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Pensée du Jour

L'Afrique devrait en tout état de cause s'atteler à sa propre édification au lieu de jouer les guignols au côté d'un Occident obnubilé par ses intérêts propres et son influence à outrance. Le drame de l'Occident, c'est bien de se considérer civilisé dans un monde où il semble fatalement résolu à ne pas se départir de ses turpitudes, au demeurant tout aussi barbares que ces tragédies contre lesquelles il prétend se démener à grand déploiement d’artillerie.
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L’Afrique pleure Aimé Césaire, qui a magnifié la négritude du continent Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Ecrit par Jean-Philippe Omotunde   
29-04-2008
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Aimé Césaire, le Nègre fondamental
Ecrivains et poètes haïtiens ont évoqué "un père, un Aimé" en saluant jeudi la mémoire du poète martiniquais Aimé Césaire, chantre de la "négritude", décédé à 94 ans à Fort-de-France.

"Aimé Césaire est l’un des plus grands créateurs de son temps. Un grand mapou est tombé. Nous avons perdu le père, l’ami, le frère, le poète. Un visa pour l’Éternité à ce grand maître de la parole", a déclaré Frankétienne, un des plus grands écrivains haïtiens.

"Aimé Césaire nous a transmis la force de regarder demain. Ce nègre fondamental a marqué pour toujours notre vie", a commenté pour l’AFP Rodney Saint-Eloi, poète et éditeur haïtien vivant à Montréal.

"Aimé Césaire a donné à l’homme noir et à l’homme antillais sa fierté", a déclaré Gary Victor, romancier haïtien à succès, lauréat du plusieurs prix littéraire.

"Aimé Césaire, c’est l’enfance de la poésie francophone noire. Je ne sais pas quand je l’ai rencontré pour la première fois. Comme un père, comme un Aimé, il fait partie de ma vie. Il a ouvert, facilité et aussi permis un autre regard sur l’histoire d’Haïti. Il a trouvé le dénominateur le plus sérieux du panafricanisme, il a réussi à lier les continents avec sa poésie", dit Emmelie Prophète, responsable de la direction nationale du livre en Haïti.

L’écrivain franco-haïtien René Depestre, 82 ans, installé près de Narbonne dans le sud de la France, s’est déclaré pour sa part "bouleversé" par le décès d’Aimé Césaire, "un penseur, un homme politique brillant et surtout un très grand poète".

René Depestre avait 17 ans lorsqu’il fit la connaissance d’Aimé Césaire, alors jeune professeur en Martinique, venu à Haïti faire un séminaire sur la littérature française. "Je n’ai pas perdu le contact depuis 64 ans", a dit l’essayiste à l’AFP.
Les relations chaotiques d’Aimé Césaire et de Nicolas Sarkozy

Nicolas Sarkozy, qui doit assister dimanche à Fort-de-France aux obsèques nationales d’Aimé Césaire, a entretenu des relations chaotiques avec le poète martiniquais, qui n’appréciait guère les positions de l’ancien ministre de l’Intérieur sur la présence française outre-mer.

Jeudi matin, l’Elysée a annoncé la mort du chantre de la "négritude" et vieux militant contre la colonisation, avant les autorités locales à Fort-de-France.

Le président Sarkozy a aussitôt salué la mémoire du poète, "symbole d’espoir pour tous les peuples opprimés" à travers son combat "pour la reconnaissance de son identité et la richesse de ses racines africaines".

En 2005, Aimé Césaire, qui recevait régulièrement les personnalités en visite en Martinique, avait pourtant refusé de le rencontrer lors d’un voyage prévu, puis annulé, aux Antilles.

Objet du litige : la loi de février 2005, dont un article mentionnait "le rôle positif de la présence française outre-mer". Une formule que le père de la "négritude", de tous les combats contre le colonialisme, ne pouvait accepter.

En mars 2006, il avait finalement reçu celui qui était alors ministre de l’Intérieur, lui offrant son célèbre "Discours sur le colonialisme" de 1950.

