topleft
topright

Pensée du Jour

L'Afrique devrait en tout état de cause s'atteler à sa propre édification au lieu de jouer les guignols au côté d'un Occident obnubilé par ses intérêts propres et son influence à outrance. Le drame de l'Occident, c'est bien de se considérer civilisé dans un monde où il semble fatalement résolu à ne pas se départir de ses turpitudes, au demeurant tout aussi barbares que ces tragédies contre lesquelles il prétend se démener à grand déploiement d’artillerie.
Honoré FOIMOUKOM





Parténaires




Rêve brisé d´un jeune capitaine de 38 ans, histoire tragique d´un continent. Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Ecrit par FRANCIS KPATINDÉ/GEORGES DOUGUELI   
08-05-2008
Image
Le visionnaire Thomas Sankara
Il n'a laissé en héritage à son peuple ni « miracle économique », ni autoroutes, ni basilique. Peut-être, d'ailleurs, faute de temps, puisque son passage au pouvoir, quatre malheureuses années, s'est rapidement terminé dans le sang. Son régime ne fut pas toujours un modèle de démocratie, mais, après tout, ceux de Nkrumah et de Nasser ne l'étaient pas non plus. Thomas Sankara est, à coup sûr, l'une des plus grandes figures africaines du XXe siècle, une icône de la dimension d'un Lumumba ou d'un Nkrumah.
Au début des années quatre-vingt, rêver était pratiquement prohibé, et penser était risqué. Pas un Nasser ou un Lumumba à l'horizon pour tracer la voie, secouer les cocotiers, brocarder l'impérialisme. C'est le moment choisi par un jeune officier voltaïque de 33 ans, volontiers crâneur et magicien du verbe, pour entrer en scène. Par le truchement d'un coup d'État conduit, le 4 août 1983, par son ami et frère d'armes, le capitaine Blaise Compaoré. Préoccupé par le sort des démunis, des sans-voix et des marginaux, l'intrus était différent des Houphouët, Bongo, Eyadéma et autres Mobutu. Par son discours, mélange de marxisme, de guévarisme, de panafricanisme et d'humanisme chrétien, mais aussi par son sens de la formule, sa fraîcheur et sa belle... gueule.
Président VRP, il vantait les mérites du tô, pâte à base de mil, de l'aloko (bananes frites), du jus de tamarin et de goyave et, bien entendu, du fameux faso danfani, la cotonnade locale.
Prince monogame sur un continent polygame, Sankara a offert un immeuble (et une dignité) aux putes ouagalaises, soutenu la cause des Amérindiens, envoyé symboliquement des armes au secrétaire général du Parti communiste sud-africain, Chris Hani. Il a changé l'appellation de son pays, la Haute-Volta, en Burkina Faso (le Pays des hommes intègres), transformé Ouaga en destination pour tous les rescapés de la révolution mondiale.
Image
Un homme ambitieux et dynamique

Puis, brusquement, le rêve a tourné au cauchemar. Le 15 octobre 1987, le capitaine Thomas Sankara est abattu dans l'enceinte du Conseil de l'entente, à Ouagadougou. Son « frère et ami » Blaise Compaoré, qui prend la tête du processus de rectification, était, à l'époque, ministre d'État délégué à la présidence (chargé de la Justice) et, surtout, ami intime, pour ne pas dire alter ego du président assassiné.
Établi le 17 janvier 1988, soit trois mois après les événements, par un médecin militaire, le certificat de décès fait curieusement état de la « mort naturelle du camarade Thomas Isidore Noël Sankara, né le 21 décembre 1949 à Yako ». Munie de ce document accablant, sa veuve, Mariam Sankara, réclame depuis septembre 1997 justice pour « assassinat et faux en écriture administrative ».
Elle vit depuis plusieurs années, avec ses deux enfants, Philippe, 19 ans, et Auguste, 17 ans, à Montpellier, dans le sud de la France. Mariam, qui se trouvait hors de France au début de décembre, n'a pu commenter immédiatement pour nous le choix porté par Jeune Afrique sur son mari. En revanche, Paul Sankara, qui réside à Paris, a accepté volontiers de réagir, en déclamant une des citations préférées de son frère défunt : « Je souhaite que mon action serve à convaincre les plus incrédules qu'il y a une force, qu'elle s'appelle le peuple, et qu'il faut se battre pour et avec le peuple. »


