L'Afrique devrait en tout état de cause s'atteler à sa propre édification au lieu de jouer les guignols au côté d'un Occident obnubilé par ses intérêts propres et son influence à outrance. Le drame de l'Occident, c'est bien de se considérer civilisé dans un monde où il semble fatalement résolu à ne pas se départir de ses turpitudes, au demeurant tout aussi barbares que ces tragédies contre lesquelles il prétend se démener à grand déploiement d’artillerie. Honoré FOIMOUKOM
MIRIAM MAKEBA, LA CHANTEUSE COMBATTANTE N'EST PLUS
Ecrit par Syrie SOH
17-11-2008
La grande militante africaine qui à travers sa musique s’est battue contre l’apartheid et les discriminations, s’est éteinte en Italie à la suite d'une suite cardiaque après un concert à Naples. Elle avait 76 ans et participait à un concert en soutien à l’écrivain Robert SAVIANO, menacé de mort.
Rien que le nom de cette diva africaine évoque dans les esprits de tous des sonorités familières, des chansons inaltérables et une puissance vocale sans commune mesure qui ont fait frémir et vibrer des générations entières depuis les années 50. Mais, l’auteur de Pata Pata (1956) n’est pas qu’une chanteuse ordinaire. Née le 04 mars 1932 à Johannesburg (Afrique du Sud), Miriam Makeba, puisqu’il s’agit d’elle, va connaître un destin singulièrement dramatique. Elle fait ses premier pas dans la chanson avec le groupe Cuban Brothers avant de devenir à l’âge de 20 ans choriste dans le groupe Manhattan Brothers, qui va la faire connaître à travers des tournées dans toute l’Afrique du Sud, le Congo et la Rhodésie jusqu’en 1957. Puis vient le groupe vocal féminin Skylarks, et en 1959 le groupe "King Kong", sorte de comédie musicale, qui met en scène l’histoire d’un boxeur qui tue son amoureuses et meurt plus tard en prison. Cette musique connaîtra un franc succès en Afrique du Sud, et pour éviter les lois racistes de l’apartheid, c’est dans les universités qu’elle va être le plus souvent jouée.
La vie de Miriam prend une tournure particulière en 1959, lorsqu’elle accepte de participer au documentaire que le cinéaste américain Lionel Togosin réalise pour dénoncer le régime de l’apartheid en Afrique du Sud (Come Back Africa), de même que l’invitation à faire le déplacement en Italie pour présenter le film au Festival de Venise. La colère des autorités sud-africaines quant à la dénonciation de leur système dans ce film décide Miriam Makéba à ne plus rentrer en Afrique du Sud après le festival. Son passeport est d’ailleurs révoqué et il lui est interdit de rentrer dans sa patrie. Elle va entamer ainsi une période d’exil qui la tiendra hors de sa terre natale pendant 31 longues années. Elle se retrouve d’abord à Londres, puis avec le concours de l’artiste Harry Belafonte, elle émigre aux Etats-Unis et en 1969 elle est obligée de se retirer en Guinée. Miriam Makeba est la première chanteuse noire sud-africaine à s’exiler du fait de l’apartheid.
Un vie de combats
Makeba quitte le régime ségrégationniste sud-africain pour découvrir une Amérique raciste où les Noirs font également l’objet de lois scélérates qui les tiennent en marge de la société. Le combat pour les droits civiques y fait rage. Makeba se fait alors le porte-voix de ces peuples opprimés, dénonçant à chaque occasion le racisme qui gangrenait la société américaine et le régime de l’apartheid qui sévissait chez elle. Chacun de ses concerts est une opportunité pour rappeler à l’attention de la communauté internationale les atrocités dont sont victimes les Noirs du seul fait de la couleur de leur peau. En outre, les fonds collectés lors de ses concerts ont constitué l’une des principales ressources pour les combattants de la liberté et de l’égalité des races. Des mouvements comme l’ANC et bien d’autres ont trouvé là un soutien important pour leurs activités.
Aucune souffrance n’a pu faire plier l’auteur de I Shall Sing. Ni l’interdiction d’avoir à assister aux obsèques de sa mère, ni l’éloignement de sa famille. Face à chaque situation difficile, elle a trouvé une inspiration nouvelle pour continuer son combat. Sa vie sentimentale n’échappe pas au tumulte ambiant. Elle a partagé pendant quelques années la vie du trompettiste Hugh Masek, et a été mariée avec le militant des droits civils africain-américain Stokely Carmichael, chef des Black Panthers en 1969. Ce mariage est pour elle la cause de sérieux ennuis aux Etats-Unis et elle doit s’obliger une fois de plus à l’exil. Elle retrouve la terre d’Afrique par la Guinée. C’est à sa sortie de prison en 1990 que Nelson Mandela décide la chanteuse/combattante à retrouver son homeland.
De nombreuses distinctions honorifiques, de nombreux prix sont venus récompenser la bravoure de cette militante hors du commun. La chanson Malcom X interpelle les peuples noirs à entreprendre le combat révolutionnaire afin de rendre le monde meilleur. C’est, au-delà de toutes les décorations possibles, la récompense la plus forte que les Blacks offriront à leur Mama Africa. Miriam Makeba reste à tout jamais dans nos cœurs, l’ange de la liberté, de la paix et de l’amour, qu’elle chante si bien en swahili dans le titre tanzanien « Malaïka ».