L'Afrique devrait en tout état de cause s'atteler à sa propre édification au lieu de jouer les guignols au côté d'un Occident obnubilé par ses intérêts propres et son influence à outrance. Le drame de l'Occident, c'est bien de se considérer civilisé dans un monde où il semble fatalement résolu à ne pas se départir de ses turpitudes, au demeurant tout aussi barbares que ces tragédies contre lesquelles il prétend se démener à grand déploiement d’artillerie. Honoré FOIMOUKOM
De g.à drt: les présidents Bongo du Gabon et Sassou Nguesso du Congo
L’Ong Transparency International, l’association internationale de juristes Sherpa et un citoyen gabonais ont déposé une plainte en France contre les présidents gabonais Omar Bongo, congolais Denis Sassou Nguesso et équato-guinéen Teodoro Obiang Nguema.
Eux et leurs proches sont accusés de "détournement de fonds publics, blanchiment, abus de bien social, abus de confiance et complicité". Ce n’est pas la première fois que ces trois chefs d’Etat africains sont visés par ce genre de plainte relative à l’important patrimoine immobilier et mobilier qu’ils auraient acquis en toute illégalité dans l’Hexagone. La procédure sur fond de périodiques sorties médiatiques de ces organisations, dure depuis un an et demi. Transparency International, Sherpa et autres sont formels : ces chefs d’Etat n’ont pu acquérir ce patrimoine seulement grâce à leurs salaires.
Pour elles, ces présidents ont bâti leur fortune sur le magot de leurs rapines. Les trois dirigeants ont ceci de commun qu’ils ne semblent pas rassasiés de leurs longues années passées au pouvoir et ils sont à la tête de pays gorgés de pétrole. Avec leurs richesses, le Gabon et le Congo avaient tout pour se hisser à la plus haute marche du développement. Hélas ! Tous deux peinent toujours à se frayer les voies du progrès et du bien-être social et économique.
Quant à la Guinée équatoriale qui vient de rejoindre le cercle des pays producteurs de pétrole, rien ne dit qu’elle saura mettre véritablement cette richesse au service du peuple, à travers une politique saine fondée sur un partage équitable des fruits d’une croissance toujours à la hausse. Car, dictature et corruption ont, de tout temps, été un frein au développement, et constitué des terreaux favorables où poussent facilement les mauvaises herbes de la mal gouvernance. Comme si elles ne voulaient pas lâcher prise, ces organisations, comme on le voit, sont revenues à la charge. On peut croire que c’est convaincues de la justesse de leur lutte qu’elles continuent de tenter le tout pour le tout.
Quant à l’aboutissement du combat, c’est là une tout autre affaire. Ces organisations semblent vouloir revoir leurs prétentions à la baisse en ne demandant plus que la restitution des biens "mal acquis". Reste à savoir ce qu’en pensent les trois chefs d’Etat. Accéder à leur requête équivaudrait alors, pour ces dirigeants, à faire un aveu de culpabilité. Il paraît donc peu probable qu’ils accèdent à une telle requête. On n’en est d’ailleurs que plus édifié à la lumière de la prompte réaction du président gabonais, qui préparerait d’ailleurs une autre plainte pour diffamation.
Les trois accusés nient toute malversation. Plus facile à dire qu’à prouver. Ils seraient pourtant plus convaincants s’ils apportaient la preuve de leur innocence. Il se trouverait des gens pour dire qu’il appartient plutôt aux accusateurs d’apporter la preuve de ce qu’ils avancent. Mais les accusés étant des hommes publics, ils auraient tout à gagner en travaillant à l’éclatement d’une vérité qui les laverait de tout soupçon, si tant est qu’ils n’aient rien à se reprocher. Ils seraient ainsi réhabilités aux yeux de leur peuple, et mieux, de l’opinion internationale. Mais il ne serait pas juste de se taire sur la responsabilité des pays du Nord qui hébergent les fortunes colossales des chefs d’Etat africains, sans se soucier de leur traçabilité. Certes, les opinions publiques occidentales, solidaires des peuples africains, ne sont pas d’accord avec ces rois nègres qui spolient sans vergogne leur peuple.
Mais il est certain que les gouvernants occidentaux, qu’ils soient de gauche ou de droite, ne crachent pas sur ces fortunes noires qui viennent fortifier l’économie de leur pays déjà prospère. Ce faisant, ces dirigeants occidentaux se mettent dans la posture du réceleur et sont, à ce titre, tout aussi condamnables. En tout état de cause, les opinions de ces trois pays africains sont alertées et ne demandent qu’à être définitivement situées sur cette affaire qui n’honore ni ces pays ni l’Afrique.
Pour ces trois chefs d’Etat, ce devrait être alors une raison suffisante pour faire jaillir rapidement la vérité. Mais le veulent-ils ou le peuvent-ils vraiment ? Rien n’est moins sûr.