M. Sarkozy avait salué le 26 juin le poète et "homme d’action", "porteur d’un message de paix, de tolérance et d’ouverture", à l’occasion du 94e anniversaire de l’écrivain, dans une lettre rendue publique par l’Elysée.

A Fort-de-France, si l’on se félicite de l’hommage rendu à Aimé Césaire, on rappelle le ratage qu’avait constitué l’absence à Dakar du Président de la République de l’époque, Jacques Chirac, aux obsèques de l’ancien président du Sénégal Léopold Sédar Senghor, autre père de la "négritude".

Plusieurs élus, dont l’ex-candidate PS à l’Elysée Ségolène Royal, ont demandé que la Nation rende hommage au poète Aimé Césaire, mort jeudi à 94 ans, en l’accueillant au Panthéon, une idée à laquelle la ministre de la Culture, Christine Albanel, s’est dite "favorable".

L’auteur du "Cahier d’un retour au pays natal" avait "tous les titres, de par sa personnalité, son oeuvre et son message pour figurer au Panthéon", a jugé la ministre. "C’est une très belle idée".

"Je ne sais pas si lui-même l’aurait souhaité, certains grands personnages sont tellement attachés à leur terre qu’ils souhaitent y rester, mais Aimé Césaire en aurait tous les titres", a-t-elle toutefois ajouté.

Ségolène Royal, qui a prévu de se rendre aux veillées funèbres et aux obsèques de l’écrivain, a "demandé l’entrée d’Aimé Césaire au Panthéon".

Dans un communiqué, le député Victorin Lurel, président PS de la Région Guadeloupe, fait lui aussi cette demande, "si le peuple de la Martinique l’accepte et sauf volonté contraire exprimée de son vivant sur cet éventuel honneur par Aimé Césaire".

Le député-maire de Drancy (Nouveau centre) Jean-Christophe Lagarde, a fait une requête en ce sens, dans une lettre au président Nicolas Sarkozy.

"Au regard de l’oeuvre et de la vie d’Aimé Césaire, il serait souhaitable, Monsieur le Président, que vous puissiez proposer, sous réserve naturellement de l’accord de sa famille et de ses proches, son entrée au Panthéon", écrit-il.

De son côté, l’historien Claude Ribbe appelle à "accompagner Césaire au Panthéon le 10 mai 2008", à l’occasion de la journée commémorant l’abolition de l’esclavage en 1848. Une pétition a été lancée "dès le 12 avril" pour une panthéonisation du "nègre fondamental", précise-t-il.

Aimé Césaire fut un député actif pendant toute la IVe République, et l’un des artisans de la création des départements d’Outre-mer, Martinique, Guadeloupe, Guyane et Réunion.

Elu pour la première fois député le 4 novembre 1945 sous l’étiquette communiste aux élections pour la première Assemblée nationale constituante, Aimé Césaire devient membre de la Commission des territoires d’outremer.

C’est au nom de celle-ci qu’il présente, le 26 février 1946, un rapport sur des propositions de loi visant à faire de la Guadeloupe, de la Martinique, de la Guyane et de la Réunion, des départements français.

"A l’heure où, ça et là, des doutes sont émis sur la solidité de ce qu’il est convenu d’appeler l’Empire, à l’heure où l’étranger se fait l’écho de rumeurs de dissidence, cette demande d’intégration constitue un hommage à la France et à son génie. Et cet hommage, dans l’actuelle conjoncture internationale, prend une importance singulière", plaide-t-il.

La loi sera votée à l’unanimité le 19 mars 1946.

Après le rejet du projet de Constitution, en mai 1946, Aimé Césaire est réélu dans la nouvelle constituante, le 2 juin. La Constitution de la IVe République adoptée, la Constituante est dissoute. Aimé Césaire est réélu, en novembre, dans la première législature de la IVe.

Il y est nommé membre de plusieurs Commissions parlementaires importantes : affaires étrangères (1946), territoires d’outremer (1946, 1948, 1949, 1950, 1951) et enfin, éducation nationale (1948, 1950, 1951). Il déposera un très grand nombre de textes parlementaires.

Lors des législatives du 2 janvier 1956, Aimé Césaire conduit la liste du PCF. Il vote la confiance à Guy Mollet (31 janvier 1956), puis les pouvoirs spéciaux en Algérie (12 mars).

