L'Afrique devrait en tout état de cause s'atteler à sa propre édification au lieu de jouer les guignols au côté d'un Occident obnubilé par ses intérêts propres et son influence à outrance. Le drame de l'Occident, c'est bien de se considérer civilisé dans un monde où il semble fatalement résolu à ne pas se départir de ses turpitudes, au demeurant tout aussi barbares que ces tragédies contre lesquelles il prétend se démener à grand déploiement d’artillerie. Honoré FOIMOUKOM
L'élection d'Obama n'est pas la fin des frustrations pour le peuple kémite
Ecrit par René Ossa
20-03-2009
L'actualité a repris son cours normal. Le coup de tonnerre médiatique et émotionnel né le 4 novembre 2008 et amplifié le 20 Janvier dernier aux Etats Unis rentre petit à petit dans l'Histoire. Un noir à la maison blanche, un noir dont le père, s'il était encore de ce monde revendiquerait sa nationalité kenyane, un noir dont la grand-mère paternelle ressemble à toutes les grandes mères d'Afrique. Nos charmantes grandes mères, ces merveilleuses créatures qui portent sur leurs corps fatigués mais alertes, les stigmates d'une vie de privation, de devoir et de sacrifice. L'Histoire semble s'être accommodée de la présence de cette élégante famille noire (Michelle, Barack et leurs deux filles) à la tête du monde, à la tête de la plus grande puissance politique, économique et militaire de la planète. Comme une nouvelle péripétie dans l'histoire tumultueuse de notre village planétaire…
L'élection de Barack Obama, un épiphénomène ? Non pas tout à fait. Il est toujours d'actualité et même vivement recommandé de clamer dans une interview, sur un plateau de télévision ou dans la presse écrite, sa sympathie et son admiration pour cette autre illustration du grand rêve américain. De plus, il ya pas eu que des paroles, des lignes ont été bougées. Le parti républicain américain s'est offert un noir à sa tête ; le gouvernement français a désigné son premier préfet noir, les Antilles françaises se sont embrasées depuis quelques semaines, brusquement conscientes de l'une des plus grandes hypocrisies de ce siècle. A travers le monde et dans la quasi-totalité des médias, des éditorialistes ont rivalisé pour encenser les noirs et fustigé la fracture sociale à l'échelle nationale ou internationale. Dans les chaumières, les noirs se sont tous surpris en train de scander avec une vigueur et une conviction toutes nouvelles "yes we can". Mais le plus bouleversant pour moi restera le changement de ton emprunté par mon fils, Ivan. L'année dernière, à la fin de sa première semaine de classe dans une école "très blanche" aux Etats Unis, il me confia, avec la candeur d'un enfant de 9 ans, comment il eût préféré être un blanc. Deux semaines après le triomphe de Barack Obama, il me définissait ainsi, dans un anglais impeccable, la prestance d'un "cool gars" : " black skin, black shirt, black pant, black shoes ", black from top to bottom…
Le monde ne sera évidemment plus le même. Il y aura assurément un avant et un après Barack Obama. Au delà des problèmes raciaux, cet évènement a apporté une nouvelle espérance au monde. Réconfortés par les discours enflammés du candidat, puis du Président noir des Etats Unis, tenus en haleine par les têtes pensantes du monde et la magie de la communication, les noirs et tous les oubliés de la terre ont ressenti une fierté légitime. Individuellement, chacun a trouvé là un motif pour aller de l'avant, pour garder espoir, pour entrevoir des lendemains meilleurs. Au moment où les caméras du monde entier se tournent tranquillement mais inexorablement vers d'autres sujets et d'autres actualités, les craintes ressurgissent, le doute s'installe…
Et si l'élection de Barack Obama n'était qu'un symbole dont les répercussions sur nos vies individuelles ne seraient que résiduelles ? L'Afrique et la communauté noire du monde n'ont jamais manqué de symboles. Aux Etats Unis déjà, l'Histoire nous raconte l'épopée de Martin Luther King, celui-là même qui offre chaque année aux américains une journée de souvenir; elle nous interpelle sur le courage de Rosa Park qui défia les lois ségrégationnistes de l'époque ; elle nous enseigne sur l'abnégation de Malcom X et des autres…Sans discontinuer, la communauté noire américaine a vu ses fils participer de plus en plus activement à la gestion des affaires publiques.
