L'Afrique devrait en tout état de cause s'atteler à sa propre édification au lieu de jouer les guignols au côté d'un Occident obnubilé par ses intérêts propres et son influence à outrance. Le drame de l'Occident, c'est bien de se considérer civilisé dans un monde où il semble fatalement résolu à ne pas se départir de ses turpitudes, au demeurant tout aussi barbares que ces tragédies contre lesquelles il prétend se démener à grand déploiement d’artillerie. Honoré FOIMOUKOM
Coup d'Etat en Guinée et enseignements pour le régime Biya
Ecrit par François Bambou
26-12-2008
Le président camerounais Paul Biya
L’aventure politique conduite par les militaires en Guinée, et qui causera forcément d’autres malheurs à ce peuple essoré par 24 années de dictature, est une conséquence logique de la confiscation des mécanismes d’alternance par le régime déchu. Une leçon pour le Cameroun qui vit sous un système semblable.
Les choses sont allées très vite. Le président guinéen Lansana Conté, qui jusqu’au dernier moment croyait qu’il survivrait à tout, décède. Dans la même nuit, les principaux responsables du régime (le président du parlement, le premier ministre et le chef d’Etat major des armées) passent à la télévision pour annoncer la –mauvaise- nouvelle et tenter de rassurer les populations. Les assurances de transition pacifique et constitutionnelle suffiraient, croyaient-ils, à garantir calme et sérénité. C’était la dernière preuve de leur déconnexion de ces dirigeants des véritables réalités politiques du leur pays.
Car le coup d’Etat perpétré dans la foulée par les militaires, qui entendent assurer la transition à leur manière, montre que le régime autocrate instauré à Conakry ne tenait finalement qu’à la personne du défunt Lansana Conté, pour qui le peuple guinéen éprouvait un mélange de crainte et de pitié. Notre soucis n’est certainement pas d’approuver, encore moins de soutenir la rupture de l’ordre constitutionnel qui a cours en Guinée. Nous nous contentons de remarquer que le déroulement accéléré des événements à Conakry est instructif pour le Cameroun, qui à bien des égards, présente une situation comparable.
Première grande similitude : la personnalisation du pouvoir. En Guinée comme au Cameroun, nul n’accède à aucune fonction que du fait bon vouloir du président de la République ou de ceux qui prolongent sa volonté dans les cercles plus éloignés. Dans notre contexte, le président est aussi puissant qu’un empereur et aussi infaillible que Dieu. De fait, son entourage a pour seule fonction d’appliquer ses désirs. D’autres part, et c’est tout aussi grave, les “ carrières politiques ” sont faites et défaites par le prince.
Même au sein des institutions où les membres et dirigeants sont censés être élus, l’essentiel des personnages en vue sont ceux qui sont adoubés par le président de la République. On n’applique des textes fondamentaux tels que la constitution, que pour autant qu’ils plaisent au président.
Par exemple, au Cameroun, la constitution révisée en 1996 a de nouveau été révisée en 2008 sans même que toutes les dispositions introduites en 1996, et qui n’étaient pas du goût du président Biya, soient appliquées. Plus grave, ce qui caractérise les hiérarques de l’appareil politique au Cameroun c’est le manque criard d’ambitions. Contrairement aux grandes nations qui se bâtissent par la force des hommes ambitieux, il est plutôt bon au Cameroun de clamer, son manque d’ambition. Comment dans ce contexte, croire que des pantins pourront en cas de situation trouble rassurer un peuple qui en pareil contexte a, avant tout, besoin d’avoir confiance ?
Inévitable chaos
La deuxième similitude découle de la première : la confiscation des instruments démocratiques. Une situation qui se résume à un blocage des mécanismes d’alternance, ce qui donne pour seule issue de changement, la disparition du prince suivie de l’aventure portée par le premier homme en armes venu. Au Cameroun la constitution prévoit bien qu’ “ en cas de vacance de présidence de la République pour cause de décès, de démission ou d’empêchement définitif constaté par le Conseil constitutionnel, (…) l’intérim du président de la République est exercé de plein droit, jusqu’à l’élection du nouveau président de la République, par le président du Sénat, et si ce dernier est, à son tour, empêché, par son suppléant, suivant l’ordre de préséance du Sénat ”.
Notons que douze années après la création du Sénat par la constitution camerounaise, sa mise en place est toujours au-dessus des capacités des autorités alors même que c’est son président qui est sensé assurer l’intérim du chef de l’Etat en fonction en cas de vacance. Mais l’expérience guinéenne nous montre que les textes à eux seuls, et les incantations autour de leur pertinence ou non, ne suffisent jamais à garantir une transition apaisée qui est plutôt une affaire de mentalité politique collective.
La transition douce qu’a connue le Cameroun au début des années 80, on l’oublie souvent, n’a pu résister aux différentes attaques que justement parce qu’elle était marquée par une alternance bien préparée, dans des conditions de confiance. Et non pas dans un contexte comme en Guinée d’aujourd’hui, où une classe politique disqualifiée et déconnectée tente des se refaire sur le tard, une capacité à prendre les choses en mains alors que les plus hauts responsables de l’Etat ont passé l’essentiel de leur carrière à rivaliser sur leur capacité à se coucher devant le prince.
Ainsi donc, la multiplication de ruses politiques, d’artifices institutionnels et d’arguties juridiques pour se perpétuer au pouvoir sert surtout à baliser les chemins de l’aventure comme on le voit en Guinée. Car cette classe politique qui, à force de discours mensongers a participé à la confiscation de la démocratie et à la perpétuation d’un régime auxquels ils étaient eux-mêmes les derniers à croire est disqualifiée, aux yeux de l’opinion, et c’est ainsi que le premier venus peut être sûr de bénéficier au moins ce l’attention de l’opinion.
D’autre part, dans un tel contexte, les anciens tenants du pouvoir, qui ont passé le temps à multiplier les ruses, manœuvres et répressions contre les contestataires de l’ordre établi vont-il pouvoir mobiliser le peuple pour défendre un pouvoir qui leur échappe ? Une situation qui devrait faire réfléchir ceux qui nous gouvernement et qui disent vouloir préserver notre pays du chaos.