du travail lisible pour tous : les affaires politiques pour les Moussa Yaya, Aminou Oumarou, la gestion quotidienne des dossiers techniques pour Biya et les autres. Et M. Paul Biya, qui connaissait mieux que quiconque les règles du jeu, savait bien qu'au festin des politiques, il n'avait pas à choisir le menu qui était imposé. C'est sans doute la raison pour laquelle il avait mis beaucoup de distance dans sa relation à la politique. Bref ! Il était plus spectateur qu'acteur. Je me trompe peut-être, mais je pense que c'est le départ du président Ahidjo qui l'a définitivement converti à la politique.
 
@ histoire-du-cameroun.com
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Commentaires (2)add comment

bifaka said:

Bel article ! Bravo radiocemac.
 
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mars 08, 2009
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Ntouma said:

le locataire d'etoudi accorde une seule interview en 23 ans, vous croyez que il a le choix? c'est parce qu'il n'y a vraiment pas de bilan, qu'il laisse le siège tout doucement à ceux qui en sont capables, vous demanderez certainement qui en est capable, mais en 26 ans si le peuple n'avait pas été tant muselé il y aurait deja eu des leaders, aujourd'hui on prend tout on met sur la tete des camerounais à l'alors que tout ca c'est de la faute du franco-suisse équatorien.
 
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mars 08, 2009
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