
Obiang Nguema
"Il
est clair que les récentes attaques de Malabo qui ont même visé le
palais présidentiel vont renforcer le contrôle sécuritaire que le
régime exerce pour protéger son emprise sur l'Etat ainsi que sur les
ressources stratégiques de ce pays", a déclaré à Xinhua Dr Mathias Eric
Owona Nguini, sociopolitiste enseignant à l'Université de Yaoundé II au
Cameroun, pays voisin de la Guinée équatoriale.
Cette analyse traduit le climat politique trouble qui règne en
Guinée équatoriale après une attaque contre la capitale du pays dans la
nuit du 17 au 18 février, attribuée à un groupe rebelle originaire du
Nigeria, le Mouvement pour l'émancipation du delta du Niger (MEND),
très actif dans cette région du sud nigérian riche en hydrocarbures.
"Un groupe de rebelles terroristes du delta à bord de plusieurs
embarcations a tenté d'envahir la capitale de la nation, avec pour
objectif la prise et la destruction du palais présidentiel", avait
affirmé le gouvernement équato-guinéen dans un communiqué, publié par
le ministre de l'Information Jeronimo Osa Ekoro.
Sans précision de chiffres, les autorités de Malabo avaient
annoncé plusieurs morts et de nombreux blessés, y compris du côté
équato-guinéen. Elles avaient révélé la capture de 15 assaillants lors
de la riposte musclée de la garde présidentielle et des autres forces
de défense et de sécurité nationales,.
A l'instar d'autres organisations du même genre qui donnent du fil
à retordre aux autorités nigérianes, le MEND s'illustre par des actes
de criminalité dans le delta du Niger et le golfe de Guinée, dont le
sabotage des plateformes pétrolières appartenant aux multinationales
occidentales et l'enlèvement des employés de ces compagnies.
Très souvent, ce groupe rebelle qualifié de terroriste revendique
ses attaques. Il a cependant démenti les accusations du gouvernement
équato-guinéen.
Le président équato-guinéen Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, qui se
trouvait à Bata, la deuxième ville et poumon économique du pays, lors
de l'attaque, a déclaré lors d'une conférence de presse à son retour à
Malabo que l'attaque avait bénéficié de soutiens " internes et externes
en vue de détruire des infrastructures du pays et les pionniers de ce
développement sans précédent de la Guinée équatoriale".
Il a exigé la dénonciation de suspects contre une récompense de
500.000 francs CFA (890 euros). La même somme a été proposée pour
permettre de retrouver les armes et d'autres objets belliqueux non
récupérés des assaillants dont certains ont pris la fuite par la mer,
d'où ils étaient venus.
Le porte-parole du ministre équato-guinéen des Affaires étrangères
avait écarté l'hypothèse d'un coup d'Etat. Cependant, les déclarations
du chef de l'Etat font penser à des sous-entendus. "Le mal ne
transforme pas le pays et la violence est négative", a- t-il par
ailleurs déclaré face à la presse le 20 février à Malabo.
"Dans le fond, on peut s'interroger sur la confiance dont ces
groupes étaient animés de s'imaginer qu'ils peuvent attaquer toute une
ville et surtout la présidence et avoir le dessus. Cela suppose donc
d'une part qu'il y a ou qu'il y avait sûrement des complicités internes
et d'autre part des soutiens externes. Et de ce point de vue, on peut
donc comprendre ou interpréter l'idée du président Obiang Nguema", a
affirmé à Xinhua le Pr Joseph Vincent Ntuda Ebodé, géostratège, chef du
Centre de recherche et d'études politiques et stratégiques de
l'Université de Yaoundé II.
Petite puissance pétrolière depuis les années 90, la Guinée
équatoriale, qui ne compte qu'à peine plus de 500.000 habitants, est
surnommée le "Koweït de l'Afrique" et attire les convoitises.
Au pouvoir depuis 1979 à la suite d'un coup d'Etat contre son
oncle Francisco Macias Nguema, le président Mbasogo a essuyé plusieurs
tentatives de putsch en 1983, 1986, 1994, 1998, 2002 puis 2004.
"Bien entendu, la présence d'importantes ressources pétrolières en
Guinée équatoriale suscite non seulement l'appétit des élites locales,
mais aussi les convoitises des acteurs extérieurs (Etats en quête
d'approvisionnements pétroliers, grandes multinationales du pétrole,
aventuriers politiques et économiques en tous genres)", note Owona
Nguini.
Ntuda Ebodé renchérit que s'il n'est pas insensé de penser que
"les attaques récurrentes font fait l'objet la Guinée équatoriale
depuis un certain temps ont un rapport avec sa puissance dans la
production des hydrocarbures", mais "les ressources ne sont pas le seul
facteur conflictogène à prendre en compte. Il y a aussi des luttes de
clans".
Condamné en 1998 à plus de 100 ans de prison par contumace,
l'opposant Severino Moto Nsa, en exil en Espagne, passe aux yeux des
autorités équato-guinéennes comme le principal instigateur des coups de
force des dernières années.
Avec en tête la Convergence pour la démocratie sociale (CPDS),
principale formation d'opposition, les partis politiques équato-
guinéens ont déclaré n'avoir aucun lien avec l'attaque du 17 février et
demandé aux autorités de maintenir le calme et la sérénité au sein de
la population afin d'éviter "les arrestations et violences"
généralement observées après pareilles situations.
Apparemment sous la peur du retour des vieux démons, le
gouvernement équato-guinéen a annoncé son intention d'expulser les
sans-papiers présents sur son sol. Sans doute pour prévenir les
exactions habituelles contre les ressortissants camerounais dans ce
pays voisin, le ministre camerounais des Relations extérieures Henri
Eyebe Ayissi a effectué le 25 février une visite dans la capitale
équato-guinéenne.
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