L'Afrique devrait en tout état de cause s'atteler à sa propre édification au lieu de jouer les guignols au côté d'un Occident obnubilé par ses intérêts propres et son influence à outrance. Le drame de l'Occident, c'est bien de se considérer civilisé dans un monde où il semble fatalement résolu à ne pas se départir de ses turpitudes, au demeurant tout aussi barbares que ces tragédies contre lesquelles il prétend se démener à grand déploiement d’artillerie. Honoré FOIMOUKOM
Ils roulent désormais carrosses, les "putschistes" qui ont cru bon de pouvoir s'engager dans les affaires après l'amnistie votée par l'Assemblée nationale et promulguée le 17 janvier 1991 par le président de la République. Dans le wagon qui ramène la plupart des prisonniers politiques vers leurs terres du septentrion, tous ou presque songent à devoir réintégrer les strates de la société. Ceci au lendemain d'une tentative de coup d'Etat qui a visiblement brisé des carrières heureuses dans la fonction publique. Entre l'expectative de la mise en œuvre des mesures contenues dans la loi d'amnistie et le dessein de tourner définitivement une page de leurs vies respectives, nombre d'entre eux ont repris les sentiers des marchés, de l'entrepreneuriat…
Boubakari Bello alias Kariwa est sans doute le fleuron de ces hommes qui ont réussit après leur passage en prison. Cet inspecteur de police qui a renoncé à toute accointance avec la police après son internement, s'est lancé dans une activité économique débordante. Dans le secteur des transports, il déroule son savoir faire. Dans l'immobilier, il s'y investit.
Au point de tenir à Maroua, un immeuble à quatre niveaux qui abrite par ailleurs ses services. Ses concessions fleurissent dans la cité capitale de la Région du Nord. Son parc automobile brille de mille feux. Une activité qui amène quelque fois à s'interroger sur les ressources réelles de ce jeune élément des forces de police, emporté par la fougue de ses aînés dans le processus d'échec au régime du président Biya et qui a du méditer longtemps sur la condamnation à vie prononcée par le tribunal d'exception. Mohamadou Moktar, capitaine de l'armée au moment du coup d'Etat, clame encore et toujours son innocence. Il affirme même avoir commandé des troupes qui avaient permis de sauver le pouvoir. Il est rentré dans les affaires. D'ailleurs seulement le choix, son intégration ayant été bloquée à maintes reprises. Il s'est investit dans une chaîne de vente du poisson. Il est d'ailleurs le principal responsable de "La Poissonnerie Babuka" dont les points de vente sont nombreux à travers le pays. C'est grâce à cette activité qu'il réussit jusqu'ici à subvenir aux charges de sa famille et à maintenir une forme exemplaire.
Le capitaine Issa s'est aussi lancé dans le business. Mais il a choisi pour sa part de se déployer sur le Nigeria. Dans ce pays voisin, il y tient de grandes activités commerciales. Son parc automobile renseigne aussi sur l'ampleur des dividendes que génèrent ses nombreux commerces. Il s'investit dans l'importation des produits et ne manque cependant pas de rendre visite à ses proches parents
restés au Cameroun.
Un qui ne se donne pas ce privilège, c'est Hamadou Adji. En fuite au moment de sa condamnation en 1984, il a toujours refusé de rejoindre le Cameroun, malgré la restitution de ses biens et l'amnistie votée. Dans l'Etat de l'Adamaoua,( Nigéria) il s'est forgé une stature d'homme d'affaires au point d'être considéré à Yola, comme un dignitaire de la région. Il dispose en effet de plusieurs entreprises dans les secteurs du transport, des services, du commerce… L'ancien gouverneur de l'Adamaoua, Hamadou Malloum lui aussi chapeaute une entreprise qui permet de mettre en valeur ses constructions du quartier Pitoaré de Maroua. Mais il ne s'empêche pas aussi de souscrire pour la réalisation de quelques marchés publics. Ce qui lui permet de tenir un rythme de vie normal, dénué de toute ambiguïté