L'Afrique devrait en tout état de cause s'atteler à sa propre édification au lieu de jouer les guignols au côté d'un Occident obnubilé par ses intérêts propres et son influence à outrance. Le drame de l'Occident, c'est bien de se considérer civilisé dans un monde où il semble fatalement résolu à ne pas se départir de ses turpitudes, au demeurant tout aussi barbares que ces tragédies contre lesquelles il prétend se démener à grand déploiement d’artillerie. Honoré FOIMOUKOM
Traqué, assassiné et rejeté par les régimes de Yaoundé, le “Mpodol ” se dresse comme un phare dans l’histoire tourmentée du Cameroun.
Près d’une demie siècle après son assassinat par les forces néo-coloniales, le mystère sur les circonstances de son tragique décès persiste. Retour sur la vie et les circonstances politiques d’un meurtre programmé Dépuis Paris.
BIOGRAPHIE.
Il a fait ses études primaires dans les écoles locales des missionnaires presbytériens (en 1920 il fréquente l’école presbytérienne de Makay où il est baptisé en 1921; en 1924 il quitte cette école pour l’école d’Ilanga près d’Eséka où il obtient son certificat d’études primaires en 1929) puis il intègre en 1931, l’Ecole normale de Foulassi en pays bulu, tenue également les presbytériens.
Il est renvoyé de cette école, l’année où il doit obtenir son diplôme de fin d’études, accusé d’être toujours prompt à prendre la tête des mouvements de revendication et de protestation. Il obtient néanmoins son diplôme de fin d’études, en temps que candidat libre.
Il enseigne pendant quelques années dans les écoles presbytériennes. En 1935, il est admis au concours des commis des services civils et financiers. Il poursuit ses études en travaillant et obtient par correspondance sa première partie du baccalauréat en 1939. Il est affecté au greffe du tribunal d’Edéa. Dans l’exercice de son métier, il se passionne pour le droit. Ce faisant, il découvre l’injustice à laquelle sont soumis les camerounais, à travers le système de l’indigénat. En effet, la loi distingue les indigènes (camerounais) considérés comme des sujets, des français considérés comme des citoyens. La loi ne laisse aucune possibilité d’expression pour la lutte politique ou pour la défense des droits des travailleurs aux indigènes.
COMBAT POLITIQUE.
L’engagement nationaliste de Ruben UM Nyobe pour l’indépendance du Cameroun est la cause principale de sa liquidation par le colon français soutenu par le régime naissant de Ahidjo.
C’est le principe d’indépendance et de réunification du Cameroun soutenu par l’Union des Populations du Cameroun et porté par son Secrétaire générale qui dérange Paris. Alors que André Marie Mbida, homme politique proche de la France clamait :” Nous ne sommes pas prêts pour l’indépendance.” Dès lors, UPC est considérée comme “personnes non grata ” sur la scène politique. Du maquis de Boumyebel au siège des Nations unies, Um NYOBE fait entendre les aspirations profondes du peuple camerounais. Il fait imprimer son texte présenté aux Nations Unies: “Que veut le Cameroun?” Le 13 juillet 1955, le gouverneur Roland Pre interdit l’UPC de toute activité sur le territoire national. Félix roland Moumié , le président de l’UPC ,Abel Kingué ,UM nYOBE ,Ernest OUANDJIE se réfugient dans la clandestinité. La petite localité de Boumyebel devient l’épicentre de la lutte nationaliste.
Le 13 Septembre 1958, avant le retour des éclaireurs, Um Nyobé entend un bruit de pas et signale à son entourage la présence des militaires. Aussitôt, des coups de feu éclatent. Son compagnon Yem Mback est tué à bout portant ainsi que les deux femmes qui l’accompagnent. Um Nyobé est identifié par les indicateurs qui accompagnent la patrouille. Il est sans arme, il tient à la main un cartable qui contient ses documents et son agenda personnel. Paul Abdoulaye, soldat d’origine sara (Tchad) enrôlé par l’armée française, ouvre le feu sur lui. Il est atteint au dos et meurt. Le corps de Um Nyobé est enroulé dans un drap puis traîné jusqu’à Boumyebel où il est exposé en public.
Quelques jours après, le corps de Um Nyobé est accompagné dans sa dernière demeure par le pasteur Song Nlend.
Près d’un demi siècle plus tard, l’ombre de UM NYOBE et les autres martyrs planent sur les régimes issus de la complaisance de Paris.