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L'Afrique devrait en tout état de cause s'atteler à sa propre édification au lieu de jouer les guignols au côté d'un Occident obnubilé par ses intérêts propres et son influence à outrance. Le drame de l'Occident, c'est bien de se considérer civilisé dans un monde où il semble fatalement résolu à ne pas se départir de ses turpitudes, au demeurant tout aussi barbares que ces tragédies contre lesquelles il prétend se démener à grand déploiement d’artillerie.
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Cameroun: Paul Biya lance à ses concitoyens " aide toi et le Ciel t'aidera" Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Ecrit par Alexandre T. DJIMELI   
05-01-2009
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Paul Biya
Discours flou, perspectives économiques peu précises: que devrait-on retenir du message de "L'homme Lion" à la Nation Le message du chef de l’Etat à la nation le 31 décembre 2008 a davantage une dimension socioéconomique. En lisant le texte, on croit percevoir ce qui constituerait la politique économique du Cameroun. Selon Eliane Mossé, une politique économique est “ un ensemble de décisions cohérentes prises par les pouvoirs publics, et visant, à l’aide de divers instruments, à atteindre des objectifs relatifs à la situation économique d’un pays, la poursuite des objectifs pouvant être recherchés à plus ou moins long terme. ” Celle-ci cherche à modifier l’évolution spontanée ou naturelle de l’activité économique. “ Les priorités que nous nous sommes fixées – relance de la croissance, amélioration du niveau de vie, lutte contre la corruption – constituent ma feuille de route ”, affirme Paul Biya à la fin de son discours. Le président de la République prononce ainsi la décision du gouvernement de faire davantage intervenir l’Etat dans la production, la répartition et la consommation des biens et services.
Comme partout dans le monde, la politique économique du Cameroun s’appuie sur une certaine vision du fonctionnement de l’économie. Loin du “ laisser faire les hommes, laisser passer les marchandises (Vincent De Gournay) ” qu’appelle aujourd’hui une mondialisation dite sauvage, la notion même d’intervention de l’Etat exclut l’économie de marché pure. Mais il ne s’agit pas d’une intervention abusive, dans le sens de l’Etat producteur, comme on l’a par exemple vu avec les Etats nations. “ L’Etat pourra être amené, si nécessaire, à prendre des mesures de soutien à l’économie ”, affirme Paul Biya. Cette déclaration complète une autre qu’il avait déjà énoncée dans son message du 31 décembre 2007. Affirmant que la croissance économique “ est la clef de tous nos problèmes ”, il indiquait que l’Etat devait jouer le “ rôle de facilitateur et de régulateur ”, pendant que les entreprises devaient jouer la partition de “ l’investisseur et de réalisateur ”.
Point de doute, on est là dans une politique économique mixte où l’Etat n’intervient profondément qu’en cas de crise grave pour assurer les grands équilibres. La situation du Cameroun aujourd’hui s’y prête : faiblesse du tissu productif, faiblesse du pouvoir d’achat, taux de chômage et de sous emploi élevé, etc. L’objectif d’une intervention décisive de l’Etat, contrairement aux recettes souvent dictées par les institutions de Bretton Woods (Fmi et Banque mondiale), c’est d’agir pour assurer la solidarité nationale, promouvoir la justice sociale, réduire les inégalités et, in fine, améliorer la qualité et le niveau de vie. La politique appliquée ici est conjoncturelle et vise à maintenir ou à rétablir les grands équilibres économiques et financiers à court terme. Dans le monde, les politiques conjoncturelles oscillent entre politique de stabilisation et politique de relance. “ La politique de stabilisation, expliquent Longatte et Vanhove, vise à freiner l’activité économique, et donc le niveau de prix et de salaires, par les politiques monétaires et budgétaires restrictives ”. Aujourd’hui, il est impensable que le Cameroun adopte une politique de stabilisation, au regard de la stagnation de la croissance.

Soutenir la consommation, stimuler l’emploi, doper la production

La politique qui conviendrait est celle de relance, c’est-à-dire celle qui tend à booster la production, et donc l’emploi, par le soutien de la demande des ménages et des entreprises. C’est ce que Biya proclame avoir choisi. D’où l’engagement : “ Bref, tout ce qui peut concourir à soutenir la consommation devra être envisagé. ” Ce bout de phrase conclut une série de propositions qu’il fait au peuple pour affronter la crise : “ Renforcement et poursuite de la lutte contre la spéculation, haute surveillance de l’évolution des prix des produits de première nécessité, politique de l’emploi plus vigoureuse, … ” comme le défend en effet John M. Keynes, grâce à un soutien à la demande, l’Etat peut intervenir pour modifier la perception que les agents économiques ont de la demande réelle. “ Cette intervention, détaille Jean-Yves Capul, peut s’effectuer par des aides à la consommation, un relèvement des bas revenus et des aides à l’investissement ”.
Les moyens ne manquent pas. De façon traditionnelle pour une politique de relance, l’Etat mobilise deux moyens principaux pour poursuivre ses objectifs : la régulation monétaire et la politique budgétaire. La politique budgétaire ici intègre la politique des revenus et la politique fiscale. Pour le cas du Cameroun, les salaires des personnels émargeant au budget de l’Etat ont connu une augmentation en avril 2008, le salaire minimum interprofessionnel garanti est passé de 23.500 Fcfa à 28.400 Fcfa… Au niveau fiscal, l’on a noté la réduction ou la suppression des taxes et autres droits de douanes sur certains produits de première nécessité ou stratégiques importés, l’objectif étant de stabiliser les prix qui suivent la courbe du marché international et de relever par le même fait le pouvoir d’achat.
En 2009, Paul Biya voudrait s’appuyer sur une réalisation optimale du budget et une augmentation du taux de consommation des fonds provenant de l’annulation de la dette. Le budget du Cameroun, pour l’exercice 2009, est évalué à 2.301,4 milliards de Fcfa. 22% est consacré à l’investissement. Il affirme que le gouvernement devra l’utiliser au mieux, afin que l’on s’éloigne des taux dérisoires de réalisation du budget d’investissement de 20% à certains endroits du pays. “ Nous devons aussi convaincre les banques de pratiquer une politique de crédit moins timide, en leur donnant éventuellement des garanties. Nous devons enfin canaliser l’épargne populaire qui est loin d’être négligeable, vers des projets rentables à court terme ”, préconise le président. La logique est simple : stimuler la demande pour accroître l’offre des entreprises qui, afin de maximiser leur production, devraient recruter pour réduire le chômage. L’Etat camerounais voudrait aller plus loin, notamment en poursuivant les recrutements dans les services publics (fonction publique) pour donner la chance aux Camerounais de mieux consommer. Y arrivera-t-on ?

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