
La
semaine dernière, les médias camerounais ont eu une tendance manifeste
à dramatiser la perte de 16 milliards de francs CFA, survenue à la
BEAC, du fait de placements à risques à la Société Générale de Banques
en France.
A notre avis, s’il faut déplorer cette perte parce que de tels
placements ne devraient pas faire partie des activités d’une banque
centrale, il ne faut pourtant pas dramatiser l’incident ou mieux
l’événement qu’elle constitue ; ceci pour les raisons suivantes :
1) Il n’est pas exact,comme il a pu être dit, que si la BEAC a perdu 16
milliards de francs CFA dans ses placements a risques, cela provient du
fait, qu’il n’y a pas de compétences suffisantes. En effet :
a) il est indéniable que le niveau de recrutement, dans cette
institution reste encore sévère, malgré l’équilibre régional qu’on y
trouve ;
b) la France est encore présente à la BEAC avec son veto, et avec ses
experts et on ne peut pas dire qu’ils ont manqué de compétences, sauf à
démontrer qu’elle n’était pas au courant des placements ;
c) qu’une banque fasse des pertes dans des placements à risques, cela
s’est produit dans tous les grands pays du monde avec toutes les plus
grandes compétences financières mondiales.
2) Même si les compétences étaient insuffisantes, comme il a été dit,
il faut éviter de relier cette incompétence à l’intégration régionale.
En effet, affirmer que l’incompétence des cadres de la BEAC provient de
l’exigence de l’équilibre régional et donc que pour l’efficacité de
l’institution, il faudrait remettre en cause le principe de l’équilibre
régional est un raisonnement qui contredit le principe même de l’union
monétaire : Dans cette union, comme dans toute union, la participation
de tous est un principe fondamental ; de sorte que s’il n’est pas
respecté, alors, il n’y a pas d’union monétaire possible ;
3) Il faut éviter de discréditer l’efficacité économique et sociale de
la Banque. En effet, dire qu’il n’y a pas de cadres compétents à la
BEAC, alors que c’est elle qui a pour mission de contrôler le système
des établissements de crédits et de mettre en place toute la politique
monétaire régionale, c’est remettre en cause tout le rôle économique de
cette institution de toute évidence irremplaçable par quelque chose
d’autre ;
4) Nous risquons de nous contredire. En effet si d’un côté nous
revendiquons la souveraineté monétaire, et que de l’autre côté nous
affirmons qu’il n’ y a pas de cadres compétents à la Banque Centrale,
alors nous nous contredisons.
A notre avis, il n’est pas souhaitable de le faire, parce qu’il n’est
pas vrai qu’il n’y a pas de cadres compétents à la BEAC ; parce que la
perte de 16 milliards de francs CFA n’est qu’un incident de parcours ;
parce que le plus important c’est d’en tirer des leçons pour l’avenir.
Finalement, d’après tout ce qui précède, le message que nous voulions
véhiculer par cet article est le suivant : si nous dramatisons la perte
survenue à la BEAC du fait de ses placements a risques, nous risquons
de nous faire plus de mal que de bien en causant a notre économie et à
notre société n fois plus de mal que la perte elle même
Douala, le 23 février2009
*Expert judiciaire en Banque
(Cour d’Appel du Littoral –Douala)
Chargé de cours DESS,
Banque et finances
Université de Douala
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