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Pensée du Jour

L'Afrique devrait en tout état de cause s'atteler à sa propre édification au lieu de jouer les guignols au côté d'un Occident obnubilé par ses intérêts propres et son influence à outrance. Le drame de l'Occident, c'est bien de se considérer civilisé dans un monde où il semble fatalement résolu à ne pas se départir de ses turpitudes, au demeurant tout aussi barbares que ces tragédies contre lesquelles il prétend se démener à grand déploiement d’artillerie.
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Peseshet : la première femme médecin et physicienne de l’histoire humaine Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Ecrit par Jean-Philippe Omotunde   
10-11-2008
ImageL’histoire africaine a toujours honoré les femmes lorsqu’elle ne fut pas soumise aux influences extérieures

De toutes les civilisations de l’antiquité, la civilisation égypto-nubienne s’est illustrée en accordant aux femmes divers privilèges souvent inexistants au sein des sociétés issues du nomadisme et du patriarcat (ex. Grèce, Perse…) : égalité sociale, exercice du pouvoir royal (ex. la reine Hatshepsout), gestion du culte religieux (ex. Ahmès Nefertari), gestion des affaires étrangères (ex Tiyi), conseillère royale, etc.

En effet, en raison de son origine matriarcale, la société africaine pharaonique, non soumise aux influences culturelles extérieures, n’a jamais cherché à restreindre la liberté des femmes.

Ainsi, la femme n’est pas seulement définie par son sexe mais aussi par sa nature divine. C’est celle qui a la possibilité de donner la vie, de procréer (Messou, Messi). Sa nature profonde est donc valorisée et divinisée.

Au-delà, elle est celle qui, dans son rapport à l’homme, bénéficie d’une quadruple perceptions. En effet, elle est la mère, l’épouse, la déesse et la sœur. Héritée du sédentarisme et du matriarcat, cette perception sociale reflète les idéaux spirituels des africains anciens :

- La divinité de la sagesse, de la vérité et de la justice (Maat) est une femme,

- La protection de pharaon était confiée à une nubienne, la déesse Anouket,

- Isis, était à la fois la femme et la sœur d’Osiris,

- La mère est désignée en écriture hiéroglyphique par le vautour en raison de l’attention que porte cet animal à sa progéniture.

Ainsi, tout comme les déesses, les Africains anciens représentaient leur femme de couleur or (jaune, l’or est la chair des déesses) dans leurs réalisations artistiques (peintures, sculptures, etc...).

Il est encore intéressant de noter que l’homme est généralement représenté avec sa femme, ou placé entre sa femme et une déesse (exemple celle de sa localité pour un personnage important). Elle valorise donc le couple et la famille (l’homme, son épouse leurs enfants) depuis le cercle de la royauté (ex. les représentations d’Akhenaton avec son épouse et leurs enfants) jusqu’aux paysans, en prenant exemple, sur les divinités elles-mêmes.

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Couple kamit

A ce titre, l’exemple de cette femme africaine nommée Peseshet est assez révélateur. Peseshet est la plus ancienne femme médecin et physicienne dans l’histoire de l’humanité. Ainsi, la documentation historique révèle qu’il existait un corps professionnel officiel de femmes médecins en Afrique noire durant l’Ancien Empire égyptien (- 3 000 à - 2 263) dont Peseshet était la directrice.

La différence de compétence ou de salaire entre les hommes et les femmes n’existant pas, de nombreuses femmes furent des expertes en physique, en mathématique, en architecture et en médecine. Ceci n’est valable que pour l’Afrique ancienne. Car on ne connaît aucune autre femme ayant eu ce type de statut en Mésopotamie par exemple ou en Grèce où serait né, dit-on, la démocratie. Les femmes grecques n’avaient même pas la citoyenneté.

Si on tient compte des données archéologiques émanant des fouilles, Peseshet qui a du vivre vers -2 700, est la première femme connue à avoir eu un haut statut professionnel dans une société antique.

En 1930, le professeur Selim Hassan a publié le texte de la stèle de Peseshet qu’il a découvert dans une tombe de l’Ancien Empire dit "Excavations de Guizèh I". Il a ainsi traduit le titre de Peseshet par "Superviseuse des docteurs" ou « chef des docteurs ».

Le mot "imyt-r" traduit par "superviseuse" indique bien qu’il s’agit ici de la gente féminine. Mais aussi le mot "swnw" (sounou) à savoir "docteur" est noté dans ce texte avec le symbole grammatical "t" pour marquer le féminin, ce qui prouve de Peseshet était une femme docteur et aussi la directrice des femmes, elles-mêmes "docteurs" ou disons "doctoresses". On retrouve ce mot « Swnw » dans l’appellation des oculistes, « Swnw irty per-aa » , à savoir les physiciens ou médecins des yeux de la « grande maison » ("Per aa", appellation africaine de l’Egypte ayant donné le nom pharaon).


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Puisque le mot "swnw", à savoir aussi "physicien", a été utilisé, c’est qu’il était bien question de médecine. Ce mot indique aussi qu’il s’agissait aussi d’une femme physicienne. Mais Peseshet a aussi un autre titre qui est "imyt-r hm (wt)-ka", ce qui prouve que c’était une femme qui était aussi "directrice des prêtresses". Elle s’occupait donc des funérailles de personnes privées.

Ainsi, cette modeste page d’histoire illustre si besoin est, toute la beauté de l’histoire africaine de la période pharaonique.

En Afrique noire de la période pharaonique, la médecine occupait une place importante. A ce titre, le poète Homère a noté dans l’Odyssée (- 800) « En Égypte, les hommes sont plus qualifiés en médecine que tous les autres hommes » et « les Égyptiens avaient dans le domaine de la médecine davantage de compétence qu’en tout autre art ».

