L'Afrique devrait en tout état de cause s'atteler à sa propre édification au lieu de jouer les guignols au côté d'un Occident obnubilé par ses intérêts propres et son influence à outrance. Le drame de l'Occident, c'est bien de se considérer civilisé dans un monde où il semble fatalement résolu à ne pas se départir de ses turpitudes, au demeurant tout aussi barbares que ces tragédies contre lesquelles il prétend se démener à grand déploiement d’artillerie. Honoré FOIMOUKOM
Les chercheurs de l'Université York procèdent à l'archivage électronique de milliers de documents qui révèlent comment les Africains qui fuyaient la traite des Noirs au 18e siècle se sont installés dans le Haut-Canada.
Souvenirs d'Afrique | Paul Lovejoy | Université York | Archivage électronique de documents africains.Quand un collègue a attiré son attention sur un manuscrit arabe de plus de 150 ans, Paul Lovejoy ignorait qu'il était sur le point de faire une découverte des plus intéressantes. Catalogué à tort comme un ensemble de fragments du Coran, livre sacré de l'islam, le texte est passé sous silence et son auteur a été oublié par l'histoire.
À titre de directeur du Harriet Tubman Resource Centre on the African Diaspora, P. Lovejoy est constamment en quête de documents et de données biographiques relatifs à l'histoire de la diaspora africaine, cette migration forcée de millions d'esclaves africains vers le bassin atlantique au 18e et 19e siècle.
En examinant les documents de plus près, P. Lovejoy et son élève Yacine Daddi Addoun découvrent qu'il s'agit en fait d'une reliure contenant deux livres sur la prière écrits vers 1820 par un esclave musulman nommé Muhammad Kaba Saghanughu. Ce dernier, né en Afrique occidentale, a abouti dans une plantation de café de la Jamaïque. C'est là qu'il est devenu, selon P. Lovejoy, l'imam d'une communauté secrète de 1 000 esclaves musulmans demeurée inconnue. Sans la recherche effectuée par le professeur canadien, l'histoire de Saghanughu — et bien d'autres récits du même genre — serait restée dans l'ombre, et une partie essentielle de l'histoire africaine aurait été perdue.
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L'équipe du Harriet Tubman Resource Centre espère trouver plus de matériel original de ce type pour alimenter sa base de données biographiques. Le Centre, hébergé par l'Université York, est à la fois une bibliothèque numérique et une installation de recherche qui recueille les récits portant sur des esclaves comme M. K. Saghanughu. Le Centre conserve aussi l'histoire des communautés libres qui se sont établies au Canada quand les Noirs fugitifs et libres arrivaient à destination à bord du chemin de fer clandestin. P. Lovejoy espère que le Centre, nommé à la mémoire de Harriet Tubman, célèbre « chef de train » de ce chemin de fer clandestin de fer, permettra un jour aux descendants des esclaves de retracer leur généalogie.
Au moyen d'équipement de pointe — appareils photos numériques, visionneuses de microfiches et scanneurs — obtenu grâce au soutien de la Fondation canadienne pour l'innovation, le Centre met en liaison des chercheurs de partout dans le monde et leur donne accès à des documents et des dossiers provenant de toutes les régions du globe. Les documents, rédigés dans des douzaines de langues, proviennent de fonds d'archives, d'archives nationales ou publiques et de bibliothèques de pays comme le Nigeria, Haïti, la France ou le Brésil.
Selon P. Lovejoy, ce n'est pas le matériel à numériser qui manque ! Comme le commerce des esclaves était rentable et répandu, dès 1800, plus de six millions d'Africains avaient été amenés de force de l'ancien au nouveau monde. Plus de 20 000 descendants des Africains sont arrivés dans le Haut-Canada. « Il n'y a pas pénurie d'information, bien au contraire, nous découvrons une multitude de renseignements dans chaque pays, explique le chercheur. Cette abondance nous aide à comprendre toutes les dimensions du mouvement des Africains dans le monde, dans le contexte de l'esclavage. C'est vraiment fascinant. »