Mais 1956 est marquée par la crise du mouvement communiste en Europe et Aimé Césaire donne, en octobre, sa démission de membre du PCF. Il s’inscrit au Parti du regroupement africain et des fédéralistes.

Il ne prendra pas part au vote d’investiture du général de Gaulle comme président du Conseil, le 1er juin 1958, ni à celui du 2 juin sur la révision constitutionnelle. Le même jour, il refuse les pleins pouvoirs au gouvernement de Gaulle.

Sous la Ve, il est réélu député jusqu’en 1993 mais mène une vie de député moins active.

L’Afrique pleure Aimé Césaire, poète antillais et chantre de la négritude décédé jeudi, considéré par de nombreux intellectuels comme un "éveilleur de conscience" qui a contribué à rendre sa "dignité" à l’Homme noir, notamment dans sa lutte contre le colonialisme.

Mais des voix s’élèvent aussi pour regretter qu’il n’ait pas été distingué par un prix Nobel ou, à l’instar du "poète-président" sénégalais Léopold Sedar Senghor, autre patriarche de la négritude, par une entrée à l’Académie française.

Aimé Césaire, disparu à l’âge de 94 ans, est "l’homme qui a éveillé à la conscience de l’identité noire non seulement les Noirs de la diaspora mais, nous, les Noirs d’Afrique", a indiqué à l’AFP Cheikh Hamidou Kane, auteur d’un des monuments de la littérature africaine "L’aventure ambiguë".

"Il a été aussi +éveilleur de conscience+ en ce qui concerne le débat sur le colonialisme", a-t-il précisé.

"Il était vraiment très Sénégalais, très Africain. C’était admirable car au moment où il a vécu, les Antillais que les Africains connaissaient, étaient considérés un peu comme des auxiliaires du colonisateur, comme des Français à peau noire", a-t-il rappelé.

Mais "je regrette qu’il n’ait pas été honoré, consacré, salué comme il le méritait au plan international", notamment avec "un prix Nobel, de la paix ou de la littérature".

"Je regrette qu’il n’ait pas été honoré, comme l’a été Léopold Sedar Senghor, par l’Académie française. Il méritait aussi d’être membre de cette académie", a-t-il affirmé.

Aimé Césaire "a contribué à rendre à l’Homme noir sa fierté, a consacré toute sa vie à combattre pour la dignité de l’Homme noir et de tous les peuples opprimés en général", a de son côté indiqué à l’AFP l’écrivain sénégalais Hamidou Dia, un ami du poète antillais.

"Il a toujours voulu rester debout, il s’est toujours réclamé de l’Afrique, de ses ancêtres bambara", l’ethnie majoritaire au Mali, a-t-il ajouté.

"Une grande amitié le liait à Senghor. Il venait souvent au Sénégal. Il est très aimé des Sénégalais, d’ailleurs beaucoup de Sénégalais le prennent pour un Africain. Au Sénégal, dans les programmes de littérature africaine, il y a Césaire, c’est le seul Antillais", selon lui.

"Aimé Césaire, nous l’avons tous récité", s’est également souvenu le président Abdoulaye Wade, 81 ans, lors d’un entretien avec Europe 1, quelques jours avant le décès du poète.

"Je n’étais pas partisan de la négritude. Mais je savais ce qu’ils voulaient dire. Ils étaient très peu de Noirs dans un milieu blanc. Ils voulaient réaffirmer leur identité : +nous, nous existons, nous avons une culture+", a-t-il ajouté.

"Il n’appartient pas à la Martinique, il appartient à l’Afrique. Il est très attaché à l’Afrique, il assume son africanité", a-t-il insisté, rappelant qu’il avait connu Aimé Césaire "en 1956 à la Sorbonne" à Paris.

"Après une intervention, il est venu me prendre et nous sommes allés ensemble dans la cour de la Sorbonne. Lui, le grand Césaire, internationalement connu, moi, un simple étudiant. Il m’a pris par la main et nous avons parlé", a conclu le président Wade.
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