L'Afrique devrait en tout état de cause s'atteler à sa propre édification au lieu de jouer les guignols au côté d'un Occident obnubilé par ses intérêts propres et son influence à outrance. Le drame de l'Occident, c'est bien de se considérer civilisé dans un monde où il semble fatalement résolu à ne pas se départir de ses turpitudes, au demeurant tout aussi barbares que ces tragédies contre lesquelles il prétend se démener à grand déploiement d’artillerie. Honoré FOIMOUKOM
Etienne Sadembo, le directeur adjoint de l’Association nationale des comités de langues camerounaises parle de la nécessité de s’exprimer en nos langues.
Qu’est-ce qui bloque l’enseignement des langues nationales à l’école ?
Depuis 1995, les états généraux de l’éducation ont reconnu qu’il est nécessaire et impérieux d’intégrer l’enseignement de nos langues dans le système éducatif. Depuis lors, les choses se mettent en place petit à petit. Malgré cela, on ne peut pas dire aujourd’hui que tout est complètement mis en place. Il est difficile pour moi qui suis chercheur et qui suis dans l’enseignement depuis près de 30 ans, de savoir pourquoi les choses bloquent au niveau de l’Etat. Nous avons été obligés de recourir à des institutions privées pour continuer notre expérience d’enseignement des langues. Nous l’avons fait dans près d’une soixantaine d’établissements du primaire. Tout marchait bien, c’est-à-dire que nous avons maîtrisé la manière de le faire et l’Etat le sait.
Peut-on imputer cela à la pluralité des langues ?
Nous devons reconnaître que ce n’est pas facile, compte tenu du nombre de langues que nous avons au Cameroun. Mais nous avons indiqué comment résoudre ce problème. Nous pensons aujourd’hui qu’au niveau de l’enseignement secondaire, on peut introduire l’enseignement des langues sans trop de problèmes. Il peut certes y en avoir encore un peu, mais pas beaucoup. Au niveau du primaire, il n’y en aura certainement pas beaucoup.
Lorsque vous parlez de méthode d’enseignement des langues, qu’entendez-vous par là ?
Il y a des approches par lesquelles on peut enseigner à chaque enfant à apprendre à lire et à écrire sa langue maternelle. Il faut seulement que l’enseignant soit bien formé à cette méthode que nous appelons la méthode d’auto alphabétisation. Cette méthode n’a pas besoin que le formateur sache lire et écrire toutes les langues. Il y a des principes que l’on applique pour lire et écrire n’importe quelle langue.
Quelle est la nécessité pour chacun de savoir lire et écrire sa langue ?
Si dans tous les pays, tout enfant qui arrive à l’école est inscrit dans sa langue maternelle, pourquoi chez nous, on doit faire l’inverse ? Je pense qu’on a tort de ne pas se préoccuper de l’urgence d’instruire nos enfants dans leur langue. Si en arrivant à l’école, l’enfant parlait déjà sa langue maternelle, il serait plus disposé à acquérir les connaissances qu’on est supposé lui apporter à l’école et il y aurait moins de redoublements, moins d’échecs scolaires.
Y a-t-il raison de croire que l’enseignement des langues sera réellement effectif dans les années à venir ?
Nous pensons que nos propositions ont atteint aujourd’hui un niveau suffisamment fiable pour que le gouvernement s’y appuie pour prendre la décision qu’il faut. Au niveau de l’enseignement de base et de l’enseignement secondaire, ils sont en train de se préparer pour l’introduction de nos langues dans nos écoles dès les rentrées prochaines.
bonjour a vous ,enseignants ,chercheurs et autres.en tant que étudiant en langues africaines et linguistique , niveau 2, Université de Douala ,je tiens tout d'abord a vous remercier pour le travail acharné que vous abattez pour la sauvegarde de notre patrimoine linguistico-culturel .En effet aucun peuple jusqu' ici ne s'est developpé avec la langue d'un autre.A mon humble avis ,ce problème émane d'un coté du pouvoir étatique de par son laxisme ,son pacifisme sur les langues camerounaises.Je pense que beaucoup n'ont pas compris que la lutte pour nos langues est la lutte pour notre vie comme le relevait Claude HAGEGE.D' autre part , la société civile ne s'est pas encore rendu compte de la place qu'occupent nos langues ,parce que aveuglée par le phénomène de mondialisation. je souhaiterais sincèrement m'associer à vous pour ce faire.