
Le débat sur l'enseignement des langues
maternelles est loin d'être clos du seul fait du projet de la mise à
disposition desdits modules, notamment pendant les vacances scolaires
aux apprenants, pour l'essentiel, élèves du système scolaire
camerounais. Au contraire, il s'ouvre à peine. Car, c'est maintenant
que commence à se poser plus que jamais la question de l'impact d'un
tel apprentissage à la fois sur les langues véhiculaires et celles
officielles héritées du colonisateur.
Bien plus, même si, à la
dimension de l'Unesco, des dispositions minimales sont prises pour une
élaboration contextuelle des programmes et donc leur qualité à moyen
terme, il convient de se demander comment et pour quels âges va-t-on
diriger cet apprentissage que les initiateurs du projet veulent
permanent. Ceci veut dire aussi qu'en dépit de la formation acquise des
enseignants (certainement aux bons soins de l'agence onusienne en
charge de la science et la culture), il y a un effort local à faire
pour assimiler et partant, implémenter les visées de l'Unesco sur la
question.
Si l'on peut saluer cette initiative appelée de tous
ses vœux par la quasi-totalité de la communauté éducative qui espérait
voir les dites langues introduites dans le système scolaire, il reste
que la mise en pratique paraît, du moins au stade actuel, difficile.
Parce qu'il s'agit d'intéresser les volontaires et que pendant
longtemps l'initiative pourrait rester l'affaire des seules grandes
villes du pays. Ensuite parce que de plus en plus, au-delà de
l'expression orale, les jeunes de nos villages comme ceux des milieux
urbains ont besoin de pouvoir écrire et savoir traduire par ce fait les
subtilités et richesses des langues maternelles que les aînés (quinqua
et quadra) maîtrisent à peine.
Or, la langue, comme élément de
base de la culture d'un peuple du fait de sa richesse, exige un certain
nombre de contraintes. Les plus importantes pouvant être l'écriture de
celle-ci comme c'est le cas avec l'écriture bamoun. Un peu comme c'est
le cas avec le grec qui s'est élevé de ce fait d'entre les langues
parlées de son époque et qui, malgré l'épithète "morte" qu'on lui colle
aujourd'hui, continue de fasciner et garder son influence sur les
autres langues latines. Pour les Camerounais qui utilisent pour leur
expression autant de langues que de communautés, la tâche est ardue dès
lors que les choix des principaux initiateurs de ce projet à savoir, le
ministère de la Culture et l'Unesco, risquent d'être pris au piège de
la sélection des langues à apprendre en fonction des aires culturelles.
Une telle approche ne risque-t-elle pas d'éloigner les plus
jeunes apprenants de l'objectif escompté par ce cours qu'ils ne veulent
pas ponctuel? Toujours est-il que la complexité du Cameroun est là.
Elle interpelle et impose que l'on réfléchisse, dans notre pays, à la
promotion d'une ou plusieurs langues véhiculaire à travers lesquelles
toute la communauté nationale doit s'identifier. De sorte que la notion
de langue seconde, répandue dans ce pays à une époque, corresponde
justement et plus exactement à ces langues là et non aux langues
maternelles tout court.
En supposant avec les pédagogues et
autres spécialistes des sciences de l'éducation que la langue
maternelle est d'un apport capital dans l'apprentissage des langues
acquises, il est louable que les cibles du programme que les pouvoirs
publics et l'Unesco mettent en place soient bien définis, comme devront
l'être tous les objectifs à long terme et le contenu des programmes qui
pourraient, au fil du temps, (même si l'on insiste pour dire que ce
n'est pas dans l'ordre des projection), aboutir à une introduction dans
les programmes scolaires du Cameroun.
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