L'Afrique devrait en tout état de cause s'atteler à sa propre édification au lieu de jouer les guignols au côté d'un Occident obnubilé par ses intérêts propres et son influence à outrance. Le drame de l'Occident, c'est bien de se considérer civilisé dans un monde où il semble fatalement résolu à ne pas se départir de ses turpitudes, au demeurant tout aussi barbares que ces tragédies contre lesquelles il prétend se démener à grand déploiement d’artillerie. Honoré FOIMOUKOM
Tous les Etats africains devraient soutenir le Zimbabwe de Robert Mugabe
Ecrit par Aminata Traoré/ Biaka Zasséli/ Leader Africa
20-12-2008
Robert Mugabe, un exemple à suivre par la jeunesse africaine
Entretien avec le professeur Biaka Zasséli qui affirme que la révolte de la jeunesse africaine passe par une éducation au patriotisme et la maitrise de l'information.
Le président zimbabwéen Robert Mugabe a remis à leur place les va-t-en-guerre Occcidentaux (et leurs relais sur le continent africain)qui appellent vainement à sa démission : "Jamais, au grand jamais je ne vendrai mon pays. Jamais, jamais, je ne me rendrai, jamais", a affirmé M. Mugabe. "Vous ne m'intimiderez pas", a-t-il lancé aux pays, occidentaux qui réclament son départ. "Vous pouvez menacer de me décapiter, je crois ceci, et rien ne m'en fera démordre : le Zimbabwe nous appartient, il n'appartient pas aux Britanniques."
Devant le congrès de son parti, l'Union nationale africaine du Zimbabwe - Front patriotique (Zanu-PF), dans la petite ville minière de Bindura, le Président Robert Mugabe reprenait son antienne contre la recolonisation du pays qui menace selon lui le Zimbabwe en son absence.
Dans le quotidien d'Etat The Herald vendredi, il avait déjà fait fi des pays occidentaux qui tentent de le pousser à démissionner ou à accepter un gouvernement d'union avec son rival Morgan Tsvangirai totalement monté par les britanniques pour destabiliser le Zimbabwe et pousser Mugabe à quitter le pouvoir. Peine perdue car les africains font bloc avec le président légalement elu de Zimbabwe. Et le Président sud-africain a bien répété que les occidentaux ne devaient pas compté sur l'Afrique du sud pour destituer un président démocratiquement élu.
Zimbabwe, ces verités que l'Occident tente de cacher
Les médias occidentaux et leurs mandants ont dit tout ou presque sur la crise au Zimbabwe. Sauf qu'ils n'ont même pas effleuré l'essentiel : l'origine de la crise qui secoue cet important pays de l'Afrique australe.
Le professeur Biaka Zasséli, professeur de philosophie, doyen de l'URF des Sciences de l’homme et de la société de l'Université d'Abidjan, lui, ne se fait pas tirer les oreilles pour rappeler ces faits, têtus, dont les confrères étrangers se gardent de parler.
La guerre de libération, la proclamation de l'indépendance, la prise des armes par le MDC (parti des Blancs), les accords signés entre Mugabe, les Etats-Unis et la Grande-Bretagne pour le rachat des terres et qui n'ont jamais été respectés... le professeur Biaka passe tous ces sujets au peigne fin.
Des révélations à vous couper le souffle mais qui vous aideront à comprendre le bien-fondé des pressions diverses exercées sur le vétéran Mugabe.
Professeur, vous êtes un spécialiste des conflits et vous connaissez bien le Zimbabwe. Que se passe-t-il exactement dans ce pays ?
Pr. Biaka Zasséli: Il se passe que les forces internationales ont décidé de liquider ce pays. Voilà un pays qui était parmi les plus occidentalisés de l’Afrique. Le Zimbabwe, c’est la Rhodésie. C’était un pays dirigé par des Européens, à l’image de l’Afrique du sud. Le mouvement de libération arrive à terme. Mugabe prend le pouvoir, il refuse de le céder aux Européens et d’être un homme de paille. Conséquence, il doit faire face à une rébellion armée conduite par le MDC, le parti des Blancs, pendant 10 ans. Puis, on signe des accords. Mugabe ne voulait pas arracher les terres aux Blancs, il voulait les racheter, ce qui est moralement juste. Le MDC revient comme parti politique après avoir abandonné la rébellion. Il se donne un dirigeant noir, Morgan Tswangirai, pour partir à l’assaut du pouvoir après avoir, par les ajustements structurels, affaibli complètement le pays et le gouvernement. C’est comme ça qu’on va aux élections et que des problèmes se posent.
Vous ne parlez pas de cette affaire de choléra qui tue les populations sans que le gouvernement ne semble ému…
B.Z. : Le choléra est une autre dimension de la crise du Zimbabwe. C’est une autre arme utilisée contre le Zimbabwe pour dégrader son image du Zimbabwe et l’affaiblir. Le choléra, en tant que tel, est-il un problème ? C’est une maladie ! Cette épidémie, la Côte d’Ivoire l’a connue, le Burkina l’a connue ! Et au Zimbabwe, on proclame que c’est un homme qui en serait responsable parce qu’il est le président. C’est l’amplification d’un événement pour discréditer un peu plus le président des Zimbabwéens. L’objectif est de faire croire qu’il y a péril en la demeure pour justifier l’assaut, afin que le Zimbabwe soit pris par le bloc qui dirige le monde. C’est tout !