Les Jesse Jackson, Andrew Young, Condi Rice, Collin Powell ont forcé notre admiration et ouvert certainement la voie à l'élection de Barack Obama. D'une manière plus générale, des hommes de couleur ont marqué d'une empreinte indélébile la marche du monde. Sans prétention d'exhaustivité, et indépendamment des domaines d'activité, les personnalités ci-après sont devenues de véritables icônes dans le monde : Nelson Mandela, Léopold Sédar Senghor, Aimé Césaire, Wole Soyinka, Desmond Tutu, Cheik Diarra, Cheick Anta Diop,….Que dire des millions et des millions d'autres noirs qui, dans les stades du monde entier, dans les médias internationaux, dans les cabinets et firmes conseils de renommée mondiale, dans les grands groupes industriels et commerciaux, dans les organisations internationales, sont devenus incontournables et prétendent chaque jour à des responsabilités toujours plus élevées. Il y'a longtemps que les noirs ont démontré leur savoir - faire et remis en cause les vaseuses théories de la supériorité de certaines races sur d'autres. Beaucoup d'hommes et femmes de couleur ont gagné et continuent de gagner chaque jour le respect et l'admiration du monde.
Sur cette base, l'élection de Barack Obama est d'abord et avant tout une histoire personnelle : la réussite d'un homme. Le monde entier ne peut être qu'admiratif d'un parcours aussi magistral que spectaculaire. Les noirs s'enorgueillissent, à juste titre, comme on le ferait pour un frère, pour un ami qui a bravé un concours ou trouvé un job valorisant. Mais ce n'est pas avec cette élection que les noirs ont acquis la certitude que la réussite et la gloire sont au bout de l'effort et de la persévérance. La présence de Barack Obama à la Maison blanche est une heureuse illustration des sages conseils maintes fois rappelés de nos parents, nous invitant à travailler toujours plus et mieux que les autres si nous voulons sortir nos familles de la misère et du dénuement. Néanmoins, son élection restera à jamais pour les noirs un symbole fort. Elle le sera aussi pour les "blancs" qui ont voté massivement pour lui aux Etats Unis et qui le plébiscitent dans les autres coins du globe. Un noir à la Maison Blanche, c'est le témoignage que les nouvelles fractures de l'humanité sont moins raciales que sociales. Le nouveau clivage n'est plus nécessairement "blancs contre noirs", mais " pauvres contre riches ", ou " nantis contre opprimés ". Cette grande réalité a miraculeusement échappé à la majorité des commentateurs, éditorialistes et biographes. On n'a pas à mon sens suffisamment mis en exergue le fait que l'élection de Barack Obama est aussi, et même surtout, la manifestation de la " nouvelle conscience" d'une humanité qui vit de plus en plus mal les injustices et les inégalités qui régissent les rapports raciaux, politiques, économiques et sociaux du monde contemporain.
Barack Obama ne devrait pas être qu'un simple symbole, mais un symbole responsabilisant. Il ne devrait pas être seulement un exemple à suivre, mais un appel à la construction d'une nouvelle intelligence collective par les noirs, les africains, les pauvres…Comme exemple de réussite individuelle, il n'empêchera pas que des personnes bien pensantes le caricaturent en chimpanzé, que des footballeurs noirs de renom soient accueillis dans les stades avec des bananes, que des grands couturiers s'indignent publiquement de ce que leurs "créations" soient portées par des noirs, que des chefs d'Etats africains soient reçus en Europe par…des fonctionnaires anonymes. Aucune réussite individuelle n'apportera à la race noire la dignité et le respect auxquels elle peut légitimement prétendre au-delà de toute considération philosophique ou morale. Ce qui changera la vision que le monde a des noirs et singulièrement des africains et celle que les africains et les noirs ont d'eux-mêmes, c'est l'appropriation d'une nouvelle intelligence collective. Une nouvelle façon de se voir dans le miroir.
