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Pensée du Jour

L'Afrique devrait en tout état de cause s'atteler à sa propre édification au lieu de jouer les guignols au côté d'un Occident obnubilé par ses intérêts propres et son influence à outrance. Le drame de l'Occident, c'est bien de se considérer civilisé dans un monde où il semble fatalement résolu à ne pas se départir de ses turpitudes, au demeurant tout aussi barbares que ces tragédies contre lesquelles il prétend se démener à grand déploiement d’artillerie.
Honoré FOIMOUKOM





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Sénégal-scandale: Abdoulaye Wade construit un monument public pour se faire les poches pleines Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Ecrit par Le Pays   
14-08-2009
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Le président sénégalais A. Wade
"Les droits de propriété m’appartiennent, et les terres à l’Etat... J’en suis le propriétaire intellectuel... Je suis l’auteur du monument. 35% des retombées financières m’appartiendront, et 65% à l’Etat" déclare le président sénégalais


Voici un monument qui fera à coup sûr parler de lui. Il n’est pas encore terminé, mais déjà il fait jaser. Certains grincent des dents, estimant qu’il coûte excessivement cher, d’autres le trouvent trop païen, dans un pays à 95% musulman.

D’autres encore lui reprochent son gigantisme hors du commun. Mais ce qui suscite le plus l’ire des uns et des autres, demeure sans conteste la désormais petite phrase du président sénégalais, par ailleurs, initiateur de l’oeuvre : "Les droits de propriété m’appartiennent, et les terres à l’Etat... J’en suis le propriétaire intellectuel... Je suis l’auteur du monument. 35% des retombées financières m’appartiendront, et 65% à l’Etat". Quelle mouche a donc piqué maître Wade ? Gorgui se livrerait-il maintenant à de petits calculs d’épiciers ?

La gymnastique intellectuelle à laquelle se livrent certains des amis politiques du président pour justifier la chose, passe mal et dans tous les cas, n’arrive pas à convaincre grand monde. On a beau dire que le monument n’a pas coûté de l’argent à l’Etat, mais des terres, on a beau affirmer que bien que président de la république, Abdoulaye Wade est et demeure un citoyen capable d’initiative qui lui génère des sous, on ressent tout de même quelque gêne quelque part, car on trouve quelque peu indécent qu’un chef d’Etat se "sucre" de cette manière-là. C’est simplement une affaire d’éthique.

On est en droit de trouver moralement inacceptable, que "Gorgui"1 se fasse payer en monnaie sonnante et trébuchante, au motif qu’il est le géniteur de l’idée du monument, fût-il dédié à la Renaissance africaine.Et si l’on pousse plus loin, ces 35% de recettes engendrées par la visite dudit monument ainsi que la fréquentation des infrastructures y attenantes, qu’en adviendra-t-il après le départ de Wade ? A Karim qui déjà en assure la gestion ? Il y a dans cette affaire comme un air de business de famille, déjà vu et entendu ailleurs et dont la répétition apporte de l’eau au moulin de ceux qui pensent que décidément, le président Wade passe par tous les chemins et fait feu de tous bois pour construire un chemin royal pour son fils Karim.

Car, si l’on va encore plus loin dans la logique présidentielle, on se demandera si les autres idées que Wade a eues pour le Sénégal, depuis qu’il est aux commandes de l’appareil d’Etat, en mars 2000, il est en droit de les "facturer" de la même manière, pour en retirer de substantielles ristournes. Car, des idées, Dieu sait si le maître en a à profusion. L’autoroute à péage, l’aéroport de Pékesse, la porte du troisième millénaire, la place du tirailleur africain, les grands chantiers annoncés ici et là, dont certains sont commencés, les autres, non, doivent-ils tous passer au crible des 35% pour assurer les vieux jours du président et réserver au fils Karim un avenir pour lequel il n’aura pas de soucis pécuniaires à se faire ?

Cela fait un peu amalgame et mélange de genres. On attendait de "Gorgui" qu’il fasse plus preuve de détachement face à ces biens "bassement matériels", mais là, il donne l’occasion à ses détracteurs, des indices qu’il confond allègrement la fonction de chef d’Etat et l’activité ordinaire d’un entrepreneur privé.

Il est bien vrai que l’homme est un libéral dans l’âme. Mais il demeure tout aussi vrai que même cette philosophie économique se réserve d’aller au-delà de certaine limites. Car, elles deviennent choquantes. De plus, dans ce Sénégal frappé comme tous les autres pays africains, par une crise économique féroce, il était vraiment osé d’imaginer que les populations de Colobane ou de la Médina iraient applaudir des deux mains la désormais célèbre initiative des 35%. Et même lorsque maître Wade affirme que les dividendes qu’il tirera personnellement de cette infrastructure, serviront à la construction d’écoles, on se demande bien pourquoi il a besoin que cet argent soit sien avant de le destiner aux enfants.

On pourrait facilement faire plus court. C’est plus efficace, cela fait gagner du temps. Et pourtant, le projet du monument de la Renaissance Africaine en lui-même est magnifique. Son concepteur qui l’a voulu "digne du continent" a certainement vu juste et l’image d’une "Afrique sortant des entrailles de la terre, quittant l’obscurantisme pour aller vers la lumière" séduit par sa beauté ainsi que par la force de sa symbolique.

C’est le continent entier qui se reconnaîtra dans cette oeuvre sénégalaise. Et c’est bien la raison pour laquelle il ne serait pas sain de la dévoyer dans de petites questions de petits sous de boutiquiers de quartier. Pourquoi par exemple ne pas consacrer la totalité des revenus qu’elle engendrera à quelque oeuvre caritative nationale, à quelque projet culturel ou enfin à l’enseignement de l’histoire africaine à des jeunes désireux de savoir d’où ils viennent et où ils vont ?

A supposer que le président sénégalais se montre sensible au tollé que suscite son intiative, et qu’il décide de laisser tomber sa cagnotte des 35%, il sortirait lui-même, bien grandi de cette polémique qui, d’ailleurs, aurait pu ne pas être. Bien plus, son initiative s’en trouverait assurément ennoblie car décidément, elle est belle mais d’une beauté qui, à ce jour se trouve quelque peu maculée par des soupçons que l’on voudrait voir rapidement disparaître. Mais il faut pour cela que le maître accepte de revoir sa copie. En toute humilité.

1-petit nom du président sénégalais


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