Vous avez dit que le MDC s’est donné un dirigeant noir. Parlez-nous un peu de ce parti.
Le MDC est un parti de Blancs. Il a été créé au lendemain de l’indépendance en 1980. De 1980 à 1990, le MDC a mené une rébellion armée contre Mugabe, avec l’appui de l’Afrique du sud de l’Apartheid et des Etats-Unis. A l’indépendance, le MDC qui ne représente que 10% de la population accepte de rentrer dans la République et utilise son pouvoir financier pour recruter des militants. Mais comme la politique européenne est toujours basée sur la division ethno-tribale, ils se sont appuyés sur les groupes ethniques opposés à l’ethnie de Mugabe pour arriver à faire du MDC, un parti politique. Aujourd’hui, pour la campagne électorale, ils ont reçu de l’argent des Etats-Unis. Résultat : Tswangirai a pensé qu’il a gagné. Le MDC est un parti de Blancs, un parti rebelle, un parti de connivence avec les intérêts internationaux. Le MDC est un parti qui utilise un Noir pour se donner une couleur locale, autochtone, une couleur de la majorité avec laquelle il lui devient possible de prendre le pouvoir.
Le MDC est comme tous ces partis qui sont nés à partir de 1990, en Afrique, et dont le but était de remplacer les partis uniques. Des partis dirigés la plupart du temps par des technocrates venus de la Banque mondiale, du FMI, de la jet set économique. Ceux qui ont créé de nouveaux partis partout dans le tiers monde, ont créé des problèmes socio politiques. Même la Côte d’Ivoire se trouve dans ce cas. Ces nouveaux partis sont nés avec une seule visée : s’emparer du pouvoir pour permettre la mise en application d’un No man’s land économique qui irait de l’Asie à l’Amérique du sud, où il n’y aurait ni loi, ni règle et où les investisseurs occidentaux pourraient investir tous les capitaux sales de la mafia. Voilà !
Vous semblez dédouaner Mugabe sur toute la ligne. N’y a-t-il rien à lui reprocher ?
Si ! C’est d’avoir cru que les Européens pouvaient œuvrer à l’indépendance réelle d’un Etat africain. Cela a été sa grande erreur. C’est l’erreur innocente de tous les leaders africains d’avoir cru en l’Europe, et de n’avoir pas compris que les Occidentaux, par les indépendances, mettaient en place de nouvelles stratégies de domination qui leur revenaient moins chères. Parce que dominer avec des hommes sur le terrain coûte plus cher que dominer par des structures internationales. La preuve, lorsqu’en Côte d’Ivoire, le président Houphouët que tout le monde sait pro occidental, dit que le prix des matières premières n’est pas bon, la Côte d’Ivoire est immédiatement asphyxiée, vous comprenez !
Moi, je ne parle pas des hommes. J’ai à faire à un système qui fonctionne et dont le but est de maintenir toute l’Afrique, toute l’Amérique du sud, toute l’Asie, sous le contrôle de l’Occident (…)
Ce sont des techniques politiques mises en œuvre comme celle qui commence en 2003 en Côte d’Ivoire. Ici, c’est le lieu d’expérimentation du «power share», c'est-à-dire un gouvernement qui ne bouge pas, qui ne marche pas, qui ne fait rien, qui laisse le pays tel qu’il est et qui permet son exploitation à moindre coût. Ce qu’on a appliqué en Côte d’Ivoire, on a voulu l’appliquer au Cameroun, en Guinée. Qu’a-t-on demandé au Zimbabwe ? On a demandé au Zimbabwe d’appliquer la même politique qu’en Côte d’Ivoire. Un gouvernement de transition qui serait un gouvernement d’union et dont le seul but est de ne pas fonctionner. Voilà !
Vous êtes excessif contre les gouvernements d’union…
Non, pas du tout. Le gouvernement d’union est un gouvernement non gouvernemental. Son but est d’empêcher le fonctionnement de l’Etat. Et quand l’Etat ne fonctionne pas, chacun peut faire ce qu’il veut puisqu’il appartient à un parti. Et tous les vols, toutes les escroqueries deviennent possibles. Le gouvernement d’union nationale est la foire à la dislocation de l’Etat. C’est la braderie comme il y en a à Belleville, à Kouté, à Koumassi. On vend ce qu’on veut comme on peut, à moindre coût, parce que le pays est considéré comme étant en fin de cycle.
Vous comparez la Côte d’Ivoire au Zimbabwe.
Oui ! Pour comprendre la crise du Zimbabwe, prenez le schéma ivoirien et vous verrez que, point par point, étape par étape, c’est le même. Ils sont là où nous étions en 2003. Premier point, le “power share”, le gouvernement d’union. Deuxième point, nous avions la crise des enfants qui travaillent dans les plantations, eux, ils ont le choléra. Nous avons eu la crise du président qui n’avait que des partisans traités de voyous et de délinquants. Là-bas, il a ses vétérans eux aussi traités de voyous et de délinquants.
