L'Afrique devrait en tout état de cause s'atteler à sa propre édification au lieu de jouer les guignols au côté d'un Occident obnubilé par ses intérêts propres et son influence à outrance. Le drame de l'Occident, c'est bien de se considérer civilisé dans un monde où il semble fatalement résolu à ne pas se départir de ses turpitudes, au demeurant tout aussi barbares que ces tragédies contre lesquelles il prétend se démener à grand déploiement d’artillerie. Honoré FOIMOUKOM
Cameroun: Paul Biya n'aurait-il plus de projets pour son pays ?
Ecrit par Jean Francis Belibi
05-01-2009
Le chef de l'Etat camerounais P. Biya
Le chef de l'Etat ne fait ni de bilan de l'année écoulée encore moins une projection de ce que sera le Cameroun en 2009.
On a senti comme une certaine satisfaction chez le chef de l'Etat dans le premier volet de son message de fin d'année à ses compatriotes, consacrée à la politique. Si le 31 décembre 2007, c'est d'un air grave que Paul Biya avait ouvert son discours en évoquant les 21 morts du 12 novembre de la même année à Bakassi en annonçant notamment la poursuite des enquêtes pour déterminer les auteurs de l'assassinat des éléments de nos forces de défense, mercredi dernier, c'est avec un certain soulagement qu'il est revenu sur l'aboutissement du processus de révision de la constitution par l'Assemblée nationale le 10 avril 2008 pour se satisfaire de ce que cet acte a permis de "lever une hypothèque qui pesait sur notre avenir politique à moyen terme…". Une hypothèque qui, de l'avis du politologue Mathias Eric Owona Nguini, ne concernait que l'avenir politique de Paul Biya lui-même " La seule hypothèque qui logiquement a pu être levée, c'est celle qui était liée au fait qu'il ne pouvait pas être candidat à l'élection présidentielle tant que l'article 6.2 de la constitution limitait les mandats à deux mandats de sept (07) ans… ".
Ce qui à son avis, ouvre donc l'option d'une autre candidature du président de la République à l'horizon 2011. Paul Biya se satisfait également dans ce qu'il appelle la " bonne tenue de notre économie (qui) nous a permis d'enregistrer quelques progrès : notre taux de croissance s'est redressé et l'inflation a été freinée ", bien que l'on ne relève aucun indice de la croissance enregistrée par notre pays.
Mais quelques faits majeurs sont venus gripper la belle machine. Ils ont pour nom, les émeutes de la faim de février " en protestation contre la hausse du coût de la vie, les pénuries d'eau et d'électricité, le chômage (et surtout) une certaine imprévoyance de la part des pouvoirs publics " comme le reconnaîtra le chef de l'Etat. A ce facteur endogène, Paul Biya a également vu le prolongement de cette crise de la faim sous la forme d'une crise financière internationale. Une crise financière internationale qui ne devrait pas avoir, selon le chef de l'Etat, un grand impact sur l'économie camerounaise. Paul Biya évoque comme argument, un " secteur bancaire qui est sain et un peu en marge du système financier international… ".
Interrogations
Mais un secteur bancaire qui ne pratique aucune politique d'octroi de crédit comme il le reconnaît lui-même " Nous devons convaincre les banques de pratiquer une politique de crédit moins timide… "
Paul Biya avoue néanmoins l'incapacité des autorités camerounaises à cerner véritablement l'impact que pourra avoir cette crise sur notre économie " En raison de l'incertitude qui caractérise les évolutions en cours, il est très difficile d'émettre un pronostic précis sur les effets de la crise pour l'économie de notre pays ". Même si pour faire face à ce phénomène dont il voit la fin " début 2010 ", et relancer l'économie camerounaise, le chef de l'Etat compte notamment sur le développement d'un secteur agricole actuellement plombé par des problèmes de détournements de fonds et d'équipements et le lancement des " grands projets énergétiques, industriels et miniers ".
Au total, c'est un discours qui ouvre plus d'interrogations qu'il n'apporte de réponses aux attentes des Camerounais au moment où le chef de l'Etat semble avoir confié les rênes du pays à la providence " Aide-toi, le ciel t'aidera ". Au rang de ces interrogations, on peut se poser la question de savoir quelles sont les réponses camerounaises à la crise financière actuelle ? Que sont devenues les conclusions des enquêtes ouvertes à la suite de la mort de 21 soldats camerounais à Bakassi, Paul Biya ayant une fois disculpé le Nigeria de toute responsabilité dans cette affaire ? Quel bilan fait-il lui-même des mesures prises à la suite des émeutes de la faim de février dernier ?