L'Afrique devrait en tout état de cause s'atteler à sa propre édification au lieu de jouer les guignols au côté d'un Occident obnubilé par ses intérêts propres et son influence à outrance. Le drame de l'Occident, c'est bien de se considérer civilisé dans un monde où il semble fatalement résolu à ne pas se départir de ses turpitudes, au demeurant tout aussi barbares que ces tragédies contre lesquelles il prétend se démener à grand déploiement d’artillerie. Honoré FOIMOUKOM
Rwanda: Bagosora « cerveau », mais pas auteur du génocide
Ecrit par Christophe Lucet
20-12-2008
Théoneste Bagosora
En infligeant la prison à vie à Théoneste Bagosora, le TPIR n'a pas tout réglé.
Dans la douloureuse quête de la vérité sur le génocide rwandais, le triple verdict du Tribunal pénal international d'Arusha contre le général Théoneste Bagosora et deux officiers - Anatole Nsengiyumva et Aloys Ntabakuze - fera date. Pour la première fois, un haut responsable rwandais - qualifié de « cerveau du génocide » par le procureur du TPIR - a été condamné pour « génocide, crimes contre l'humanité et crimes de guerre ».
« Un pas important dans la lutte contre l'impunité des responsables les plus sérieux », s'est réjoui hier le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon ; « une avancée importante de la justice », a renchéri le département d'État américain, qui voit dans l'ex-chef d'état-major de l'armée rwandaise en 1994, dont le procès s'est ouvert en 2002, « le principal architecte du génocide ».
Les observateurs ont pourtant noté que le général hutu formé en France à l'École de guerre, et qui fut le chef de l'armée après la mort du président Habyarimana le 6 avril 1994, a échappé à l'incrimination d'« entente en vue de commettre le génocide ». Or, c'est ce « crime d'entente », encore jamais reconnu à l'encontre des personnes déjà jugées par le TPIR (38 à ce jour), qui constitue la vraie reconnaissance en responsabilité : il inclut en effet la planification d'un drame qui a coûté la vie à 800 000 personnes.
Pas d'éléments formels
Le TPIR se justifie en disant que si la création de milices, la distribution d'armes et la tenue de listes de complices supposés du Front patriotique rwandais (que dirigeait alors l'actuel chef d'État rwandais Paul Kagame) sont établies, il n'a pas les éléments formels pour conclure que ces actes « visaient à tuer des civils tutsis dans l'intention de commettre le génocide ».
Simple maître d'ouvrage ou vrai commanditaire ? Théoneste Bagosora, alors directeur de cabinet du ministre de la Défense et qui promettait l'« apocalypse » aux envoyés du FPR lors de négociations de paix en 1992, fait en tout cas partie des très hauts responsables du génocide. Idem avec le commandant des opérations militaires dans la région de Gisenyi, Anatole Nsengiyumva, et le chef du bataillon de l'aéroport de Kigali, Aloys Ntabakuze. Hier, les avocats des trois hommes ont indiqué qu'ils allaient faire appel.
Le TPIR, qui a le mandat et les moyens de fonctionner en 2009, va poursuivre le travail. 13 « gros poissons » sont toujours en fuite. Hier, Washington a lancé un appel à « tous les gouvernements pour coopérer avec le TPIR, arrêter les fugitifs et les remettre au tribunal ».