Vous parlez de gouvernement d’union que vous maudissez. Mais il y a quand même la réforme agraire qui est le point de départ de la crise !
La réforme agraire, c’est ce qu’il ne fallait pas faire. Pour la simple raison qu’elle mettait en péril les grandes sociétés agro-alimentaires d’Angleterre. Toutes ces terres appartiennent aux Anglais, aux grandes sociétés anglaises. Engager la réforme agraire, c’est leur arracher les terres, les mettre en valeur pour les nationaux, les Zimbabwéens eux-mêmes.
Il y a quand même eu des accords passés entre Mugabe, la Grande Bretagne et les Etats-Unis…
Oui, il y a eu les accords de Lancaster house. Pendant la signature de ces accords, il a été dit que les Etats-Unis et l’Angleterre accompagneraient la réforme agraire en prêtant de l’argent au Zimbabwe pour que le président Mugabe qui, sur ce point, a été un homme très moral, fasse bien son travail. Il a dit : “On ne peut pas arracher des terres qui ont appartenu à des pères et à des grands pères, à leurs descendants. On ne peut que les racheter pour que nous puissions aboutir à un pays vraiment libre, pour ne pas accumuler les rancœurs”. Ce qui a été accepté. Mais lorsqu’on arrive à la période de financement et que le Zimbabwe demande que les Etats-Unis tiennent leur engagement, la Secrétaire d’Etat américaine qui était d’origine irlandaise dit qu’elle n’avait pas à gérer des affaires de colonisation. Et ils n’ont jamais donné cet argent.
La réforme agraire n’a jamais pu avoir lieu alors que les programmes d’ajustement structurel avaient déjà épuisé le pays. Des programmes imposés pour que l’accompagnement ait lieu. Partout où vous mettez un programme d’ajustement structurel, vous créez une crise sociale. Et lorsque le pays est affaibli, alors tout devient possible. C’est comme ça que le MDC a pu sortir de la minorité en recrutant les fermiers, les pauvres, avec l’argent donné par les Américains. Comme je le dis toujours, quand vous êtes trop pauvre et que vous n’avez plus que la survie comme objectif majeur, alors vous n’êtes plus un homme. La pensée vient lorsque l’homme a l’intelligence de comprendre. Mais il n’a l’intelligence de comprendre que lorsque toute son intelligence n’est pas tournée vers la survie. Les Zimbabwéens, réduits à la misère, étaient la proie facile du MDC.
C’est dans ces conditions que le MDC a remporté le premier tour de la présidentielle devant la Zanu-PF de Mugabe…
Oui, mais au fond, il s’agit de ce même Mugabe, celui qui a permis les législatives. C’est lui qui a organisé le premier tour de la présidentielle. Alors, pourquoi veut-on que celui-ci devienne un monstre ? Il a pu perdre le premier tour. On peut considérer que ses troupes ont reculé. Mais on l’a vu en France, Jospin était en tête des sondages. Par conséquent, les militants socialistes ne sont pas allés voter. Et il n’a même pas été au second tour. C’est ce qui s’est passé aux législatives du Zimbabwe. Beaucoup de vétérans ont été récupérés par le MDC comme des troupes de sécurité, mais en fait ce sont des troupes d’assaut pour embrigader les villages en vue de provoquer des réactions violentes. Mais cela, personne n’en parle. Le MDC a récupéré une grande partie des vétérans en leur donnant de l’argent, des terres cédées par les militants du MDC. C’est cela que les gens ne veulent pas qu’on dise. Mugabe est victime comme bien des présidents africains d’une machine économique internationale qui a ses hommes et qui n’accepte pas qu’on modifie les règles du jeu.
On l’a vu en Amérique latine. Donnez-moi un seul leader qui a transformé son pays sans qu’il ne soit lui-même transformé en monstre. Dites-moi !
Chavez apparaît, tout le monde crie au scandale ! Le Cuba de Castro qui a créé l’un des pays les plus puissants intellectuellement, tant sur le plan médical que sur le plan de la production littéraire, qui a réussi à équilibrer la balance économique, que n’a-t-on pas dit de lui ? Pour le bloc occidental, c’est un monstre ! C’est simple. Celui qui a été en occident peut comprendre ce que je dis, quand il est dans le bus et qu’une mère dit à son enfant : “Si tu ne te tiens pas tranquille, le Noir que tu vois-là, va te bouffer”, c’est la même image que l’Occident renvoie toujours de tous les dirigeants africains qui veulent changer les données du problème qui les lie et qui demandent, même pas l’égalité, mais une amélioration.
A vous entendre, nous avons affaire à une secte politico-économique. La situation du Zimbabwe n’est-elle pas désespérée ?
Je pense que Mugabe est très fort. Comme il l’a lui-même dit, ils veulent aujourd’hui, prendre par la politique ce qu’ils n’ont pu avoir par les armes. Dans la complexité du problème zimbabwéen, se joue le même schéma international. En Côte d’Ivoire, ce que la rébellion n’a pas pu avoir par les armes, elle a cherché à l’avoir par la politique. On a demandé la suspension de la Constitution, la démission du président de la République, la suppression de l’Assemblée nationale afin de neutraliser son président qu’on jugeait trop virulent. Ce sont les mêmes techniques. A moins qu’on le tue, je ne pense pas que Mugabe laissera de son vivant le Zimbabwe entre les mains du MDC.
