L'Afrique devrait en tout état de cause s'atteler à sa propre édification au lieu de jouer les guignols au côté d'un Occident obnubilé par ses intérêts propres et son influence à outrance. Le drame de l'Occident, c'est bien de se considérer civilisé dans un monde où il semble fatalement résolu à ne pas se départir de ses turpitudes, au demeurant tout aussi barbares que ces tragédies contre lesquelles il prétend se démener à grand déploiement d’artillerie. Honoré FOIMOUKOM
Mercredi 14 mai 2008. Nous sommes dans les locaux du secrétariat général de la Biennale de l’art africain contemporain, Dak’Art, situé à la rue Hassan II au quartier du Plateau à Dakar, la capitale sénégalaise. Ousseynou Wade, le patron des lieux, est plus relaxe que d’habitude. Le stress qui est généralement visible sur son visage depuis le début de cette 8e édition du festival qui célèbre l’art africain contemporain semble s’être dissipé. « On s’achemine vers la porte de sortie. Jusque que là tout s’est bien déroulé. En tant que premier responsable de l’organisation du Dak’Art 2008, je ne peux que me réjouir de voir que les artistes africains et de la diaspora se sont exprimés avec et dans leurs différentes sensibilité, tout en respectant le thème très parlant de cette édition : « Afrique : miroir ? ». Je reste convaincu que l’expérience de cette année va fortement nourrir celle de 2010, qui sera la 10e édition de la Biennale ».
On en est donc désormais aux réminiscences de cette semaine (du 9 au 15 mai 2008) un peu folle, en terme de manifestations liées au Dak’Art 2008. On retiendra surtout les expositions de ces artistes de rêve, aussi bien à la Galerie nationale des arts qu’au Musée national Théodore Monod, où était localisé le village de la Biennale. Sans oublier la partie non officielle du festival, qualifié cette année de « véritable triomphe », par Mame Birame Diouf, ministre sénégalais de la culture, du patrimoine historique classé, des langues nationales et de la Francophonie, lors du vernissage du Off qu’il a personnellement présidé le 11 mai aux villages des arts de Dakar. On pensera aussi à toutes les séances de débats qui ont eu lieu au village du festival lors des rencontres professionnelles. Ces débats ont permis aux festivaliers venus comme d’habitude du monde entier de comprendre l’enjeu de l’art africain contemporain aujourd’hui, sur ce continent. Pour notre compatriote Simon Njami, « avant de s’essayer de parler d’art africain contemporain, il serait bon, de nous poser la question de ce qu’est l’Afrique. Pour les africains, la question se pose en ces termes. Ils portent une certaine Afrique en eux, qu’ils seraient bien capables de définir, parfois, mais qui constitue un élément vivant et inaliénable. »
Mémoire
En formulant un tel raisonnement, de manière aussi fortement subtile, Simon Njami inaugure, ou alors remets en surface, l’enjeu du débat qui tourne autour de, « qui doit donner aujourd’hui le caractère d’art, à l’art africain contemporain ». Et dans les esprits, au delà des merveilleuses créations qui ont fait l’objet des visites lors des différentes expositions organisées dans le cadre de la Biennale, cette réflexion a davantage resurgit, un peu comme en pétiole, face à l’attitude de certains occidentaux qui se vantent, dans tous les forums internationaux, d’être les spécialistes de l’art africain contemporain. A ces « spécialistes » et leurs semblables, qui veulent « ghétoriser » l’art africain contemporain, et en faire tout juste des sujets de tourisme, d’artisanat et de divertissement, Simon Njami prévient : « A la fois proches et lointains, l’Afrique et les africains demeurent un sujet de fascination, de fantasmes, de répulsion. Pourtant, que nous le voulions ou non, l’Afrique fait désormais partie de la mémoire collective du monde. Une mémoire oublieuse, arrogante, confuse et méprisante parfois, mais au sein de laquelle, elle constitue une réalité incontournable. »
On a ainsi beaucoup parlé de l’influence des occidentaux dans l’attribution du Grand prix au Dak’Art 2008. La présidente du jury du Dak’Art 2008, la zimbabwéenne Sithabile Molotshawa a ouvertement manifesté quelques geignements à ce propos. Notamment lorsqu’on a vu par exemple que l’un des lauréats du Grand prix de la Biennale 2008, le sénégalais Lô Ndary (qui du reste à réalisé une formidable installation), a déjà été par le passé lauréat de ce même prix en 2002. Par là, s’est dévoilée une leçon : pour asseoir sa crédibilité, la Biennale de l’art africain contemporain a besoin de s’affranchir des « sponsors idéologiques occidentaux », afin de reprendre une expression énormément utilisée par la plupart de festivaliers du Dak’Art 2008. Une option que la plupart des artistes présents à Dakar dans la semaine festive de cette 8e édition de la Biennale de l’art africain contemporain ont tenu à réitérer à Ousseynou Wade, le secrétaire général de cette manifestation.
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