L'Afrique devrait en tout état de cause s'atteler à sa propre édification au lieu de jouer les guignols au côté d'un Occident obnubilé par ses intérêts propres et son influence à outrance. Le drame de l'Occident, c'est bien de se considérer civilisé dans un monde où il semble fatalement résolu à ne pas se départir de ses turpitudes, au demeurant tout aussi barbares que ces tragédies contre lesquelles il prétend se démener à grand déploiement d’artillerie. Honoré FOIMOUKOM
Gabon/France: un simple entrepreneur français fait saisir les comptes bancaires d'Omar Bongo
02-03-2009
Le président gabonais est traité par la justice française comme un chef de gang
Ainsi,
des comptes détenus par le président du Gabon, Son Excellence El hadj
Omar Ondimba Bongo, en France ont été saisis sur décision de la justice
de ce pays, qui l’a condamné à "restituer la rançon de 457 000 euros,
exigée pour la libération de René Cardona en 1996".
Cette année-là, rappelons-le, cet entrepreneur français a été écroué
des semaines à Libreville pour avoir refusé de reprendre sa société
d’armement et de pêche qu’auparavant il avait vendu à une société
contrôlée par Omar Bongo et sa famille. Dans ce conflit d’intérêts de
Ladji Bongo et du président gabonais, le citoyen Bongo ou le président
gabonais, allez-y savoir où s’arrête l’un et où commence l’autre, porta
plainte pour escroquerie, auprès d’un juge d’instruction qui n’est pas
au-dessus de tout soupçon de partialité et de népotisme en faveur de
Tonton Bongo, son oncle comme si, dans nos justices non indépendantes
aux juges non indépendants, non seulement des pouvoirs déjà en place,
il lui était encore nécessaire de dicter son verdict à lui à une caisse
de résonnance forcément de sa famille. Depuis quand les juges
zimbabwéens courent-ils les rues africaines ?
Bongo aurait voulu montrer qu’au Gabon il use et abuse absolument de
tous les pouvoirs absolus qu’il n’aurait pu s’y prendre autrement. "Le
Zimbabwe m’appartient", a-t-on entendu. Et René Cardona fut condamné à
verser 900 000 euros de dommages-intérêts à Bongo selon Me Meyer,
avocat du Gabonais dans cette affaire. "Pour obtenir la libération de
son père alors qu’une épidémie de fièvre Ebola sévissait à la prison de
Libreville, le fils de René Cardona avait alors dû verser 457 000
euros", soit 300 millions de francs CFA, sur, dit-on, un compte
personnel de Bongo. Mais comme, les avocats de leur client ont eu beau
dire qu’il s’agissait d’une dette pour "le dédommager pour lui avoir
cédé un bateau en mauvais état", la Cour d’appel de Bordeaux n’en a eu
cure, la somme due, intérêts compris, aujourd’hui par Bongo à Cardona
s’élève à 1,131 million d’euros, et le pourvoi de ses avocats n’est pas
suspensif du verdict de la justice, même qu’il ne peut être examiné que
si les sommes dues sont versées. Mais ses avocats ayant un délai de
trois mois pour trouver une parade juridique à la saisie de ses comptes
français visés, non pas de ses comptes français tout court, encore
moins de ses comptes tout court...
Voilà une affaire, certes, judiciaire de nature civile selon le
porte-parole adjoint du Quai d’Orsay, Frédéric Desagneaux, mais qui ne
manquera pas de raviver les tensions entre Paris et Libreille, déjà
suffisamment vives en raison de plaintes portant sur le patrimoine
immobilier de Bongo en France : la justice française est actuellement
saisie d’une autre plainte contre le successeur de Léon M’Ba, déposée
en décembre par Transparency international France et Sherpa, deux ONG
qui l’accusent de posséder dans l’Hexagone des biens immobiliers de
luxe financés avec de l’argent public détourné ; chose au sujet de quoi
d’autres ONG avaient vainement essayé de faire ouvrir une instruction
judiciaire, c’était en mars 2007 et en juillet 2008, le parquet de
Paris ayant classé l’affaire, estimant que les investigations n’avaient
pas "permis de mettre en évidence des infractions pénales" à quelle loi
?
Quand on sait que Bongo a jugé inacceptable la simple évocation de la
fin de la Françafrique, qui ne le concernait ni spécialement ni
uniquement, au point de gripper les relations de son pays avec la
France et de se réjouir de la mutation de celui qui menaçait d’y
procéder, des sources française et gabonaise disent qu’il y est pour
beaucoup, on ne peut que donner raison à ceux qui prédisent une poussée
de la fièvre diplomatique franco-gabonaise, dans cette affaire qui met
personnellement en cause le doyen des chefs d’Etat africain, au pouvoir
depuis 1967. Bongo cité dans l’affaire Elf, Bongo en mars 2007, Bongo
en juillet 2008, Bongo dans la Françafrique, Bongo dans l’affaire
Cardona, rien que de la fumée (on devrait plutôt dire des fumées sans
feu ? La moindre réponse qu’on peut y donner est que, décidément, Bongo
a du fric à problème.
Si la saisie, récente, de comptes bancaires français du président
gabonais n’est pas une première au monde, elle l’est pour l’Afrique en
France, grâce à ce superhéros, qui a réussi l’exploit de forcer la
porte du club, très sélect, des Etats et dirigeants aux comptes gelés
en France : premier prédécesseur d’Omar Ondimba Bongo, le général
Manuel Antonio Noriega, ancien président du Panama, condamné, par
défaut, le 1er juillet 1999 par le tribunal de Paris à 10 ans
d’emprisonnement et à une amende de 11,2 millions (7 millions d’euros,
déposés entre 1982 et 1989, répartis dans une vingtaine de comptes,
bloqués) ; deuxième victime historique des comptes bloqués, Jean-Claude
Duvalier, famille et proche en juin 1986, même si, en mai 1990, la
justice française a remis ces fonds à la disposition de Duvalier,
incompétante, a-t-elle dit, pour décider de leur restitution à Haïti.
Tout cela, parce que, non contents d’être des antidémocrates qui
tyrannisent leur peuple à volonté, ils ne font rien pour que, chez eux,
il y ait la sécurité juridique, quand ceux-ci sont honnêtement acquis,
de tous les fonds déposés notamment par eux.