Qu’est-ce qui explique donc que des chefs d’Etat voisins qui sont sensés en savoir quelque chose, exigent le départ de Mugabe ?
Je vous ai dit que le problème du Zimbabwe, c’est celui de la Côte d’Ivoire, et de tant d’autres pays. C’est un schéma qu’on adapte. Quand la Côte d’Ivoire est entrée en crise, les gens que nous avons eu à affronter, c’étaient nos voisins. Ceux qui ont oublié, c’étaient nos voisins. Ceux qui nous ont rejetés, c’étaient nos voisins. C’étaient nos voisins du point de vue spatial et du point de vue idéologique, c'est-à-dire ceux avec qui nous partageons la même histoire comme le Sénégal, pour citer des noms. Ces hommes n’ont de conscience politique que la conscience des intérêts immédiats de leurs Etats ou d’eux mêmes. Quand les hommes demandent la démission de Mugabe , c’est pour pouvoir bénéficier des retombées économiques, des prêts, etc. Quand vous voyez aujourd’hui le Sénégal qui récupère pratiquement 80% de ce qui aurait dû se faire en Côte d’Ivoire, cela est dû à la position qu’il a prise durant la crise ivoirienne. C’est la même chose qui se passe au Zimbabwe.
Je pense que nous ne devons pas nous offusquer de tout cela. Nous avons un devoir de soutien envers le Zimbabwe. Tous les Etats africains devraient soutenir le Zimbabwe.
Ne craignez-vous pas d’appeler au soutien à Mugabe ? On pourrait vous traiter de tous les noms et même de vendu ?
Vendu à qui ? Nous sommes dans la même situation qu’en 1958 où Sékou Touré décide de dire Non à la France ! Tous les vrais vendus ont considéré comme vendus, tous ceux qui, comme Harris Fotê Mémel, Fiankan, ont soutenu Sékou Touré. Comme je l’ai dit une fois à la télé, qui nous parle du Zimbabwe ? Ce sont les agences internationales qui, à 99%, sont des agences occidentales. Elles sont dirigées par qui ? Par les mêmes qui tiennent l’économie mondiale ! Au fond, comment peuvent-ils parler autrement du Zimbabwe qui menace leurs intérêts ? Moi, je pense qu’il est du devoir de l’intellectuel africain de soutenir la justice. Je n’ai pas dit que Mugabe était un ange. Je dis que le procès qui lui est fait est un mauvais procès. Ce procès a été fait à la Côte d’Ivoire, il est fait partout où des hommes décident de refaire le monde, où des gens ont un idéal qui n’est plus d’être au service de la jet set internationale, là où on se fait manger en mangeant. Et dans ce système-là, il y a les Etats occidentaux, il y a les structures internationales comme l’ONU et les forces locales exploitées et intégrées. C’est tellement simple à comprendre.
Il y a ceux qui se sentent forts et qui ne veulent pas que cette force soit remise en cause. Et il y a ceux qui se sentent faibles et qui se disent qu’il faut qu’ils se révoltent à un moment, sinon ils vont mourir. Et nous sommes placés dans la situation où l’Afrique va mourir, parce que si nous ne nous révoltons pas comme l’Amérique du sud, comme l’Asie, pour construire nos pays, pour commencer à penser autrement, nous allons être exclus du monde.
Quelle forme doit prendre cette révolte que vous appelez de tous vos voeux ?
Evidemment, cette révolte ne peut pas être militaire parce que l’Occident et ses alliés détiennent la puissance militaire. Elle doit être, avant tout, une éducation au patriotisme. Il faut que les hommes aiment leur pays comme eux-mêmes. Il faut ensuite mettre en place un programme de communication internationale pour expliciter nos positions, pour permettre à tout le monde de suivre la révolution que nous voulons engager. C’est sur ces deux points que nous pouvons affronter l’Europe.
Vous avez dit communication. Mais elle coûte cher…
Oui !La communication, c’est pour les riches. Ils l’ont créée pour eux-mêmes, pour être en contact et savoir comment étouffer tous les autres pays. Malheureusement, pour eux, la communication est toujours ouverte. Les pauvres peuvent donc aussi l’utiliser pour dire que les riches sont en train de les étouffer. Mettre en place des structures capables de relayer le message, remettre en place dans tous les pays, la culture civique et patriotique. Non pas les petits cours de moral, non. Mais le rituel du patriotisme, c'est-à-dire le retour du salut au drapeau, à l’hymne national et à tous les rites de fin d’année où les hommes rendaient hommage à leur pays. Il nous faut retourner aux nations en montrant que la seule chose qui donne un sens à la vie d’un homme sur terre, c’est la nation après les parents.
