L'Afrique devrait en tout état de cause s'atteler à sa propre édification au lieu de jouer les guignols au côté d'un Occident obnubilé par ses intérêts propres et son influence à outrance. Le drame de l'Occident, c'est bien de se considérer civilisé dans un monde où il semble fatalement résolu à ne pas se départir de ses turpitudes, au demeurant tout aussi barbares que ces tragédies contre lesquelles il prétend se démener à grand déploiement d’artillerie. Honoré FOIMOUKOM
Procès Taylor: un de ses soldats raconte l'échange de diamants contre des armes
12-03-2008
Taylor au tribunal (La Haye)
Un compagnon d'armes de l'ancien président libérien Charles Taylor a raconté mercredi que l'accusé l'avait chargé de livrer des armes aux rebelles sierra-léonais en échange de nombreux diamants, lors de son procès devant le Tribunal spécial pour la Sierra Leone (TSSL).
Joseph Marzah, "Zigzag Marzah" de son nom de guerre, a raconté aux juges qu'au début des années 1990, il s'est rendu en Sierra Leone une quarantaine de fois avec des chargements d'armes et de munitions, notamment des AK-47, des roquettes.
"Parfois, nous recevions des munitions de White Flower (le palais présidentiel libérien à l'époque,ndlr) ou d'un avion russe (...) Sur l'ordre de Charles Taylor, j'emmenais parfois certains d'entre elles directement vers la Sierra Leone", a-t-il déclaré.
A l'époque, la Sierra Leone était ravagée par une guerre civile brutale déclenchée par les rebelles du Front révolutionnaire uni (RUF) qui a fait 120.000 morts et des milliers de mutilés entre 1991 et 2001.
Selon l'accusation, Charles Taylor, le premier chef d'Etat africain jugé par un tribunal international, dirigeait en sous-main le RUF afin de contrôler les ressources abondantes, notamment en diamants, de la Sierra Leone.
Joseph Marzah a longuement raconté à l'audience comment il avait participé aux attaques sanglantes des RUF sur des villages dans l'est de la Sierra Leone puis comment il avait intégré leur rangs tout en continuant de prendre ses ordres auprès de Taylor.
A cette époque, "de nombreuses fois, j'ai escorté des diamants vers Charles Taylor. Lui-même peut vous raconter, s'il dit la vérité (...) J'ai transporté des diamants 10 à 15 fois", a-t-il raconté.
"Il y en avait un qui avait une forme de tête humaine, de la taille d'une (photo de) passeport. Je suis venu avec Mosquito (Sam Bockarie, l'un des leaders du RUF, ndlr) ... Nous avons emmené le diamant à White Flower pour le donner à Charles Taylor", a-t-il précisé.
Arrestation de Taylor
"Charles Taylor a été impressionné" en voyant ce diamant d'un diamètre de 5 centimètres, a-t-il ajouté. "Il nous a même donné de l'argent. Nous avons ramené assez de munitions en Sierra Leone".
Le témoin s'est aussi longuement étendu sur les techniques utilisées par les hommes de Taylor au Liberia, et par les rebelles du RUF, pour terroriser les civils.
"Il n'y avait pas de RUF. De Freetown au Liberia, il n'y avait qu'une seule organisation, qui répondait (aux ordres de) Taylor", a-t-il estimé.