L'Afrique devrait en tout état de cause s'atteler à sa propre édification au lieu de jouer les guignols au côté d'un Occident obnubilé par ses intérêts propres et son influence à outrance. Le drame de l'Occident, c'est bien de se considérer civilisé dans un monde où il semble fatalement résolu à ne pas se départir de ses turpitudes, au demeurant tout aussi barbares que ces tragédies contre lesquelles il prétend se démener à grand déploiement d’artillerie. Honoré FOIMOUKOM
Cameroun: comment sortir des archaïsmes du régime Biya et entrer dans la modernité
Ecrit par Simon Mougnol
05-01-2009
Il y a quelques jours, des membres d’une organisation ont été molestés, leur chef et quelques-uns de ses collaborateurs arrêtés, pour cause de manifestation : ils voulaient exprimer leur profond mécontentement face à des détournements d’argent. Les faits de corruption avérée sont récurrents, et plusieurs acteurs se démènent pour trouver une parade décisive contre ce travers ; du sommet de la pyramide à sa base, tous les grands corps de l’État affichent leur volonté de lui tordre le cou. Mais se donnent-ils vraiment les moyens de résoudre ce problème ? Qui peut régler un problème sans exposer son plan d’action, avec des étapes et une stratégie de suivi de l’exécution de son programme ? À ce plan d’action et ce suivi, il convient d’ajouter une volonté politique.
Elle est même essentielle : cette volonté se lit généralement dans le refus de semer la confusion dans les esprits. Nous avons au moins deux points où ces confusions sont flagrantes, en ce qui concerne la lutte contre la corruption : confusion dans la désignation de ce mal qui ronge tout le pays et confusion entretenue avec l’opération dite ‘épervier’.
Commençons par affirmer que la corruption occupe beaucoup de monde au Cameroun : elle occupe ses acteurs que rien n’arrête dans leur fol espoir de glaner ici ou là quelques billets supplémentaires ; elle occupe des organes étatiques dont la mission, semble-t-il, est de trouver les moyens de débarrasser le pays de ce fléau ; elle occupe des ONG et des associations de nationaux qui se sont mêlées, elles aussi, à cette croisade. Tout ce grand monde ne se met pas en branle autour de cette question pour rien : le phénomène a atteint une intensité et une densité telles que chacun a compris que le temps est venu de lui trouver une autre dénomination. Le pays est, d’ailleurs, régulièrement désigné comme champion du monde dans ce sport.
Charançonné par les vers de ce fléau et multipliant les contradictions, l’État camerounais offre davantage le visage d’un monstre qui choie sa maladie et qui, pour cela, peine à s’engager résolument à sortir des paralogismes qui le maintiennent à la merci de son affection. Ce n’est pas l’opération dite ‚épervier‘ qui nous démentira, avec ses limites qu’elle étale à l’envi. Cette opération médiatique affiche sa myopie qui, elle seule, corrobore la théorie d’une justice camerounaise à deux vitesses. Pour ne pas être visé par la rapacité de cet oiseau de proie, il faut avoir évité, dans le passé, de commettre quelque crime de lèse-majesté : tous les malfrats coupables de ce sacrilège se retrouvent les uns après les autres dans les serres du rapace ; quand ils passent devant leurs juges, on prend la précaution de ne leur reprocher que leur larcin, sans jamais mentionner les vraies raisons de leur disgrâce. Reconnaissons qu’ils ont bien de la chance : il y en a un qui s’en est directement pris à une des nombreuses mallettes du prince et qui n’a pas eu droit aux prétoires ; ce filou a été condamné sans donner sa version des faits. On nous dit pourtant que notre pays est un pays de droit et qu’avant que la Justice rendue au nom du peuple ne se prononce, tout le monde doit être considéré comme innocent.
Les inconséquences de notre pouvoir actuel reposent surtout sur le fait qu’il clame une volonté de remise en ordre, sans se donner les moyens de passer du discours aux actes. Ces discours eux-mêmes portent en eux les germes de leur incapacité d’aider à parvenir aux bonnes solutions, celles qui marchent : pourquoi parler de corruption là où on dénombre au moins trois comportements déviants auxquels on ne peut appliquer les mêmes remèdes ? Pour s’attaquer à une maladie, il faut la connaître : les affections orphelines, celles qui sont rares, n’obtiennent souvent pas de thérapeutique, pour la simple raison que la médecine ne les connaît pas. Les travaux des chercheurs en vue de révéler la nature et les mécanismes des dysfonctionnements incriminés constituent le seul espoir que caressent les malheureux qui vivent avec ces maladies rares.
La corruption existe, mais elle a peu à voir avec les détournements de fonds, les surfacturations des travaux et des services, les abus de biens publics. Il est vrai que toutes ces aberrations peuvent se lire dans un même acte, mais il convient de les instruire chacune à part soi. Le fait de ramener tous ces incivismes à la corruption traduit une volonté malicieuse de jeter de la poudre aux yeux des populations. Si l’État tient vraiment à faire disparaître ces comportements délinquants, il doit commencer par désigner chacun par son nom. La corruption s’apparente à ce que les Camerounais appellent ‘tchoko’. Le corrupteur donne de l’argent à un agent de l’État pour accéder à un avantage quelconque : un ‘opep’ qui n’a pas les autorisations pour faire le transport passe les barrières de contrôle en offrant de l’argent aux policiers. Dans le cas de la corruption au Cameroun, c’est souvent le corrompu qui en a l’initiative : pour tous les actes et services administratifs, il y a un barème des montants à verser, que tout usager doit connaître pour s’éviter les gloutonneries d’un agent boulimique.
Un remède contre le ‘tchoko’ n’a rien à voir avec des mesures à prendre pour mettre fin à la pratique des détournements de fonds. Comme le nom l’indique, le détournement est un exercice auquel se livre un agent de l’État gestionnaire d’une ligne budgétaire et qui l’amène à en changer, à son avantage, la destination. Retenons qu’avec sa malicieuse volonté de tromper ses populations, l’État camerounais rajoute dans le même sac que la corruption, non seulement les détournements de fonds, mais aussi les phénomènes tels que les ‘abus de biens sociaux’, les ‘surfacturations des marchés’, les ‘distractions de certaines recettes’. On parle de ces dernières quand un responsable récupère, pour son compte, tout ou partie d’une caisse qui accueille d’ordinaire des recettes ou encore, tout ou partie d’un règlement de créance versée à l’État par un tiers, tout ou partie d’une aide internationale, … Nous avons aussi tous ces agents de l’État, payés par l’argent du contribuable, que des dignitaires font travailler pour leur propre compte.
Ce qu’il faut incriminer, ce sont tous les enrichissements personnels (nous venons d’en parler), mais encore les prises de décision irresponsables et souvent très onéreuses : quand un haut cadre de l’administration prend une décision absurde (par exemple : annuler sans solution de rechange [ce fut le cas de à Limbé deux jours avant l’attaque des malfrats] les factions des militaires devant des édifices importants) et/ou inutilement budgétivore, personne ne l’oblige jamais à répondre de sa maladroite appréciation de la situation. Ceci fait des responsables de notre État des irresponsables qui savent qu’ils n’ont de comptes à rendre à personne.
Disons-le une fois pour toutes, notre pays est surtout malade des archaïsmes : il nous faut des hommes politiques décidés à introduire le Cameroun dans la modernité. C’est l’ambition du RDMC de Pierre Mila Assouté.
Düsseldorf, ce 15 décembre 2008
Simon Mougnol
Correspondance du Rassemblement Démocratique pour la Modernité du Cameroun