Pensée du Jour
L'Afrique devrait en tout état de cause s'atteler à sa propre édification au lieu de jouer les guignols au côté d'un Occident obnubilé par ses intérêts propres et son influence à outrance. Le drame de l'Occident, c'est bien de se considérer civilisé dans un monde où il semble fatalement résolu à ne pas se départir de ses turpitudes, au demeurant tout aussi barbares que ces tragédies contre lesquelles il prétend se démener à grand déploiement d’artillerie.
Honoré FOIMOUKOM
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Histoire de la mort de Felix Moumie, President de l'UPC |
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Ecrit par Lejour
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12-06-2008 |
 Felix-Roland Moumie Le livre d’un officier français relance la polémique sur la mort du président de l’Upc.
Le récit du général Aussaresses
Donc, William [Bechtel] est parti pour la Suisse où s'était réfugié confortablement l'opposant Félix Moumié dans un très bon hôtel de Genève. Mais les choses se passent rarement comme prévu.William s'était adjoint une fille. Les gens ont dit que c'était une fille de " la Maison " [le SDECE], mais c'est faux : il n'y a pas de jolies filles dans le Service. Il a pris une jolie fille qu'il a trouvée quelque part, une blonde très visible […], et tous deux se sont installés dans cet excellent hôtel. Ils ont guetté Moumié. Bechtel savait qu'il était assez cavaleur. Le soir, en passant devant le couple installé à une table du restaurant de l'hôtel, Félix Moumié a bien sûr remarqué que la jeune femme lui avait souri. Aussitôt convaincu qu'il avait tapé dans l'œil de la blonde, cet imbécile lui rend son sourire et s'arrête devant la table. Bechtel s'exclame aussitôt : " Mais, Monsieur, je vous connais ! Nous nous sommes rencontrés au Congrès de la presse agricole, à Helsinki. " Moumié lui répond qu'il n'y était pas. " Ah bon ? Prenez tout de même un verre avec nous ", insiste aimablement notre espion. Moumié accepte : " J'aime beaucoup les boissons françaises, spécialement le Pernod ", dit-il.
Bechtel appelle le serveur : " Garçon, trois Pernod ! " Puis, regardant avec son air de vieil intello sympathique Félix Moumié, il ajoute : " Vous dînerez bien avec nous ? " Moumié, visiblement ravi, s'assied. Les Pernod sont servis. La jeune femme accapare son attention pendant que William verse la dose n° 1. Mais Moumié, trop occupé à parler, ne boit pas. Bechtel, finalement, lève son verre ; la jeune femme prend le sien. Ils regardent l'opposant : " Tchin-tchin ".
Bechtel et la fille boivent. Mais Moumié ne bronche toujours pas, son verre de Pernod reste sur la table. Le repas est servi. Les plats s'enchaînent, arrosés. Félix Moumié ne boit toujours pas. Au moment du fromage, le Camerounais se lève pour aller aux toilettes. Comme vous pouvez vous en douter, Bechtel a versé la deuxième dose dans le verre de vin de son convive. De retour à table, Moumié se lance dans une interminable discussion. Le temps passe. Bechtel et la fille commencent à désespérer. Ils se disent que si ce fichu Camerounais ne boit pas, c'est raté, car ils n'ont pas d'autre dose. Soudain, Moumié s'interrompt et vide d'un trait, coup sur coup, et le verre de Pernod et le verre de vin. Double dose de poison.
William et la fille se regardent, se demandent s'il ne va pas tomber raide mort devant eux. Le père T. avait bien dit : " Surtout pas de double dose. " Quand Moumié remonte à sa chambre, un peu chancelant, William envoie la fille à la réception pour commander un taxi, direction l'aéroport. Il s'agissait de prendre fissa le premier avion pour n'importe où.
Le lendemain, la femme de ménage frappe à la porte de Félix Moumié. Pas de réponse. Il est découvert très mal en point. Transporté à l'hôpital, il meurt quelques jours plus tard, je ne sais pas exactement combien. Toujours est-il que le docteur, venu constater le décès, refuse le permis d'inhumer et fait venir un médecin légiste, qui découvre très vite des traces de poison dans son sang. Un juge suisse ordonne une enquête de voisinage : on apprend que Moumié avait dîné avec Bechtel et la fille. Cet âne de William Bechtel s'était inscrit à l'hôtel sous son vrai nom. Vous parlez d'un agent!
Extrait de : "Je n'ai pas tout dit” du Général Paul Aussaresses"
Marthe Moumié : C'est le général De Gaulle…
 Marthe Moume L'épouse de l'ancien leader de l'Union des populations du Cameroun réagit après la publication du témoignage du général Paul Aussaresses sur l'assassinat de son mari.
Madame Moumié, quelle réaction suscitent en vous les révélations du général Aussaresses ?
Liliane, c'était une prostituée qui vivait en Suisse et, très souvent, le gouvernement français l'utilisait pour les renseignements.Est-ce que cette fille a participé au repas fatal ? Je dis non. Ils étaient trois. La fille n'a pas participé au repas. Pendant qu'ils étaient à table, William Bechtel sort, fait un petit tour, revient pour dire à Moumié qu'on veut lui parler au téléphone. C'était faux. Bechtel voulait profiter de son éloignement pour verser la première dose de poison. Moumié avait un sixième sens prononcé, puisqu'il avait échappé à plusieurs attentats. Il n'a pas bu. La causerie a continué, a duré … Moumié était un causeur, ça c'est vrai. Donc comme ils causaient, il n'a pas fait attention, Bechtel a mis la deuxième dose, à l'insu de Moumié. On se demande si Tchaptchet aussi n'a pas vu. Quelques minutes plus tard, il commence à sentir mal au ventre. Il leur demande d'appeler un médecin.
