Pensée du Jour
L'Afrique devrait en tout état de cause s'atteler à sa propre édification au lieu de jouer les guignols au côté d'un Occident obnubilé par ses intérêts propres et son influence à outrance. Le drame de l'Occident, c'est bien de se considérer civilisé dans un monde où il semble fatalement résolu à ne pas se départir de ses turpitudes, au demeurant tout aussi barbares que ces tragédies contre lesquelles il prétend se démener à grand déploiement d’artillerie.
Honoré FOIMOUKOM
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Cameroun : A propos du énième incident maritime survenu aux larges des côtes camerounaises |
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Ecrit par Adrien Lemdja
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27-01-2009 |
 Adrien Lemdja La récente attaque des pirates de la mer aux larges de KRIBI vient s’ajouter malheureusement à la longue liste des actes du même type dont le Cameroun a été victime ces derniers mois. Bien que nous ayons préconisé plus d’une fois aux autorités camerounaises, la création d’un conseil national de sécurité, force est de constater que celui-ci seul ne suffirait pas à enrayer voire à endiguer ce fléau des temps modernes. Pourquoi ?
Arrêtons-nous un seul instant sur l’article 1 de l’acte de création du CNS en son alinéa 2.
Article premier
- (1) Il est créé: à compter de la date de signature du présent décret, un Conseil national de sécurité en abrégé «CNS» et ci-après désigné: « Le Conseil»
(2) Le Conseil est appelé à :
- faire périodiquement la synthèse des renseignements intéressant la sécurité intérieure et extérieure de la nation;
- formuler des propositions d'orientation de renseignement prévisionnel;
- donner son avis sur tout dossier à lui soumis par le président de la République.
En effet le CNS est sensé « faire périodiquement la synthèse des renseignements intéressant la sécurité intérieure et extérieure de la nation ».
Point besoin d’être un excellent exégète des textes administratifs pour comprendre que la matière première de ce conseil est le renseignement.
Faut-il encore que l’on s’entende sur la nature de ces renseignements, les moyens mis en œuvre pour les obtenir et surtout les méthodes pour les transmettre sans manipulation aux plus hautes autorités de l’Etat ?
Sans oublier de dresser l’inventaire des moyens administratifs, humains et matériels à mettre à la disposition de nos forces de défense, une fois les renseignements glanés, afin qu’elles puissent avoir une réactivité à la hauteur des menaces.
Un bref rappel historique nous enseigne que l’organisation du renseignement au Cameroun a suivi l’évolution politique, économique et socioculturelle du pays.
Et que celle-ci a conditionné la nature, la substance des renseignements requis par les autorités politiques.
Le Cameroun dès 1957 connaît une rébellion armée menée par certains partisans de l’Union des Populations du Cameroun (U.P.C), parti politique interdit d’activité. Cette rébellion qui connaît des ramifications à l’extérieur poursuivra ses activités même après l’accession du pays à l’indépendance, pourtant l’une de ses revendications majeures.
La décision n°1050 du 26 mars 1960 créant le Bureau d’Etudes et de Documentation, rattaché à la Présidence de la République et socle de l’édifice du renseignement constituera un moyen pour l’autorité étatique de court-circuiter l’action de la rébellion grâce à un accès aux informations à elle destinée. Le décret n°55, pris en date du 8 décembre 1961 créant le Service d’Etudes et de la Documentation (SEDOC) vient parachever l’entreprise de fixation d’un organe étatique en charge du renseignement.
Les activités du SEDOC sont pleines d’ambiguïtés. D’une part, il s’agit de la collecte, l’analyse et la diffusion d’informations sur des pays et organisations étrangers présentant un caractère officiel, professionnel et légal ; d’autre part, l’organisation d’actions de l’ombre telle que la planification d’opérations belliqueuses. Cet organe assure auprès du Président de la République, le renseignement stratégique. Son rôle sera fondamental dans la neutralisation de la « rébellion armée » qui, faut-il le souligner, était plus ou moins soutenue par des Etats à vocation communistes tels que la Chine, le Ghana ou l’Algérie. Les renseignements concernant l’activisme de ces réseaux extérieurs étaient transmis au SEDOC par le canal des services spécialisés tel le BURFAN (Bureau de Renseignements des Forces Armées) qui centralisait toutes les informations relatives à l’activité et l’organisation militaire de la rébellion.