FRANCIS KPATINDÉ

Ils avaient 3 ou 4 ans au moment de son assassinat. Mais ils sont très nombreux à honorer aujourd’hui la mémoire de celui qu’ils considèrent toujours comme le chantre de la bonne gouvernance, la figure emblématique de la lutte contre le néocolonialisme. Sur les campus les plus turbulents d’Afrique, Sankara fait partie des pseudonymes que s’attribuent les meneurs les plus charismatiques et les plus intransigeants de grèves estudiantines. La figure de Thomas Sankara est devenue, au fil du temps, l’incarnation africaine d’un certain romantisme révolutionnaire. Sur les murs des cités universitaires, ses portraits aux traits juvéniles trônent aux côtés de ceux d’autres icônes « rouges » tombées au champ d’honneur, à la fleur de l’âge. Comme l’Argentin Ernesto Che Guevara (39 ans), le Sud-Africain Steve Biko (31 ans) ou le Congolais Patrice Lumumba (36 ans), Sankara est mort jeune (37 ans). Et il occupe une place d’autant plus élevée au panthéon des héros africains que son destin a été fulgurant.
La fascination que le révolutionnaire assassiné continue d’exercer sur des millions d’Africains n’a d’égale que leur défiance à l’égard de ceux qui incarnent le pouvoir depuis des décennies sur le continent. Ce qui séduit la jeunesse chez lui ? D’abord son image. Avec sa Renault 5, son uniforme de parachutiste à la fois austère et élégant, sa passion pour la bicyclette et la guitare, il représente le dirigeant proche du peuple. Le pouvoir sankariste, dépouillé de flonflons, tranche avec celui qu’exercent la plupart des autres chefs d’État, reclus dans leurs munificents palais.
Image
Un aiguilleur de consciences

De lui, les Africains ont aussi aimé le style. Après le Congolais Patrice Lumumba, Sankara est le symbole africain de l’impertinence dans le cénacle policé de la diplomatie internationale. Recevant François Mitterrand à Ouagadougou, il qualifie Pieter Botha de « tueur » en critiquant l’accueil que le président français a réservé au Premier ministre sud-africain quelques jours auparavant. Lors d’un sommet de l’Organisation de l’unité africaine (OUA) à Addis-Abeba en juillet 1987, il improvise un discours dans lequel il propose de sanctionner ses pairs absentéistes, avant d’assimiler l’obligation de rembourser la dette au néocolonialisme. « La dette sous sa forme actuelle est une reconquête savamment organisée de l’Afrique, pour que sa croissance et son développement obéissent à des paliers, à des normes qui nous sont totalement étrangers. Faisant en sorte que chacun de nous devienne l’esclave financier, c’est-à-dire esclave tout court, de ceux qui ont eu l’opportunité, la ruse, la fourberie de placer des fonds chez nous avec l’obligation de les rembourser », clame-t-il. Un discours qui continue de faire mouche auprès des couches populaires. L’ancien membre du Regroupement des officiers communistes (ROC) tenait un discours iconoclaste inhabituel sur le continent.
Pour ses admirateurs, Sankara est un dirigeant visionnaire, qui s’est très tôt attaqué à la corruption. Et l’avenir lui a donné raison, puisque le fléau, devenu endémique, gangrène inexorablement les sociétés africaines. Son combat contre les institutions financières internationales engagé bien avant que les plans d’ajustement structurel ne révèlent leurs limites fait également dire de lui qu’il était en avance sur son temps.
La survivance des idées du « camarade-président » s’étend bien au-delà de l’Afrique. Un Groupe Thomas Sankara s’est créé en février 2005 à Liège, en Belgique, à l’initiative de jeunes Européens, dans l’objectif de perpétuer sa pensée et œuvrer pour plus de solidarité entre le Nord et le Sud. Lui qui déclarait : « Mon pays est un concentré de tous les malheurs des peuples, une synthèse douloureuse de toutes les souffrances de l’humanité, mais aussi, et surtout, des espérances de nos luttes. […] C’est pourquoi je vibre naturellement au nom des malades qui scrutent avec anxiété les horizons d’une science accaparée par les marchands de canons. » La révolution n’était pas exempte de dérapages. Elle était portée par un homme plein d’illusions. Et de nombreux jeunes Africains ne demandent qu’à continuer de les partager avec lui.

GEORGES DOUGUELI

Publicité

Hits: 378
Commentaires (0)add comment

Ecrivez un commentaire
quote
bold
italicize
underline
strike
url
image
quote
quote
smile
wink
laugh
grin
angry
sad
shocked
cool
tongue
kiss
cry
smaller | bigger

busy
Dernière mise à jour : ( 08-05-2008 )
 
< Précédent   Suivant >

Le livre du Mois


Les Larmes du Soleil

Exprimez-Vous

Forum

Rechercher un Article

Le Pape Au Cameroun

sondage

Que pensez-vous des critiques faites par Hillary Clinton sur la gestion des Etats africains?
 

Radio Cemac TV


cemac tv

Commentaires

La vrai histoire de ...
il ne font que maquiller ces scènes de meurtres e...
Gabon : La Fagaricin...
Vous ne pouvez pas savoir quel espoir de vivre vou...
Cameroon: meet the o...
THANKS FOR THE GREAT INTERVIEW WITH MGR ARNOLD VER...
Vient de Paraitre: L...
ce Paul bya qui c' est celui la je n'est jamais at...
Cameroun: le secteur...
c'est bien, mais il faut que le guide soit à la d...
Welcome !
Site fastfilehost4you.com just created.

Real content coming soon.
© Eurostrean hosting
Uniquesoft.de Webdesign Aschaffenburg
Joomla Templates by JoomlaShack Joomla Templates