Le mot nation vient d’un mot latin qui veut dire naissance. Ceux qui sont nés ensemble. Donc, la nationalité, c’est le fait de devenir frères et sœurs avec ceux avec qui nous ne sommes pas nés ensemble. Le citoyen est le frère de l’autre citoyen. La seule différence est que la fraternité est fondée sur le sang et la citoyenneté est fondée sur la loi, la possibilité qu’offre la loi à des hommes de devenir frères. Nous devons cultiver ce sens. C’est par là que nous trouverons notre salut.
Que nos dirigeants se donnent une vision. La vision permet de croire. Vous ne pouvez pas diriger si vous ne croyez pas, si vous croyez en rien. Un chef a un idéal à partir duquel il fait les sacrifices utiles.
L’Afrique a-t-elle encore le temps de mettre en œuvre cette stratégie de résistance dont vous parlez ? N’est-il pas trop tard pour le Zimbabwe et pour beaucoup d’autres pays ?
Il se peut que la crise emporte le Zimbabwe, mais cela sera temporaire. Le problème de la domination, c’est qu’elle a toujours une limite. Cela s’appelle la limite du mur. Quand vous dominez un homme, il recule, cède, jusqu’à ce qu’il arrive au mur. Et là, il ne peut plus reculer, il est obligé d’avancer pour se libérer. C’est pour cela qu’aucune domination ne peut être éternelle.
Si le Zimbabwe est emporté, si la Côte d’Ivoire est emportée, cela ne mettra pas fin au fait que tous les hommes du tiers monde ont compris qu’ils doivent affronter l’Europe pour reconquérir leur liberté. Je pense que, plus que jamais, le moment est propice parce que l’Occident est en crise. Nous devons en profiter pour trouver les moyens de sauver nos Etats, parce que plus les pays riches sont en crise, plus ils sont dangereux pour les pays vassaux. Et pour nous, la première chose à faire, c’est de ne plus avoir peur. Au fond, nos hommes politiques ont tellement intégré leur condition de dominé, qu’ils n’osent pas. Ils doivent oser, ils doivent prendre des initiatives et ils doivent accepter les sacrifices qui vont avec.
Cette vision des choses ne va-t-elle pas au-delà de la simple action politique ?
Vous savez, il faut toujours des leaders pour que quelque chose se fasse. Les hommes peuvent se lever tous, mais à un moment donné, on dira : qui va parler en notre nom ? Il y a toujours quelqu’un qui parle au nom des autres. Et c’est lui qui permet à tous les autres d’intégrer le projet. C’est certes leur projet, mais il est obligé de le leur retourner pour qu’ils l’acceptent comme tel. Nous devons accepter qu’il y ait des leaders qui lancent le message pour que nous puissions nous organiser. Afin que ces leaders avancent dans le sens attendu par les populations qui ne demandent qu’une seule chose : manger, se soigner et vivre décemment. Un homme se révolte quand ces trois conditions ne sont plus respectées. S’il y a de plus en plus de crises sociales en Afrique, c’est que ces trois conditions ne sont plus respectées. Pourquoi ? Comment un pays comme la Côte d’Ivoire peut-il produire 45 000 barils de pétrole par jour et n’en recevoir que 6 000 ? Alors que quand tu investis dans le pétrole, tu récupères toute ta mise en un an. Tout le reste, ce sont des bénéfices. Or, nous continuons de souffrir parce que le pétrole coûte cher.
Quand certains hommes parlent, ils oublient l’histoire. Comme si leur cas était original. Mais le Zimbabwe, ce n’est pas un cas original ! La Côte d’Ivoire, ce n’est pas un cas original ! Le Niger a voulu revoir son contrat sur l’uranium, vous savez ce qui s’y est passé ? Des 4X4 ont disparu dans le désert et quelques jours après, des rebelles sont venus dans ces 4X4. Le Niger était au bord de la crise totale lorsque le président Mamadou Tanja a décidé de reconduire le contrat tel qu’il était. Et comme par miracle, les rebelles ont disparu.
Mugabe devrait-il faire la même chose pour que la crise zimbabwéenne prenne fin ?
Mugabe, c’est un soldat ! C’est un homme qui est prêt pour la mort. Dans cet esprit, je ne crois pas qu’il cède. Je ne sais pas si cela va mettre fin à la crise, mais je pense qu’il luttera jusqu’à la mort. C’est un soldat, il voit les choses en soldat. Il a combattu pendant longtemps, il a combattu l’apartheid. Ce n’est pas une guerre simple, ce n’est pas une guerre de deux personnes qui ne sont pas d’accord et qui se tirent dessus. C’est une machine des grandes industries agro alimentaires du monde. Politiquement, ils peuvent le vaincre. Mais tant qu’il n’est pas mort, il se battra contre eux.
Dans cette lutte, des structures comme l’Union africaine et même la CEDEAO peuvent-telles servir ?
L’Union africaine ne peut servir que si elle est vraiment l’union de l’Afrique. Or, elle est la désunion africaine. Les Etats y vont pour dire qu’ils ne sont pas unis. Mais si l’Union africaine devient vraiment l’union de l’Afrique, si elle arrive, ne serait-ce qu’à se désengager du FMI, l’économie mondiale va basculer. Si les 14 pays de la zone CFA décident de se retirer de leur arrimage à la France, la France s’écroule. Ce sont des vérités simples. Si nous décidons, ici en Afrique, d’économiser, ne serait-ce que 5 F ou un dollar, nous serons une puissance. Mais personne ne sera d’accord avec ça. Si l’Union africaine marche dans ce sens, c’en est fini pour l’état actuel du monde.