Le 2 mai 1969, le SEDOC était transformé par décret en Direction Générale des Etudes et de la Documentation (DIRDOC). Le 21 novembre 1975, un autre décret transforme la DIRDOC en Centre National de la Documentation (CND). Le 3 février 1986 est créé le Centre National des Etudes et de la Recherche (CENER) qui constitue dès lors la centrale du renseignement rattachée à la Présidence de la République. Contrairement à ses prédécesseurs, l’activité du CENER a une visibilité extérieure. En dehors des services centraux, le CENER dispose dans les zones les plus sensibles du territoire et à l’étranger - le poste de troisième conseiller au sein des missions diplomatiques du Cameroun fut généralement réservé aux personnels du CENER - des postes de recherche, des brigades mixtes mobiles.
Passée la rébellion, il s’est progressivement implanté au Cameroun la dictature du Parti unique dont le CENER s’est avéré être l’un des bras oppresseurs, c'est-à-dire une police politique du régime en charge de la « traque » des opposants et tous ceux qui étaient étiquetés comme tels par le pouvoir établi à Yaoundé.
D’ailleurs Mr Jean FOCHIVE, le « Fouché » camerounais ne dit pas autre chose dans ses révélations au journaliste Frédéric FENKAM.
Depuis 1990 la donne a changé avec la mise en œuvre de la « démocratie » (adoption des lois sur la liberté d’association en décembre 1990, liberté d’expression assez affirmée etc.…) et l’exhortation de la communauté internationale au respect des droits de l’homme par les gouvernants. Le CENER - de triste mémoire pour le commun des Camerounais -, a été transformé par l’autorité étatique en Direction Générale de la Recherche Extérieure (DGRE) avec des missions floues et prioritairement orientées dans le renseignement dit opérationnel, le renseignement prévisionnel et le renseignement économique.
Il apparaît donc que l’histoire du renseignement au Cameroun ne peut être dissociée de l’évolution de la société, faite d’ajustement et de réajustement pour coller au contexte ambiant. C’est un fait.
Toutefois, nous estimons que le renseignement doit s’abstenir de toute instrumentalisation par les politiques pour des besoins de préservation d’un régime.
Le renseignement doit être aujourd’hui un outil de soutien à la sécurité nationale. Il doit constituer une donnée immanente à la défense.
L’orientation de son activité doit être axée vers les menaces immédiates pesant sur l’environnement national et/ou international de sécurité. De ce fait, si entre 1960-1970 le renseignement était orienté vers la lutte contre la rébellion de l’UPC ; 1970-1990 à la traque des opposants politiques, aujourd’hui l’une de ses tâches majeures doit être la prévention contre les actes de terrorisme notamment maritime, de criminalité transfrontalière, de déstabilisation politico-économique et socioculturelle de l’Etat.
Comment y parvenir ?
- Par une organisation optimale de nos services de renseignements
Aujourd’hui la communauté camerounaise du renseignement s’ « abreuve » à plusieurs sources dont la complémentarité et la cohérence ne sont point avérées.
Cette multiplicité voulue pour des raisons évidentes d’auto neutralisation crée non seulement des dysfonctionnements mais surtout empêche les autorités politiques d’avoir les bons renseignements, au bon moment afin de prendre les bonnes décisions.
Les discours discordants et couacs des différents acteurs de la chaîne du renseignement dans les affaires de BAKASSI et de LIMBE sont là pour nous le rappeler.
Pire l’enlèvement de l’opposant équato-guinéen Cipriano NGUEMA MBA, réfugié politique au Cameroun, avec la complicité présumée de deux policiers camerounais et surtout « au nez et à la barbe » de nos services de renseignements, plaide en faveur de leur reprise en main suivi de leur refonte générale.
Cette refonte serait basée d’une part sur la complémentarité, la cohérence de leurs objectifs et d’autre part sur la synergie des moyens mis en œuvre.
Concrètement elle pourrait s’articuler autour des services ci- après cités et sur lesquels s’appuierait le CNS:
* DCRG « Direction centrale des renseignements généraux » chargés du renseignement d’ambiance (état de la situation sociale par exemple),
* DST « Direction de la surveillance du territoire » chargée de lutter contre les tentatives de déstabilisation du territoire national (contre espionnage, intelligence économique), ces deux premières entités réunies au sein d’un « FBI » à la camerounaise.
* DRM « Direction du renseignement militaire » chargée de collecter tout renseignement d’ordre militaire sur nos ennemis potentiels et/ou avérés,
* DSPM « Direction de la sécurité et protection militaire » chargée de veiller à la discipline des militaires et de lutter également contre les risques de déstabilisation de l’institution militaire,
* DGRE « Direction générale pour la recherche extérieure » chargée de la collecte à l’extérieur du territoire du renseignement utile à la prise des décisions politiques, diplomatiques, économiques et militaires.