Ainsi, les sources archéologiques ont révélé l’existence des tous premiers médecins de l’histoire humaine et ils étaient tous africains. L’un d’eux s’appelait « Hesyre » et il était le « chef des dentistes et des médecins » du roi Djéser au XXVIIe siècle avant l’ère chrétienne. Mais le plus célèbre médecin de tous les temps est « Imhotep ». Haut fonctionnaire, Djati (1er Ministre) du roi Djoser, administrateur, théologien, écrivain, médecin, architecte et astronome, Imhotep (2700 - 2670 avant l’ère chrétienne) était le fils de Kanefer, lui-même architecte de profession.

Il a bâtit pour le pharaon Djoser la première pyramide à degrés d’une hauteur de 60 mètres de haut et le complexe monumental de Saqqarah pour lequel il innova en remplaçant le bois et la brique en terre crue (donc les matériaux traditionnels) par la pierre. Patron des médecins en Égypte, divinisé à la Basse Époque et invoqué dans les prières, il fut assimilé à Asclépios chez les Grecs et à Esculape chez les Romains. Il fut aussi renommé pour ses connaissances en médecine et sa grande sagesse. Il existait d’ailleurs en Afrique pharaonique une bibliothèque d’Imhotep où étaient entreposés tous ses traités de médecine et de chirurgie. Ces documents furent une source documentaire de choix pour les Grecs.

Une autre femme s’est illustrée dans cette profession mise à part « Peseshet ». Il s’agit de « Merit Ptah » qui vécue vers la même époque. Sur sa tombe faite par son fils, on peut lire l’inscription « chef des physiciens ».

En matière de connaissance en médecine, le papyrus Smith qui est une copie d’un document de l’Ancien Empire nubien-égyptien, reste un formidable traité chirurgical par sa précision et sa logique dans le traitement des lésions traumatiques. Il traite de 48 cas de chirurgie osseuse et de diverses pathologies externes dont Hippocrate, le célèbre médecin grec, s’est largement inspiré.

Les Africains anciens avaient établi un rapport précis entre les battements du cœur et les pouls périphériques qu’ils savaient prendre en divers endroits du corps, cela, bien avant Hérophile. Le papyrus Ebers traite au paragraphe 855 d’un problème d’insuffisance cardiaque avec son retentissement hépatique et pulmonaire. La phrase "les vaisseaux (sanguins) du cœur étant devenus muets" traduit le fait que les pulsations (pouls) ne sont plus perceptibles. "Ses vaisseaux s’étant affaissés", ajoute le texte. Ainsi, vers -1550 on est sûr que les Égyptiens maîtrisaient la problématique du pouls, compte tenu du fait que le papyrus d’Ebers traite de la circulation du sang dans le corps à travers les vaisseaux sanguins.


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Imhotep


Faisant des recherches sur le médecin grec Hippocrate, Claudine Brelet-Rueff dans son ouvrage "Les médecins sacrées" [1], nous apprend qu’il est né sur l’Ile de Cos, situé près de la mer Egée et qu’après trois années d’apprentissage de l’écriture égyptienne, il reçu une initiation en Egypte :

« Au terme de ces trois années d’études dans les temples égyptiens, il connut les honneurs de l’initiation ».

Naturellement, l’initiation ne pouvait se concevoir sans le rite de passage obligatoire : la circoncision. [2] Pour prouver le plagiat des textes égyptiens opéré par Hippocrate nous pouvons citer par exemple son diagnostic de la femme stérile :

"Une gousse d’ail dans le vagin pendant une nuit, si l’odeur pas dans la bouche, elle enfantera".

Il s’agit d’une copie à la virgule près du précepte numéro 4 du papyrus de médecine égyptien, appelé "Papyrus Carlsberg" [3]. Certains Grecs tels que Théophraste et Dioscoride ont d’ailleurs régulièrement cité les prescriptions qu’ils ont hérité des médecins Egyptiens. Galien fut un peu plus précis en disant qu’il tirait ses préceptes médicaux des ouvrages conservés dans la bibliothèque du temple d’Imhotep à Memphis, lieu encore accessible vers + 200 ans et qui fut aussi la source d’inspiration d’Hippocrate.

Dominique Valbelle, Présidente de la société française d’égyptologie, fait elle aussi, le même type de constatation [4] :

« Les voyages des Grecs érudits en Egypte commencèrent pendant la dynastie saïte, encouragés par la fondation de Naucratis qui servait de cité d’accueil aux arrivants. Solon fut l’un des premiers à se rendre en Egypte et y a puisé quelques-unes de ses idées politiques. Pythagore et Thalès se semblent pas avoir résisté non plus à l’envie de découvrir l’état des connaissances de leurs confrères égyptiens et de confronter leurs points de vue (…) Ce sont les Grecs eux-mêmes qui se réclament des égyptiens pour les mathématiques et l’astronomie ».

L’accès aux soins en Afrique ancienne était un service :

1. ouvert à tous et gratuit,

2. accessible dans tout le pays,

Enfin, la méthode d’établissement de diagnostics, consignée dans le papyrus Ebers est la suivante :

1. Poser des questions au patient, par étape, calmement ;

2. Faire une enquête d’entourage ;

3. Trouver l’origine directe et indirecte de la souffrance ;

4. Chercher l’existence d’antécédents familiaux ;

5. En cas de rechute vérifier si le traitement est convenablement pris ;

6. Préparer un plan de soins, à court et moyen terme [5].

Ainsi, cette modeste page d’histoire illustre si besoin est, toute la beauté de l’histoire africaine de la période pharaonique.

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