Pourrons-nous y arriver un jour ?
Mais pourquoi posez-vous cette question ? Vous la posez comme les leaders noirs aux Etats-Unis. Jamais, en dehors des films de fiction, on n’avait imaginé un président américain noir. Et même lorsque dans ces films le président était noir, c’était un mauvais président. Mais nous sommes en 2008 et les Etats-Unis, la première puissance mondiale, ont un président noir. Chez eux, il n’y a pas de métis. Si tu as du sang noir, tu es noir. Obama a été élu, non pas parce qu’il est noir, mais parce qu’il a convaincu les Américains qu’il n’y a ni Noir, ni Blanc mais qu’il y a plutôt l’Amérique, et l’Amérique doit être la première puissance. Voilà son message.
Je pense que, parce que cela a été possible dans le pays qui a connu l’esclavage pendant des siècles, parce que cela a été possible dans le pays qui a connu la ségrégation raciale, donc le pays qui a été le plus dur avec sa minorité noire, rien n’est impossible ailleurs dans le monde. Si les gens n’ont pas encore compris ça, c’est qu’ils n’ont rien tiré de ce qui s’est passé aux Etats-Unis. Les larmes de Jessie Jackson, n’étaient pas des larmes d’actualité. C’était les larmes sur l’histoire. Il pleurait parce qu’il était au deuil de l’histoire. On enterrait l’Amérique esclavagiste, l’Amérique de la ségrégation. Il pleurait sur cette Amérique en train de mourir, parce qu’il était le témoin de ce que personne ne pouvait imaginer.
Dans l’état de pauvreté où vivent les Africains, n’est-ce pas leur en demander un peu trop ?
Non ! Nous pouvons, nous aussi, enterrer notre histoire. Nous avons le droit, le devoir et l’obligation devant l’histoire, d’enterrer notre histoire, l’histoire des pauvres, l’histoire des hommes soumis, l’histoire de ceux qui ne peuvent pas penser par eux-mêmes, cette histoire qui met l’Afrique au bord du gouffre et qui ne lui laisse pas de choix parce qu’il est le dominé du mur. Nous devons avancer pour construire une nouvelle histoire. Cela demande beaucoup d’efforts, mais il faut faire ces efforts.
Interview réalisée par Abdoulaye Villard Sanogo et Paul D. Tayoro (Notre Voie)
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ROBERT MUGABE : L'INSOUMIS ET LE BOUC EMISSAIRE.
Le torrent de boue dont on couvre Robert Mugabé depuis de longs mois a quelque chose de nauséabond et de suspect. J'en souffre."Qui le juge? De quels crimes est-il coupable ?" sont parmi les questions que nous sommes nombreux à nous demander, ce 10 décembre 2008, à l'occasion du 60ème anniversaire de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme (DUDH)."A 85 ans, pourquoi s'accroche-il tant au pouvoir ?" entendons nous dire. Est-ce une raison suffisante pour l'humilier ?
1. QUI JUGE QUI ? POUR QUELS CRIMES ?
Est-il le seul de cette génération, à occuper ce poste a un tel âge ?"Il est au pouvoir depuis 28 ans." En termes de longévité au pouvoir est-il le doyen en Afrique ? "La fraude électorale ?" A-t-on oublié les élections américaines de 2000?
Rares sont ceux qui, en dehors du continent, se doutent des enjeux véritables de cette campagne de dénigrement et de déstabilisation d'une rare violence contre cet homme tant le titre de dictateur sied aux dirigeants du Sud, plus particulièrement ceux du Continent noir.Il suffit de regarder du côté de la Cour Pénale Internationale pour s'en convaincre. Pendant ce temps les fauteurs de guerre en Irak et en Afghanistan se posent en défenseurs des droits de l'homme au Zimbabwe et partout ailleurs.
Puisqu'ils ne sont pas à une contradiction près, les puissants de ce monde élèvent par ailleurs des murs devant ceux dont ils prétendent défendre les droits lorsque ceux-ci tentent d'échapper aux effets destructeurs du capitalisme mondialisé. Le pacte européen sur l'immigration et l'asile dont la France a fait de l'adoption une priorité dans le cadre de sa présidence de l'Union Européenne est l'une des traductions de ce cynisme.
2. L'INDIGNATION SELECTIVE
L'indignation et la justice à géométrie variable qui jettent le discrédit sur les droits de l'homme tournent au scandale lorsque George W Bush se joint à Gordon Brown et Nicolas Sarkozy pour exiger la démission de Robert Mugabé, responsable selon eux des 600 personnes victimes du choléra. Toute perte de vie humaine est un drame. Mais alors, que dire des guerres en Irak et en Afghanistan qui ont fait près d'un million et demi de morts ?
