L'Afrique devrait en tout état de cause s'atteler à sa propre édification au lieu de jouer les guignols au côté d'un Occident obnubilé par ses intérêts propres et son influence à outrance. Le drame de l'Occident, c'est bien de se considérer civilisé dans un monde où il semble fatalement résolu à ne pas se départir de ses turpitudes, au demeurant tout aussi barbares que ces tragédies contre lesquelles il prétend se démener à grand déploiement d’artillerie. Honoré FOIMOUKOM
Au fil des années, les forces de défense camerounaises sont restées au service du chef de l’Etat. Le principe de neutralité de l’outil militaire reste à définir au Cameroun. La constitution du Cameroun ne connaît pas l'armée mais les ''forces armée'' dont le président de la République est le chef. Cela ressort dans l'article 8(2) de la loi constitutionnelle du 18 janvier 1992, dans l'article 16 de la constitution du 4 mars 1960, l'article 12 de la constitution du 1er septembre 1961 et l'article 9 de la version originelle de la constitution du 2 juin 1972.
L'article 6 de la loi du 12 juin 1967, portant organisation de la Défense parle des ''forces de défenses'' et même de ''forces régulières'' en son article 21. L'armée apparaît ainsi comme un appendice de l'institution présidentielle. En effet, la loi du 12 juin 1967, portant organisation de la Défense stipule, en son article 1er que ''la défense a pour objet d'assurer en tout temps, en toutes circonstances, et contre toutes les formes d'agression, la sécurité et l'intégrité de l'État, dans le cadre de la souveraineté nationale. Elle pourvoit au respect des alliances, traités et accords internationaux.'' L'article 2 du décret n° 2001/178 du 25 juillet 2001 qui fait écho de cette disposition énonce que ''les forces de défense ont pour mission d'assurer en tout temps, en toutes circonstances et contre toutes les formes d'agression, la sécurité et l'intégrité du territoire; de pouvoir au respect des alliances, traités et accords internationaux.''
Le rôle de l'armée ne peut s'exercer ainsi que dans le respect des prérogatives du président de la République. La création et la permanence des armées traduisent la conscience que les peuples et les États ont des menaces qui pèsent sur eux. La création de l'armée camerounaise par l'ordonnance n°59/57 du 11 novembre 1959 est censée marquer la rupture avec l'ordre colonial. La doctrine militaire privilégie l'efficacité et la victoire sur le théâtre des opérations.
L'objectif proclamé est la réalisation de la paix,l'unité nationale et le développement. Sur le terrain, l'armée camerounaise doit faire face aux nationalistes qui pratiquent la guerre révolutionnaire avec des appuis à l'intérieur et à l'extérieur du Cameroun. Cette situation nécessite une supériorité opérationnelle. L'emploi des forces armées pour le président Ahidjo vise l'instauration de l'ordre républicain. L'outil militaire est mis au service de la neutralisation des dernières poches de résistance des nationalistes à travers le ciblage des zones et le quadrillage du pays.
Avec le décret n°61/22 du 16 mars 1961 qui porte création et organisation du service des renseignements militaires et de la sécurité des forces armées du Cameroun, les principales missions des forces armées sont déterminées. Il s'agit de rechercher, neutraliser et éliminer les individus ou organisations portant atteinte ou susceptibles de porter atteinte à la sécurité des forces armées ; élaborer les mesures de protection du secret, du moral du potentiel matériel utiles à garantir la sécurité des forces armées et d'en contrôler l'exécution.
Ce plan de guerre aboutit à l'arrestation d'Ernest Ouandié et son élimination. La rébellion est mise hors d'état de nuire.
MESSAGE
La réalisation de l'unification, le 20 mai 1972 après la réunification du 1er octobre 1961 est la conclusion politique de la guerre contre la rébellion. Après cela, il fallait que l'armée camerounaise renforce ses capacités opérationnelles pendant la décennie 1970-1980. Dans son allocution au triomphe de la promotion ''Vigilance'' de l'Emia, le 30 juin 1983, Paul Biya fixe le cap : ''en définitive, sous le signe de la vigilance, la défense est devenue à la fois totale et permanente. Les forces armées n'en représentent qu'un aspect. Leur mission nouvelle, ce n'est plus seulement d'être l'élément de la Nation, mais d'armer moralement, psychologiquement, civiquement la Nation, de manifester sa volonté d'indépendance,de participer au jeu des institutions démocratiques qu'elles ne peuvent garantir qu'en respectant les règles.''
Les années 1990 sont marquées par la fin du communisme, la fin de la guerre froide et les vents d'Est. Ce bouleversement s'accompagne d'une mutation du paradigme sécuritaire. Le Cameroun est touché à l'intérieur par les soubresauts liés à l'apprentissage démocratique et par la guerre de Bakassi à l'extérieur.
Dans son souci de garantir la paix à l'intérieur des frontières camerounaises, l'armée camerounaise va appuyer les autorités civiles dans l'anéantissement de l'opposition camerounaise. La neutralité de l'outil militaire de sera pas toujours de règle. Pour faire face à la nouvelle donne, on assiste à une augmentation des effectifs des forces armées nationales et à la création des unités spécialisées : le bataillon d'intervention rapide (Bir) et le Groupement polyvalent d'intervention de la gendarmerie (Gpign). Le premier n'a pas pu mettre un terme au phénomène des coupeurs de route, le second tarde à porter le coup fatal au grand banditisme. Il serait naïf de croire que c'est leur mission. Le satisfecit du président Paul Biya éclaire à ce sujet.
Dans son message au personnel des forces armées au cours des festivités marquant les 40 ans des forces armées camerounaises, Paul Biya affirme : ''Notre armée a toujours su faire face à toutes les situations. Elle s'est montré apte depuis dix ans, comme par le passé, à remplir les missions qui lui étaient assignées : en 1991- 1992, pendant la période de transition vers le multipartisme, en contribuant au maintien de l'ordre public; depuis 1994, en s'opposant aux tentatives d'atteinte de notre souveraineté et à l'intégrité de notre territoire; et en ce moment même en participant aux côtés des autres forces de l'ordre à la lutte contre la criminalité
urbaine et rurale.''