Que saviez-vous de sa compagne de ce soir là ?
La Liliane là, c'est une fille que De Gaulle utilisait pour les renseignements. C'est vrai, bon, si Moumié a couché avec elle… C'est une fille qui avait pour mission de suivre Moumié..
Moi, j'ai quitté Conakry le 02 novembre 1960, je suis arrivée à Genève le 03 novembre. Quand j'arrive, je crois trouver un malade. J'ai trouvé quelqu'un qui avait déjà les yeux fermés, il ne parlait plus. J'ai commencé à pleurer. Liliane a pris fuite, elle a quitté Genève. C'est sûr qu'elle est retournée en France
Quelle a été la réaction des autorités camerounaises après l'assassinat de votre mari ?
L'autorité camerounaise, à cette époque-là, c'était Ahidjo. Ahidjo et De Gaule étaient des amis. Donc, qu'est-ce que les autorités camerounaises pouvaient faire ? Ce n'était pas Biya. C'était Ahidjo, Moumié a été assassiné au temps d'Ahidjo.
Vous connaissez le général qui a donné ces nouvelles révélations ?
Je ne le connais pas. Je ne peux pas connaître tout ce monde-là, ils sont nombreux. Moumié était un homme politique qui allait partout. A l'Onu, au Congo, en Egypte, un peu partout. Moi, sa femme, j'étais à Conakry, je ne peux pas connaître tout ce monde là.
Dans votre salon, on retrouve l'effigie de l'ancien président guinéen Sékou Touré, quels rapports entretenait-il avec votre mari ?
Pour ne pas être longue, Sékou Touré était l'ami de Moumié et il nous a beaucoup aidés.
Votre mari avait-il d'autres amis à travers le monde comme Sékou Touré ?
Moumié avait d'autres amis, mais pas comme Sékou Touré. Le problème est que je ne peux pas te dire que tel autre président a fait ça. Mais, internationalement, Moumié était très connu.
48 ans après l'assassinat de votre mari, qu'est devenue madame Moumié aujourd'hui ?
Madame Moumié est veuve martyre. Moumié est mort comme martyr, moi je suis veuve martyre. J'ai toujours pleuré mon mari et je ne sais pas ce que le monde pense de moi. J'ai écrit un livre d'histoire, l'histoire de mon époux. Il n'y a pas beaucoup de veuves qui écrivent de pareils livres. J'ai vu qu'on veut piétiner l'œuvre de Moumié. Pour empêcher qu'on la piétine, j'ai pris la décision de réunir les informations sur sa vie. J'ai mis ai 6 ans à écrire ce livre. Après le livre, j'ai invité des journalistes à Genève pour filmer la mort de Moumié. C'est à partir de mon livre qu'ils ont pu réaliser le film.
Jérôme Essian
Le pouvoir alors en place à Yaoundé le considérait comme un homme dangereux.
A 33 ans, Félix Roland Moumié, poursuivi et harcelé dans tous ses refuges par Ahmadou Ahidjo, est au sommet de son art. Il est à la tête de l'Union des populations du Cameroun, l'organisation qui tire et oriente nombre de mouvements nationalistes de résistance en Afrique.
L'Armée nationale de libération du Kamerun (Anlk), créée à Accra par Moumié et Singap Martin, a engrangé de nombreux succès militaires, malgré l'appui des forces françaises au gouvernement central en place à Yaoundé. Au moins, pour cela, Félix Moumié est un ennemi public. Avant lui, seul Ruben Um Nyobe, secrétaire général de l'Union des populations du Cameroun assassiné sous maquis, avait connu les mêmes affres d'une chasse à l'homme. Sa tête est mise à prix. Et c'est ainsi qu'il est mort empoisonné le 3 novembre 1960 à Genève en Suisse.
Vu par les hommes du pouvoir de Ahmadou Ahidjo, le Dr Moumié était un homme dangereux, " un opposant farouche des puissances coloniales, un homme impitoyable refusant tout compromis, un anti-impérialiste fanatique, un cryptocommuniste à la solde de Moscou et de Pékin ". Mais dans les rangs des nationalistes, Moumié était plutôt " le plus affirmé des Camerounais, panafricaniste convaincu et homme d'honneur ". Le Dr Moumié Félix Roland avait dû quitter, malgré lui, la zone de Bamenda dans le Cameroun occidental, pour Khartoum au Soudan. De là, il va sillonner l'Afrique, pour se mettre à l'abri des ennemis du peuple en lutte. Avec d'autres militants et cadres upécistes, Moumié se rend au Congo Léopoldville, à Conakry, au Caire, à Accra, et atterrit plus tard en Suisse.
L'éloignement de l'ennemi de Yaoundé ne lui vaudra, à aucun moment, ni la tranquillité ni la garantie de son intégrité physique. L'éventualité de son retour au bercail donne des insomnies à ceux qu'il traitait en permanence d'usurpateurs. Ainsi meurt le patriote juste, un jour de novembre 1960.
Denis Nkwebo
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Dernière mise à jour : ( 12-06-2008 )
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