Un nouveau reflet débarrassé de toute mentalité défaitiste. Une nouvelle croyance collective qui se nourrit certes de l'Histoire, mais qui se focalise sur de nouvelles espérances collectives. Comme peuples et peuples noirs, nous ne pouvons changer l'histoire, la colonisation, les souffrances physiques et morales, les privations, le mépris, les humiliations, l'exploitation sous toutes ses formes que nos pères ont subis. Cela fera toujours partie de notre histoire, mais cela peut ne plus être notre avenir. Puisque très souvent, le regard des autres sur nous est symétriquement conforme à celui que nous portons sur nous-mêmes dans une relation mystérieuse semblable à celle de la poule et de l'œuf, brisons ce cercle grâce à une nouvelle dynamique collective fondée sur quelques principes simples.
1. Le refus du syndrome du colonisé qui, après le départ du colonisateur et son accession aux responsabilités, perpétue sur ses propres congénères les humiliations subies auprès des maîtres.
2. La construction d'un nouveau mode de gouvernance fondé non sur les replis tribaux ou claniques, mais sur l'épanouissement de chaque citoyen. Cela commence par la maîtrise des statistiques les plus élémentaires, comme le nombre de la population d'un Etat par sexe et par tranches d'âges, le nombre d'agglomérations de plus 50 habitants, l'avantage comparatif de chaque région et de chaque secteur d'activité. Sans ces données, comment concevoir une politique cohérente de distribution d'eau et d'électricité, un enseignement supérieur orienté vers l'emploi et la croissance, un environnement propice à l'investissement? Le respect de chaque peuple ou de chaque race est fonction de la prise en charge administrative et sociale à laquelle chaque individu peut prétendre dès sa naissance. Encore une fois, si personne ne nous respecte, c'est que les sociétés noires n'ont aucun respect pour leurs citoyens.
Les imitations de cris de singe à l'adresse des noirs dans les stades ou ailleurs sont incontestablement anecdotiques comparés au spectacle humiliant de ces images dans les télévisions du monde occidental montrant des enfants africains squelettiques, entourés de mouches ; des enfants soldats, des mutineries à répétition, des épidémies de toutes sortes, des famines chroniques, la mendicité de l'aide internationale.
3. La mise en œuvre d'une politique volontariste de communication qui inonde le monde d'images d'une autre "Afrique", celle de ses talents, de ses réussites et de ses ambitions. Une campagne d'information continue ouvertement dédiée à la promotion de l'Afrique qui progresse, mais surtout qui aide les africains et les noirs à retrouver leur fierté et leur confiance collectives. Une politique dynamique qui refuse la complainte et l'hystérie, leitmotiv de ces associations de "défense des intérêts des noirs" qui épient chaque "dérapage verbal à caractère raciste", au lieu d'en appeler à une réelle prise de conscience collective noire.
Non, l'élection de Barack Obama n'est pas un symbole de plus. Non elle n'est pas non plus la fin des frustrations pour les noirs. Mais elle peut être le début d'une nouvelle ère.Le signal que le monde n'est plus divisé sur la base des races mais sur celle des possessions matérielles.
Dans un contexte où le capitalisme à outrance et les modèles de développement occidentaux vacillent, les noirs et les délaissés du monde peuvent offrir d'autres alternatives. Les intellectuels et les gouvernants noirs ont un rôle historique à jouer. Pour cela, il faudra se débarrasser des complexes et recouvrer une certaine dignité. Il faudra passer d'une République de tribus à une République des hommes. Il faudra commencer par se convaincre qu'on est tous des hommes, sans considération du lieu de naissance ou de l'Histoire. Il faudra passer de la revendication passionnelle à l'action réfléchie.
Barack Obama a dit à maintes reprises que son histoire n'aurait pu être possible qu'aux Etats Unis d'Amérique. Et nulle part ailleurs. Et si, pour une fois, il avait parlé trop vite, Barack… Et si on décidait de lui apporter la preuve contraire… Et si on décidait de se prendre en charge, collectivement…
Des rêves ?
Par René Ossa*
*Consultant en
administration fiscale
Obama m'inquiète. Le gars vient de reouveller les sanctions contre Mugabe et parle d'occuper l'afganistan et se tait sur le génocide du peuple irakien et et ....