Robert Mugabe aurait ruiné son pays dont l'économie était florissante et violé les droits des Zimbabwéens. En huit années d'une gestion calamiteuse George W Bush, a fait pire en conduisant l'économie la plus puissante de la planète au bord du gouffre avec des conséquences dramatiques et pour son pays et pour le reste du monde : accroissement du chômage, pertes de revenus, tensions sociales et violences en tout genre.
Que fait et que compte faire la fameuse communauté internationale dont George W Bush et ses alliés se réclament face au drame de l'Irak puisqu'il a enfin admis qu'il a commis une "erreur" tout en se défaussant sur des services de renseignements qui lui auraient présenté Saddam Hussein comme une menace pour les USA ? Ce mea-culpa tardif n'incite, visiblement, ni le Président américain, ni le Premier ministre britannique a changer de regard et de perspectives quant au Zimbabwe. Le départ de Robert Mugabé, le Saddam Hussein de Tony Blair, est une obsession. Et, tant mieux, si la faim, le chômage, la maladie et la fuite des Zimbabwéens, provoqués par des années d'isolement et de sanctions économiques, peuvent être instrumentalisés en vue d'atteindre cet objectif. Un tel acharnement participe, bel et bien, à la criminalisation, la traque et l'élimination de la "racaille" dans les banlieues du monde globalisé.
Ainsi va le monde, soixante ans après la déclaration universelle des Droits de l'Homme (DUDH). Le "plus jamais ça" est parfaitement valable pour les "civilisés" qui évitent la guerre chez eux et se serrent les coudes dans la mise au pas des "barbares". Pillée et humiliée l'Afrique se doit de tirer le maximum d'enseignements de cette réalité en apprenant à distinguer les conséquences des actes de sabotage économique et de déstabilisation des dirigeants qui osent dire "non" de la mauvaise gestion que les démocraties occidentales savent, du reste, pardonner tant que leurs intérêts ne sont pas menaces
3. L'ASPHYXIE ECONOMIQUE
Pèle mêle, les ennemis Robert Mugabe retiennent, contre lui, en plus de l'expropriation des fermiers blancs des terres agricoles, l'hyperinflation qui chasse les élites (médecins, avocats, enseignants, journalistes…) du pays, l'opération de déguerpissement des mal logés en 2005, la fuite de plus de trois millions zimbabwéens vers l'Angleterre et l'Afrique du Sud, la répression des opposants, le pourcentage élevé de personnes atteintes du SIDA, la faim et, à présent, l'épidémie de choléra. Mais, la quasi-totalité des situations imputées à l'incapacité du dirigeant zimbabwéen à gérer son pays résulte d'abord du non respect d'engagements pris, l'une des caractéristiques de nos rapports avec les pays riches comme l'atteste, plus récemment, les fausses promesses d'aide du Sommet de Gleneagles.
L'argent qui coule à flot ces derniers temps dans le cadre du sauvetage des banques a toujours fait défaut quand il s'agit d'honorer les engagements pris envers les peuples dominés. Le facteur déclencheur de la crise zimbabwéenne est plus précisément le non respect par la Grande Bretagne de l'accord de Lancaster House (signé en 1979) selon lequel elle devait dédommager les fermiers blancs dans le cadre de la réforme agraire.
La terre, - un enjeu central dans toutes les sociétés dont l'économie repose sur l'agriculture - est donc au cœur de la rupture. C'est en cela que le bras de fer entre l'ex Rhodésie du Sud et l'ancienne puissance coloniale est emblématique des tensions en Afrique Australe et des conflits à venir à l'échelle du Continent puisque l'ouverture au marché rime de plus en plus avec l'octroi de centaines de milliers d'hectares aux investisseurs étrangers au détriment des petits producteurs.
L'économie zimbabwéenne était florissante et Robert Mugabé fréquentable tant que la minorité de fermiers blancs d'origine britannique pouvaient faire travailler des centaines de milliers d'ouvriers agricoles noirs sur les millions d'hectares de terres agricoles qui étaient en leur possession.
Le héros de l'indépendance, est devenu l'homme à abattre à partir du moment où face au refus de Tony Blair de respecter les termes de l'accord de Lancaster House, il a dû récupérer les terres des fermiers blancs. Tout a depuis lors été dit à propos de la redistribution de ces terres qui n'aurait profité qu'aux proches de Robert Mugabé. La réalité est toute autre. Des milliers de familles sans terre jouissent aujourd'hui de leur droit à ce moyen de production. L'irrigation, les fertilisants, les prêts et la mécanisation sont autant d'efforts fournis dans le cadre de cette réforme agraire,avec les maigres moyens de l'Etat la priorité étant la couverture des besoins nationaux par l'agriculture nationale.
L'Europe, l'Amérique du Nord, l'Australie, la Nouvelle Zélande ont réagi dès la première procédure de retrait des terres, en 1997. Le dollar zimbabwéen a commencé à chuter et les sanctions économiques à pleuvoir : privation du pays de toute aide extérieure, de crédit, d'assistance de la part des institutions financières internationales et l'interdiction d'échanges commerciaux avec les entreprises américaines. Le pays de Robert Mugabé n'a bénéficié d'aucune aide en matière de balance des paiements depuis 1994 alors que jamais auparavant, il n'avait été privé d'apports extérieurs. Il a fallu, faute de prêts assortis de conditions favorables procéder à des émissions monétaires.
