Pensée du Jour
L'Afrique devrait en tout état de cause s'atteler à sa propre édification au lieu de jouer les guignols au côté d'un Occident obnubilé par ses intérêts propres et son influence à outrance. Le drame de l'Occident, c'est bien de se considérer civilisé dans un monde où il semble fatalement résolu à ne pas se départir de ses turpitudes, au demeurant tout aussi barbares que ces tragédies contre lesquelles il prétend se démener à grand déploiement d’artillerie.
Honoré FOIMOUKOM
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Cameroun: tous les moyens sont bons au pays de Barthélémy Biya'a bi Mvondo |
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Ecrit par Alexandre T. DJIMELI
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13-05-2009 |
Le roi, à travers ses bras séculiers, ne doit jamais hésiter à abattre ceux qui osent humer le parfum de son pouvoir.
Des membres de l’élite de la région de l’Extrême-Nord viennent de faire une démonstration de puissance. Par une méthode parfaitement “ ganstériste ”, Cavayé Yeguié Djibril, Amadou Ali, Ibrahim Talba Malla, Abba Malla Boucar, etc. ont pu arrêter à l’étranger il y a environ deux semaines un présumé rebelle pour le ramener à Yaoundé, la capitale. Hypnotisé à l’aide d’un narcotique, Liman Oumate Malloum, opposant au régime Biya par la proclamation d’une rébellion armée a ainsi été enlevé à Maïduguri dans l’Etat fédéré du Borno au Nigeria. On lui attribue en effet l’origine des tracts réclamant le départ du président Biya du pouvoir avant le 30 avril 2009, faute de quoi celui que l’on appelle “ le rebelle des Monts Mandara ” mettrait en marche la machine armée du Mouvement pour la libération du peuple camerounais (Mlpc).
Sur la base de tracts et de déclarations, Liman Oumate Malloum a été présenté comme un dangereux rebelle qui menace la paix et la sécurité au Cameroun, ayant derrière lui une population de plus de 2 000 combattants qui n’attendent que le signal pour lancer l’assaut. Des services déconcentrés de la gendarmerie nationale ont demandé à l’élite de l’Extrême-Nord de fortes sommes d’argent pour traquer le rebelle proclamé. Exorbitant, auraient estimé l’honorable Cavayé et compagnie qui ont dès lors entrepris de l’arrêter par leurs propres moyens. Et ils l’ont fait en accompagnant leur intelligence d’un peu plus de 3 millions de Fcfa pour truander la police nigériane et rentrer avec le butin Oumate.
L’arrestation du rebelle est considérée comme un baroud d’honneur pour certaines personnalités (président de l’Assemblée nationale, vice-Premier ministre, ministre de la Justice, député de la nation, …) qui affirment avec force leur détermination à garder le Cameroun en paix. Mais beaucoup pensent à une machination. La manière dont Liman Oumate Malloum a été capturé interroge en effet le sérieux de sa formation révolutionnaire. L’histoire politique du Cameroun et d’ailleurs fourmille d’exemples de révolutionnaires assassinés. Leur trajectoire constitue une leçon que Oumate n’a peut-être pas apprise, à savoir qu’un leader révolutionnaire n’envoie que des émissaires dans le processus de négociation. Il ne vient pas non plus s’asseoir sur une table pour boire ou manger avec les gens qui prétendent négocier avec lui. Le leader révolutionnaire n’apparaît qu’à la fin, comme un joker, lorsque tout est déjà conclu. Sa légèreté inquiète l’opinion qui se demande comment on a pu établir qu’il était une véritable menace. Du coup, deux hypothèses se bousculent : soit Liman Oumate est quelque peu mentalement déréglé, soit il est une construction de gens qui tirent des ficelles dans l’ombre pour probablement attendre des dividendes.
Quoi qu’il en soit, cette action rentre dans la logique de privatisation de la chasse aux opposants et rebelles camerounais. Cette privatisation emporte avec elle les tares de l’initiative – mise entre parenthèses des forces publiques, corruption internationale, faute professionnelle de policiers nigérians à l’image de ce qui s’est passé au Cameroun avec l’exfiltration du lieutenant-colonel équato-guinéen réfugié à Yaoundé vers son pays, etc. On perçoit ainsi que le gouvernement camerounais tolère l’utilisation de ces moyens, que des personnalités sensées montrer l’exemple de citoyenneté peuvent tout à fait violer les lois de la République sans risquer de se faire taper sur les doigts, que l’élite d’une région peut réussir là où la puissance publique échoue souvent, etc. Alors question : pourquoi cette élite si puissante n’arrive toujours pas à arrêter les coupeurs de route et les kidnappeurs qui déstabilisent en permanence la région et font des malheurs ? Soit ces derniers dépassent leurs forces, soit leur activité ne leur pose aucun problème.
A l’analyse, on se rend à l’évidence que l’élite ne réagit souvent nerveusement que quand elle se sent elle-même menacée. Dans le cas de l’Extrême-Nord, les coupeurs de route ou les kidnappeurs ne représentent pas une véritable menace pour l’élite. Or la rébellion Oumate, si elle n’est pas une création pour un repositionnement, se présentait officiellement comme une menace pour le pouvoir de Paul Biya qui, lui, a le monopole de la fabrication de l’élite administrative au Cameroun. Et là, trois leçons reviennent à l’esprit. Premièrement, on ne s’amuse pas avec le pouvoir de Paul Biya, même dans les blagues. Deuxièmement, le président a constitué une cour qu’il contrôle de telle sorte que ceux qui en font partie s’obligent à lui renouveler la preuve de leur fidélité à la moindre occasion. Troisièmement, l’élite n’est pas au service du peuple mais du prince.
Les bandits peuvent voler, des gens peuvent mourir, … mais le nom du président ne doit pas être prononcé en vain. Comme l’affirmait Chamfort, “ on gouverne les hommes avec la tête ; on ne joue pas aux échecs avec un bon cœur ”. Le roi, à travers ses bras séculiers, ne doit jamais hésiter à abattre ceux qui osent humer le parfum de son pouvoir ; ils peuvent en prendre goût et formuler de grandes ambitions. Dans l’intérêt du prince et pour faire monter sa cote, on peut s’engager dans une aventure comme celle dans laquelle est impliqué Liman Oumate. En attendant les résultats des enquêtes, les hommes politiques des dix régions du Cameroun viennent d’avoir là une source d’inspiration pour se rendre intéressants aux yeux du président.
Maintenant, c’est parti. Que chaque groupe d’élites aille dans sa région repérer ou créer des rebellions qu’il se chargera par la suite d’arrêter pour brandir comme un trophée de guerre. Tous les moyens sont bons en politique, pourvu qu’ils soient efficaces, constatait un personnage de Jean-Paul Sartre dans Les mains sales.
Le messager
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Dernière mise à jour : ( 16-06-2009 )
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