On voit bien qu’à la lumière des événements survenus ces derniers mois, nos services doivent se soumettre et s’adapter aux enjeux sécuritaires du moment.
Il en va de même pour leurs agents qui doivent impérativement opérer leur mutation face à un ennemi parfois invisible, utilisant des méthodes peu conventionnelles sous peine de « mordre la poussière » et ainsi perdre toute crédibilité au sein de la nation.
- Par une réhabilitation du métier d’agent de renseignement
En effet, contrairement à la légende populaire camerounaise qui attribue à tort ou à raison aux agents de nos services de renseignement, la paternité de certains meurtres, le métier d’agent de renseignement est un métier noble, qui requiert de l’intelligence, du courage, de l’abnégation voire un esprit de sacrifice suprême au service de l’état et non des individus.
Sa mission première est la collecte et l’analyse d’informations à caractère politique, économique, militaire afin d’alimenter un S.I.A.D - Système interactif d’aide à la décision - des gouvernants sans lequel ceux-ci seraient aveugles, sourds et muets face à une menace ou acte de déstabilisation.
L’agent de renseignement tout comme le policier, le gendarme ou le militaire, ne devrait souffrir d’aucune mauvaise réputation au sein de l’opinion publique.
Il est donc nécessaire de réhabiliter ce métier. Nos responsables seraient par conséquent inspirés en organisant des « opérations portes ouvertes » ou des campagnes de présentation de leurs missions et surtout en recrutant les futurs agents au sein de nos meilleures institutions universitaires à l’instar du MI5 en Grande Bretagne.
- Par l’utilisation des moyens de renseignements adéquats
Aujourd’hui, la configuration des théâtres d’opération ne permet pas toujours avec aisance l’utilisation dans de bonnes conditions des moyens techniques modernes dont sont dotées les unités d’intervention ou de renseignements. Au niveau technique les aspects propres au commandement, contrôle et communication présentent des difficultés réelles du point de vue organisationnel. Pour pallier les insuffisances du recours à la technique (écoutes téléphoniques, surveillance de la cybercriminalité, stations radars), le renseignement humain doit jouer un rôle prépondérant. La fonction de renseignement tend à se fusionner avec les affaires civiles et les opérations psychologiques ou d’information.
Si l’on pose par exemple une réflexion sur les opérations en milieu urbain, aux frontières maritimes (BAKASSI) et terrestres (TCHAD et CENTRAFRIQUE), l’on s’aperçoit que les difficultés rencontrées par les forces de défense résident en majorité dans l’action des milices armées, bandes criminelles ou des réseaux diffus d’opposition parfois dissimulés dans la population. Ces oppositions par leur nature dépendent rarement d’un réseau de communication électronique élaboré tel que celui utilisé par les armées. Ils se rapprochent plutôt du mode d’organisation d’une guérilla, d’un mouvement terroriste, ou d’une organisation criminelle.
En conséquence, l’organisation du renseignement dans la projection interne des forces tendra à adopter des modèles d’organisations et des techniques qui se rapprochent de ceux utilisés dans le cadre d’opérations de contre-insurrection. Cette dernière option mettra l’accent sur l’action civile, des opérations psychologiques et de propagande et de la nécessité d’intégrer le renseignement dans les stratégies de « conquête » des populations.
Quant à la piraterie maritime, certains états africains notamment de l’Afrique occidentale ont déjà mis en place des radars de surveillance de leur côte maritime. Nous pouvons citer le cas du Bénin dont les forces navales disposent désormais de moyens de détection et d’identification performants lui permettant de contrôler la navigation dans une partie de son domaine maritime. C’est ainsi qu’un radar de surveillance côtière d’une portée théorique de 90 nautiques équipé d’un A.I.S., ainsi qu’un centre de commandement et de contrôle des opérations maritimes ont pu être récemment mis en place à Cotonou dans le cadre de l’Action de l’Etat en Mer et ce, par le biais de la coopération militaire française.
Ce premier radar permet dans la pratique de pouvoir contrôler le trafic maritime s’étendant du Nigeria jusqu’aux parages de Grand-Popo.
Notre pays pourrait proposer à ses voisins du golfe de guinée un système intégré de surveillance maritime des côtes au sein duquel chaque pays disposerait certes d’un système national mais celui-ci serait néanmoins interopérable avec ceux des voisins.
Tous partageraient en temps réels les informations liées aux trafics maritimes et aux intrusions des pirates dans leurs zones d’exclusions et pourraient solliciter pourquoi pas l’intervention de l’une ou plusieurs des marines en liaison avec nos partenaires présents (France, Etats-Unis).