L'ingérence et la subversion à la base consistent dans ces circonstances à créer la pénurie en privant l'Etat souverain de moyens et à soutenir des ONG et des opposants politiques qui s'attirent la sympathie des populations auprès desquelles ils interviennent
Les conséquences de l'embargo et des sanctions économiques ont été aggravés par des sécheresses autrefois cycliques (à peu près tous les dix ans) mais désormais fréquentes du fait des perturbations climatiques.
4. L'ALIBI DEMOCRATIQUE
La Grande Bretagne prendrait une sacrée revanche sur l'histoire et rendrait un immense service aux fermiers blancs qui attendent, si elle parvenait à porter au pouvoir dans son ancienne colonie, un dirigeant de son choix ou tout au mois acquis au libéralisme économique.
Au-delà de la Grande Bretagne, les puissances coloniales et leurs alliés n'ont jamais eu autant besoin de renforcer leur présence en Afrique, l'avancée de la Chine étant une véritable menace pour eux. Ils y arrivent au prix de l'ingérence, de la subversion et de la guerre. C'est dire jusqu'à quel point le fossé est abyssal entre la rhétorique sur la démocratie, les droits de l'homme et les desseins des Etats libéraux d'Europe et d'Amérique sur le Continent noir.
Le débat houleux qui pendant longtemps a opposé les Occidentaux aux dirigeants des pays d'Asie dont la Chine quant à la primauté des droits économiques et sociaux sur les droits politiques ressurgit ainsi à la faveur de la mondialisation néolibérale sans être pris en charge de manière conséquente par les formations politiques africaines, la société civile et les médias. Il en est ainsi parce que les dirigeants africains savent que leurs pays seraient dans le même piteux état que le Zimbabwe s'ils s'avisaient, à l'instar de Robert Mugabe, à aller à l'encontre des intérêts dominants. La politique de la terre brûlée est réservée, comme ce fut également le cas pour la Guinée de Sékou Touré, à tous ceux qui s'écartent du "droit chemin".
Pour l'heure, en dépit du satisfecit des Occidentaux pour certaines "transitions démocratiques", le vote ne sert qu'au renouvellement du personnel local du système-monde. Les électeurs locaux en deviennent, à leur propre insu des clients de la politique spectacle et les victimes des rapports marchands qui lui sont sous-jacents. Les sujets qui peuvent écorcher les oreilles du G8, de l'UE et les IFIS tel que le pillage des matières premières de l'Afrique, le diktat des grandes puissances, la dette extérieure, les réformes néolibérales sont soigneusement écartés du débat électoral quand débat il y a. Et gare aux esprits critiques (opposants, médias, citoyens avisés…) qui osent défier les dirigeants dirigés dans leurs comportements mimétiques et complaisants. Ils sont combattus, de manière sournoise ou ouverte. Par contre, les faux opposants, les médias aux ordres, les associations et ONG qui savent manier la langue de bois seront épargnés, récompensés et utilisés pour soigner l'image du pays.
5. NOUS SOMMES TOUS ZIMBABWEENS
Rien ne justifie l'humiliation de Robert Mugabé et les privations imposées à son peuple afin qu'il se soulève et le renverse. Il n'est pas paranoïaque puisque Gordon Brown et ses alliés après avoir poussé Morgan Tsvangiraï marchent à présent à visage découvert et sans complexe, lui demandant de démissionner. Nommer et défier ses agresseurs n'a rien à voir avec la haine des Occidentaux véhiculée par certains médias qui excellent dans le lavage des cerveaux quant a Robert Mugabe. Précisément parce qu'il se savait le dirigeant d'un pays composé de Blancs et de Noirs il a tenté de les fédérer en nommant des ministres zimbabwéens d'origine britannique dans gouvernement
Robert Mugabé n'est en aucun cas ce bourreau qui affame son peuple et le condamne à mourir du cholera et de je ne sais pas quelle autre maladie. Les quinze années durant lesquelles il avait les mains libres il a réussi à réaliser le taux d'éducation le plus élevé du continent en plus des performances économiques enregistrées. On ne peut lui reprocher non plus de s'être enrichi personnellement; à l'instar de la plupart de ses homologues même si certains excès son reprochés à son épouse.
La persécution dont il est l'objet augure en réalité des difficultés à venir chaque fois qu'un dirigeant africain voudra se démarquer de la pensée unique en revendiquant la souveraineté économique, politique et alimentaire. Nous serons faibles et vulnérables tant que, face a une telle situation les peuples conscients des enjeux et des dangereux rouages du monde actuel ne prendront pas leurs destins en mains et ne défieront pas eux-mêmes leurs dirigeants mais aussi l Union Européenne, les IFIs les anciennes puissances coloniales en quête de lieux d'ancrage ; de matières premières et de parts de marches
Nous sommes tous des Zimbabwéens face au défi de la nouvelle citoyenneté qui fera de nous les seuls et véritables responsables de l'alternance politique dans nos pays et de la défense de tous nos droits.