L'Afrique devrait en tout état de cause s'atteler à sa propre édification au lieu de jouer les guignols au côté d'un Occident obnubilé par ses intérêts propres et son influence à outrance. Le drame de l'Occident, c'est bien de se considérer civilisé dans un monde où il semble fatalement résolu à ne pas se départir de ses turpitudes, au demeurant tout aussi barbares que ces tragédies contre lesquelles il prétend se démener à grand déploiement d’artillerie. Honoré FOIMOUKOM
Le poète et homme politique martiniquais s’est éteint ce 17 avril 2008 à l’âge de 95 ans. Aimé Césaire s'était retiré de la vie politique depuis quelques années, mais il reste une figure incontournable de l'Histoire martiniquaise et l'un des derniers fondateurs vivants de la pensée de la négritude. Retour sur l’itinéraire de l’un des plus grands poètes du 20e siècle, dont la vision du monde et l’énergie créatrice ont marqué à jamais la littérature antillaise et mondiale.
Son père, instituteur, disait de lui, déjà à l’époque, enfant : « Quand Aimé parle, la grammaire française sourit. » Et c’est auréolé du prix de l’élève le plus méritant qu’il débarque, le bac en poche, à Paris, en 1931, au lycée Louis-le-Grand puis ensuite à l’Ecole normale supérieure.
C’est dans les couloirs du lycée qu’il croise Léopold Sédar Senghor et Léon Gontran Damas. Ensemble, ils vont fonder la revue L’Etudiant Noir en 1934.
Césaire déposera sur un cahier d’écolier les mots de la révolte, de la colère, et de la quête identitaire, donnant ainsi naissance à son œuvre poétique majeure : Le cahier d’un retour au pays natal publié en 1939, un pamphlet à la forme d’un long poème écrit au vitriol, un cri de révolte et de désespoir, un texte qui va accélérer la prise de conscience et les luttes pour les indépendances en Afrique.
Il s’engage en politique dans les rangs du Parti communiste français, qu’il quittera en 1956 pour fonder deux ans plus tard le Parti progressiste martiniquais, le PPM. Il sera député de la Martinique et maire de Fort-de-France pendant plus de 50 ans.
Sa pensée se trouve au carrefour de trois influences : la philosophie des Lumières, le panafricanisme et le marxisme. Son combat peut se résumer dans cette phrase, qui est de lui : « Je suis un Martiniquais, un Africain transporté, mais je suis avant tout un homme, et un homme qui veut l’accomplissement de l’humanité de l’homme. »
Une vision du monde et un idéal auxquels il est resté fidèle jusqu’au bout. Et jusqu’au bout il a gardé l’esprit vif, la mémoire alerte, le verbe choisi. Une vie magistrale jusqu’« au bout du petit matin », comme le dit si bien son poème