- Par l’acquisition et l’utilisation des moyens de réactions rapides
Le renseignement étant le nerf de la guerre que doit mener notre pays contre ces nouvelles menaces, l’intervention rapide autrement dit la réactivité de nos forces de défense n’en constitue pas moins la solution appropriée.
Nos forces de défense doivent être, en nombre suffisants, entraînés en fonction du type de menace, des théâtres d’opérations et surtout disposer de moyens adéquats pour intervenir.
La récente remise des diplômes aux 800 éléments du BIR (bataillon d’intervention rapide) qui s’est déroulée au centre de perfectionnement de l’armée à OMBE, dans le Sud-ouest, n’aura de sens que si ces derniers disposent :
• de moyens d’intervention rapide en tous lieux (terre et mer) : véhicules blindés légers, de transport tout terrain, des moyens de communication fiables, embarcations ultra rapides, hélicoptères et avions légers d’observation et de projection rapides etc.…
• de moyens d’intervention rapide en tous temps (de nuit comme de jour) : équipements de combat nocturne, etc.…
Ces dotations urgentes de matériels doivent néanmoins s’inscrire à l’avenir dans une loi de programmation militaire votée par le parlement après l’élaboration et la rédaction d’un livre blanc sur la défense auquel auront participé dans des conditions de confidentialité assurée de nombreux acteurs politiques, diplomatiques, militaires et de la société civile.
L’attaque de LIMBE a soulevé par ailleurs un autre problème inquiétant. En effet, les rebelles nigérians, puisque les premiers indices relevés sur le théâtre des opérations le laissent croire, ont avancé de manière plus osée. Au point où les médias ne se sont pas privés, eux qui ont qualifié à tort, me semble-t-il, nos forces de l’ordre et de défense d’incompétentes, d’incapables, de laxistes…
Parce que, affirment-ils, LIMBE ce n’est pas n’importe quelle ville camerounaise. En plus d’abriter la Société nationale de raffinage (SONARA), c’est aussi la principale cité balnéaire du pays, la plus fréquentée des touristes qui visitent le Cameroun. Donc, rien que pour ces deux raisons, des malfrats n’auraient pas dû opérer ainsi sans être inquiétés. Et ce, pendant des heures.
Seulement, si on peut se poser des questions sur l’inertie des forces de première et de deuxième catégorie (police et gendarmerie), force est de noter que l’intervention des troupes de troisième catégorie aurait été impossible dans ce contexte. Une indiscrétion affirme d’ailleurs que même si la SONARA avait été attaquée, il aurait fallu, avant toute riposte, déclencher une procédure administrative pour ordonner le déploiement de la compagnie censée assurer la sécurité de la raffinerie.
Et c’est à ce niveau que se situe le problème, comme on l’a d’ailleurs vu au cours des événements de février 2008 à Yaoundé. La garde présidentielle, la brigade du quartier général, le bataillon léger d’intervention et le bataillon des troupes aéroportées ne sont intervenus que lorsque le périmètre de sécurité de la présidence de la République avait été franchi. Et ce, après que la police et la gendarmerie aient été littéralement débordées.
A LIMBE, la même indiscrétion explique que le bataillon spécial amphibie, spécialiste des combats en mer et en zone de mangrove, les forces déployées dans le cadre de l’ex opération Delta ne pouvaient rien faire. A cause de la bureaucratie. Alors qu’en face, les assaillants ont utilisés de véritables armes de guerre, qui ont occasionné les dégâts qu’on a pu constater. En face des rebelles nigérians donc, les militaires camerounais étaient désarmés non pas sur la plan de la combativité, la bravoure ni du matériel de riposte mais sûrement par rapport aux règles d’engagement en vigueur. Règles désuètes aujourd’hui et qui méritent d’être revues et corrigées.
Après donc les attaques des rebelles nigérians du 11 novembre 2007 qui ont fait 21 morts, dont deux officiers, dans les rangs du groupement opérationnel de l’armée camerounaise stationné à BAKASSI. Celles du 9 juin où un sous-préfet et cinq soldats furent assassinés dans la même zone. Celles du 12 juillet 2008 où 3 militaires furent blessés et un tué par les hommes armés à BAKASSI. Celles du 28 septembre 2008 où près de 250 millions furent emportées au terme d’une attaque perpétrée par une cinquantaine d’hommes dans les banques de LIMBE. Et enfin la dernière en date à KRIBI, il est temps que l’Etat restaure son autorité avant que la psychose de la peur ne s’empare de l’ensemble de la population, des investisseurs étrangers et ce, sur toute l’étendue du territoire
© Correspondance : Adrien Lemdja
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Dernière mise à jour : ( 27-01-2009 )
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