L'Afrique devrait en tout état de cause s'atteler à sa propre édification au lieu de jouer les guignols au côté d'un Occident obnubilé par ses intérêts propres et son influence à outrance. Le drame de l'Occident, c'est bien de se considérer civilisé dans un monde où il semble fatalement résolu à ne pas se départir de ses turpitudes, au demeurant tout aussi barbares que ces tragédies contre lesquelles il prétend se démener à grand déploiement d’artillerie. Honoré FOIMOUKOM
Cameroun: l'Etat ne s'est pas attaqué aux problèmes ayant causé les émeutes
Ecrit par Monique Ngo Mayag
23-02-2009
Mathias Eric Owona Nguini
Le socio-politiste s'exprime sur l'origine des mouvements de février 2008 et les mesures qui s'imposent pour ne pas rééditer le triste évènement.
Comment expliquez-vous que les émeutiers appartiennent essentiellement à la tranche Juvénile?
Les émeutiers n'étaient pas systématiquement que des jeunes. Mais majoritairement par des jeunes, parce que la société camerounaise est démographiquement dominée par des couches jeunes aussi diverses soient-elles du point de vu de leur origine sociale du point de vue de leur utilité collective. Voilà pourquoi il ya eu un nombre important de jeunes et cela montre que l'un des obstacles que l'on aura à l'avenir, c'est la prise en charge de cette catégorie sociale qui est structurellement défavorisée dans l'évolution actuelle du Cameroun.
Comment éviter que pareille situation ne ressurgisse au regard du contexte politique et social actuel ?
Pour éviter que pareille situation ne resurgisse (rire sarcastique), il faut peut-être se donner la possibilité d'écouter ce que les différentes catégories sociales revendiquent. Écouter leurs frustrations et leurs ressentiments et essayer de leur apporter des solutions en terme de politique. On peut tout à fait comprendre que les pouvoirs n'aient pas toujours les moyens de répondre aux préoccupations de toutes ces couches sociales, mais il est important de créer un dialogue, car le dialogue a cet avantage de faire comprendre aux gens que l'Etat s'intéresse à eux. Et c'était un élément inexistant lors du mécontentement de février 2008. Parce que les acteurs de ce mécontentement ont eu l'impression que l'Etat ne s'intéressait pas à leurs revendications.
D'après vous, quels ont été les ingrédients qui ont déclenché les émeutes de février 2008?
Ces émeutes sont une résultante de plusieurs phénomènes. C'est en effet un mécontentement multiforme, qui est à la fois le fruit de la tension économique, la protestation contre la vie chère, (protestation spécifique des transporteurs contre la hausse du prix du carburant), mais aussi d'autres éléments, notamment politique: Exaspération de certaines catégories face à l'éventualité de la révision de la Constitution permettant au chef de l'Eta actuel de se représenter aux prochaines élections présidentielles. La dimension de la révision de la Constitution était également présente lors de ces émeutes qui ne sont donc pas seulement due à la "faim", ou contre la vie chère et la hausse du prix du carburant.
Comment appréciez-vous la gestion que l'Etat a faite de ces émeutes?
L'Etat a essayé de répondre dans la mesure de son répertoire, à ces préoccupations. Mais il ne semble pas avoir répondu au cœur du problème. Le cœur du problème étant l'insertion socio économique des différentes catégories de jeunes qui se sentent délaissés. Et cette insertion socio-économique dépend d'une stratégie politique économique qui n'existe pas .Ça veut dire qu'on ne peut pas créer des possibilités de réoxygénation de la société avec une politique éternelle d'ajustement.